A Gaza, ces Palestiniens qui parlent hébreu 15 ans après le retrait d’Israël

Par Epoch Times avec AFP
22 août 2020
Mis à jour: 22 août 2020

Lorsque Abdel Rahman al-Najjar travaille dans sa pépinière, l’homme à la barbe blanche laisse encore échapper des mots en hébreu au milieu des fleurs, héritage sans nostalgie de l’occupation israélienne dans la bande de Gaza qui s’est achevée il y a 15 ans.

22 août 2005. Après 38 années d’occupation, l’armée israélienne termine l’évacuation des 21 colonies juives de la bande de Gaza, avant de quitter quelques semaines plus tard l’enclave palestinienne.

Gaza sous le contrôle du mouvement islamiste Hamas

Deux ans plus tard, Gaza sera sous le contrôle du mouvement islamiste Hamas, ce qui poussera Israël à imposer un blocus sur cette bande de terre où vivent aujourd’hui deux millions de Palestiniens.

Sans Israéliens dans Gaza, et sans grande possibilité de quitter l’enclave hautement sécurisée pour travailler, certains Gazaouis ont toutefois maintenu leur connaissance de l’hébreu, sans nostalgie.

Mots de la vie quotidienne en hébreu

Dans la zone d’Al-Mawasi, dans le centre de la bande de Gaza, près de Khan Younès, Abdel Rahman al-Najjar, 58 ans, sème des fleurs. Un visiteur derrière lui en tient dans les mains, M. Najjar se retourne et lui lance en hébreu « taazov »: « lâche ça ».

« Certains mots de la vie quotidienne, des noms de pesticides et de plantes restent (pour moi) en hébreu », explique-t-il en souriant, lui qui a appris la langue hébraïque lorsqu’il travaillait en Israël, puis dans la colonie de Neve Dekalim, à Gaza.

-Un agriculteur palestinien choisit des dattes sur un palmier lors de la récolte à Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 24 septembre 2019. Photo de SAID KHATIB / AFP via Getty Images.

« Je travaillais dans une pépinière dans cette colonie », raconte-t-il sous le soleil d’août, devant un verger d’oliviers, des orangers et des palmiers.

 Israël et le Hamas trois guerres depuis 2007

Les colonies israéliennes étaient des îlots fermés, parfois ceinturées de hauts murs de béton et de barbelés, protégés par des postes militaires. Pour entrer à Neve Dekalim, Abdel Rahman, comme des milliers d’autres, était soumis à de stricts contrôles militaires.

Depuis 2007, Israël et le Hamas se sont livré trois guerres. Et depuis le 6 août, l’aviation israélienne bombarde chaque nuit la bande de Gaza, en représailles à des tirs de ballons incendiaires et de roquettes depuis l’enclave.

Fermier, Ismaïl al-Astal, la quarantaine, se souvient encore avec émotion du retrait. « Cette nuit-là, j’étais chez moi, je dormais. Mon frère m’a dit: +que dieu soit loué, le dernier char s’en va+, j’en ai pleuré de joie. »

Il a obtenu une parcelle d’1,5 hectare

« Nous étions comme des prisonniers et d’un coup la vie revenait », se remémore-t-il. Il a obtenu une parcelle de 15 dunams (1,5 hectare) pour lui et ses sept frères.

Lui aussi avait travaillé comme ouvrier agricole dans certaines colonies de Gaza, où vivaient entre 7.000 et 8.000 Israéliens. C’est là qu’il a appris l’hébreu, langue qu’il a transmise à son fils Mohammed.

« J’adore apprendre l’hébreu. Des fois, j’entends mon père parler l’hébreu avec des parents ou des amis. Moi-même, j’ai pris des cours dans un institut local de langues de Khan Younès, mais c’est vraiment difficile », explique-t-il.

Avec qui parler? Les Israéliens n’ont pas le droit de se rendre à Gaza.

Dans la foulée d’une trêve fragile l’an dernier entre le Hamas et Israël — favorisée par l’ONU, l’Egypte et le Qatar –, l’Etat hébreu a commencé l’automne dernier à autoriser des Gazaouis à traverser la frontière pour travailler, par exemple dans le bâtiment, mais la pandémie de Covid-19 a stoppé les migrations.

J’espère pouvoir retourner travailler en Israël

Quinze ans après le retrait, « Israël contrôle tout, les points de passage, la pauvreté, la misère et le chômage », déplore Mohammed.

Avec un taux de chômage dépassant les 50%, et qui atteint les 65% chez les jeunes, et une démographie galopante, l’enclave palestinienne surpeuplée est souvent considérée comme une bombe économique à retardement.

Abdel Rahman al-Najjar dit s’échiner à Gaza pour des salaires variant de 20 à 80 shekels par jour (5 à 20 euros), soit entre trois et dix fois moins qu’en Israël, de l’autre côté de l’épaisse barrière de sécurité bétonnée.

« J’espère que je vais pouvoir retourner travailler en Israël et que mes enfants trouveront du travail », explique ce père de neuf enfants, dont la famille vivait dans le village de Salamah, près de Tel-Aviv, avant la première guerre israélo-arabe en 1948.

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