Les réformes militaires chinoises : la politique par un autre moyen

15 janvier 2016
Mis à jour: 17 janvier 2016

Xi Jinping, le chef du Parti communiste chinois et des forces armées, a récemment remis des drapeaux militaires aux commandants de trois nouvelles unités, soit un commandement d’armée général, un commandement des missiles stratégiques et une force de soutien stratégique.

La cérémonie, tenue le 31 décembre dernier, a marqué le plus récent épisode d’un vaste projet de restructuration des forces armées auquel Xi Jinping avait fait allusion lors d’un grand défilé militaire en septembre 2015.

Xi a ensuite annoncé que 300 000 soldats allaient être mis à pied. Dans les mois suivants, les détails des réformes sont lentement apparus : sept commandements régionaux seraient réorganisés en cinq zones militaires, les quatre quartiers généraux seraient remaniés et de nouveaux soldats seraient nommés dans des postes importants.

Les réformes militaires de Xi Jinping visent clairement à moderniser l’Armée populaire de libération, une institution sclérosée coincée dans les années 1980. Elles ont aussi un objectif politique pressant. La réforme des forces armées permet à Xi de prendre le contrôle d’un important centre de pouvoir, aux dépens de la faction de l’ex-dirigeant Jiang Zemin et ainsi de consolider son pouvoir politique.

Le pouvoir est au bout du fusil.  – citation de Mao Zedong

L’armée c’est le pouvoir

Cette citation du dirigeant Mao Zedong est bien connue : « Le pouvoir est au bout du fusil. » Ce dicton du dictateur signifie qu’en matière de politique au sein du Parti communiste, ceux qui tiennent le fusil – ou les forces armées – possèdent le vrai pouvoir.

« Sans le contrôle des forces armées », Xi Jinping n’a « pas de pouvoir politique », a affirmé à NTD l’analyste et auteur Chen Pokong.

Selon Chen, depuis le début de son mandat, Xi Jinping a eu de la difficulté à prendre le contrôle des forces armées, étant donné l’influence importante qu’avait conservée Jiang Zemin, même s’il avait quitté son poste de chef de la Commission militaire centrale en 2005.

« S’emparer du fusil est devenu une lutte sans trêve entre Xi Jinping et la faction de Jiang », estime Chen.

Chen ajoute que même si Xi a été en mesure de relever de leurs fonctions les alliés de Jiang au sein de l’armée par l’entremise de sa campagne anticorruption, il peine à placer ses propres alliés au sommet, puisqu’il est minoritaire au sein du Comité permanent du Politburo composé de sept hommes, l’organe suprême du Parti. Quatre des sept membres sont des alliés de Jiang.

Le Comité central aurait déjà bloqué la nomination de deux alliés de Xi Jinping à la Commission militaire centrale, les généraux Liu Yuan et Zhang Youxia, selon Chen.

Les réformes militaires de Xi Jinping sont donc un stratagème pour contourner le Comité central. Chen Pokong explique en entrevue que Xi est en mesure de remplacer les acolytes de Jiang dans les fonctions importantes « en partant de la base », soit en réduisant les effectifs des forces armées et en remaniant les commandements militaires.

Les nominations aux plus hauts postes des forces armées – soit la direction de la Commission militaire centrale, par exemple – doivent encore être approuvées par le Comité central, mais Xi peut contrôler les alliés de Jiang avec la campagne anticorruption.

Si les réformes militaires avancent comme le souhaite Xi Jinping, alors il sera en position politique avantageuse avant la convention du 19e Comité central du Parti communiste chinois en 2017, une importante rencontre des dirigeants du Parti.

Les hommes du chef du Parti

Xi Jinping a continuellement placé ses hommes ou les détracteurs de Jiang Zemin dans les positions importantes des forces armées, tout en remplaçant les alliés de son prédécesseur.

La récente promotion du général Li Zuocheng au nouveau commandement de l’armée est un excellent exemple d’un responsable militaire choisi spécialement par Xi Jinping pour occuper un poste important dans l’appareil militaire. Étant traditionnellement une force terrestre, l’armée est l’élément le plus important de l’Armée populaire de libération.

Le général Li, 62 ans, avait d’abord été promu chef de la Région militaire de Chengdu en 2013 par Xi Jinping. En juillet 2015, l’ancien combattant de la guerre sino-vietnamienne et officiellement reconnu comme « héros de guerre » a été promu au plus haut grade de shang jiang, général de l’armée. À peine cinq mois plus tard, Li Zuocheng s’est encore élevé pour atteindre un poste très important.

Le général Qin Tian, nouvellement promu à la tête du Département d’état-major, n’a pas en bonne relation avec Jiang Zemin. Selon The Trend, un magazine de Hong Kong qui diffuse des rumeurs politiques de la Chine continentale, il a fallu 12 ans au frère aîné de Qin pour passer de major-général à lieutenant-général, un délai très long qui est attribuable au mépris de Jiang Zemin pour leur père, l’ex-ministre de la Défense Qin Jiwei.

Dans un article publié dans Qiushi, le journal politique principal du Parti communiste, Qin Tian a critiqué le général disgracié feu Xu Caihou et a louangé la campagne anticorruption de Xi Jinping dans les forces armées comme étant un effort pour « mettre de l’ordre dans le chaos ».

Xu Caihou et le général Guo Boxiong étaient les deux plus hauts gradés sous le président de la Commission militaire centrale, l’organe suprême des forces armées du régime chinois. Ces alliés importants de Jiang Zemin ont été purgés par la campagne anticorruption, un geste perçu comme un « tremblement de terre » au sein des forces armées. Guo Boxiong a été expulsé du Parti et remis aux autorités militaires judiciaires en juillet 2015. Si Xu Caihou n’était pas décédé d’un cancer de la vessie en mars 2015, un an après l’ouverture d’une enquête formelle, il aurait sûrement subi le même sort.

Version originale : China’s Military Reform: Politics by Another Name

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