À Bruxelles, l’alcoolisme du président de la Commission européenne serait « un secret de Polichinelle »

26 juillet 2018
Mis à jour: 26 juillet 2018

Dans un article paru le 18 juillet sur son blog, Jean Quatremer, correspondant en charge de la couverture de l’actualité européenne pour Libération depuis 1990, revient sur les accusations d’alcoolisme concernant Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne.

Soupçonné d’avoir un sérieux problème avec l’alcool depuis plusieurs années, le comportement de Jean-Claude Juncker est régulièrement scruté par la presse.

Sa dernière intervention publique à l’occasion du dîner de gala du sommet de l’OTAN le 12 juillet 2018 a ainsi suscité de nombreux commentaires.

Incapable de gravir seul les quelques marches qui menaient au podium dressé pour la traditionnelle « photo de famille » en compagnie des chefs d’États participants au sommet, le président de la Commission européenne a dû être solidement empoigné par le président ukrainien pour parvenir à se hisser sur la tribune.

Hésitant et titubant, la démarche mal assurée, il a ensuite été presque porté au bas des marches par les Premiers ministres des Pays-Bas et du Portugal. Incapable de se mouvoir seul, il a même été aperçu dans un fauteuil roulant une fois les caméras des journalistes éteintes.

Interrogé par la presse à l’issue du sommet européen, Jean-Claude Juncker a indiqué qu’il souffrait d’une « sciatique » et qu’il avait « des crampes dans les jambes ».

« J’ai des problèmes de santé qui ne concernent que moi », a-t-il ajouté en appelant les journalistes à faire preuve de davantage de respect à son encontre.

Un « secret de Polichinelle »

Une explication médicale mise en doute par Jean Quatremer, pour qui l’alcoolisme de Juncker est « un secret de Polichinelle » à Bruxelles et qui s’interroge sur la capacité de gouverner d’un homme « manifestement gravement malade ».

En 2014, le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem, ancien président de l’Eurogroupe, avait d’ailleurs déclaré publiquement que monsieur Juncker était souvent ivre lors des réunions de l’Eurogroupe – un organe informel qui réunit les ministres des pays de la zone euro pour examiner les questions monétaires et coordonner leurs politiques économiques.

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Selon le journaliste de Libération, Pierre Moscovici – ancien ministre des Finances sous la présidence de François Hollande et désormais commissaire européen – aurait déclaré que sa consommation d’alcool n’avait « jamais empêché Juncker d’être fonctionnel ».

Affirmant que les sources qui corroborent l’alcoolisme du président de la Commission européenne sont relativement nombreuses, Jean Quatremer raconte qu’un ancien ministre lui aurait confié que « lorsqu’un huissier lui [apportait] un verre d’eau lors d’un conseil des ministres, on savait tous que c’était du gin ».

Crédit : JOHN THYS/AFP/Getty Images

Lors d’une séance au Parlement autrichien le mercredi 4 juillet 2018, un député a d’ailleurs lâché le mot « alcoolique » à voix haute et intelligible pendant qu’un de ses collègues était en train de parler du président de la Commission européenne devant l’assemblée.

Une intervention qui a profondément irrité Wolfgang Sobotka, le président du Parlement autrichien.

« J’intime un rappel à l’ordre! Qui a dit ça ? Avez-vous au moins le courage d’assumer ? », s’est-il indigné.

Mais aucun député n’a bronché, obligeant  monsieur Sobotka à clore l’incident :

« Traiter le président de la Commission européenne d’alcoolique mérite un rappel à l’ordre. S’il n’est pas possible de trouver le coupable, je dois retirer ce rappel à l’ordre», a-t-il finalement déclaré avant de présenter ses excuses à Jean-Claude Juncker au nom de l’institution autrichienne.

Une attitude peu conforme au protocole

Si elle était avérée, l’addiction du président de la Commission européenne pourrait sans doute expliquer son comportement singulier à l’occasion d’évènements officiels.

L’attitude particulièrement détendue qu’il avait manifestée face aux différents chefs d’État pendant un sommet de l’Union européenne organisé à Riga en 2015 avait notamment étonné les observateurs du monde entier.

Entre autres frasques ce jour-là, le président de la Commission européenne avait distribué de nombreuses tapes amicales qui s’étaient transformées en de véritables gifles, tout en accumulant les blagues potaches, comme le prêt de sa cravate au Premier ministre grec Alexis Tsipras.

Il s’était également fait remarquer en déposant un baiser sur le crâne chauve du Premier ministre belge Charles Michel et en accueillant le chef de l’exécutif hongrois Viktor Orban par la formule « Salut, Dictateur ».

« Et alors ? Je connais Charles depuis qu’il est tout petit et je l’ai toujours embrassé sur le crâne. Orban, je l’appelle toujours dictateur. Je suis comme ça. Dès qu’on n’est pas dans le moule, on est forcément fou ou alcoolique», s’était justifié le président de la Commission européenne à l’époque.

Interrogé sur son goût supposé pour l’alcool par une journaliste de Libération en 2013, Jean-Claude Juncker avait d’ailleurs tenu à rétablir la vérité :

« Jamais de cognac ni de whisky, contrairement à ce que j’ai lu. Du gin tonic en été, de l’aperol en hiver. »

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