À propos de Dieu (Première partie) – Pourquoi Dieu pose-t-il des questions ?

Par James Sale
1 avril 2021
Mis à jour: 1 avril 2021

Saint Augustin a observé il y a longtemps que « tout ce qui apparaît dans la Parole divine et qui ne peut être référé ni à une conduite vertueuse ni à la vérité de la foi doit être considéré de manière figurative ». Je pense que le mot clé de sa phrase, avec lequel nous devons composer, est le mot « figuratif ».

Bien sûr, « Parole divine » fait référence ici aux Écritures. Et il est aisé de voir dans les Dix Commandements, par exemple, une claire exhortation à la conduite vertueuse. De même, en se plongeant dans les épîtres de Paul dans le Nouveau Testament, il est possible de trouver de nombreux exemples de ce qui constitue « la vérité de la foi ».

Le Triomphe de saint Augustin, 1664, par Claudio Coello. Musée du Prado. (Domaine public)

Toutefois, mis à part ce vaste corps de textes sur la vertu et la vérité, il existe aussi d’autres passages très importants provenant d’autres textes (mythes, histoires, paraboles, etc.) qui constituent probablement ce qui se veut être désigné ici par le terme « figuratif ». Cette éventualité semble claire et simple, n’est-ce pas ? Effectivement, mais ça ne l’est pas ! En étudiant la Bible, il est important de réaliser qu’il y a les vérités figuratives et les vérités littérales, et que les premières peuvent être encore plus puissantes.

L’un des problèmes des personnes athées, et en particulier de celles ayant un esprit scientifique (parfois appelé « scientisme »), est qu’elles cherchent des significations littérales là où, en fait, il s’agit de choses figuratives.

Et il ne s’agit pas seulement des athées, car dans le Nouveau Testament, nous constatons que les Pharisiens – des chefs religieux (et non des athées !) – le font également. Un bon exemple en est un dans l’évangile de Marc (14:58) où l’on accuse Jésus d’affirmer que si « ce Temple » est détruit, il en construira un autre en trois jours. Clairement, au sens figuré, Jésus fait référence ici à sa propre résurrection. Or, les prêtres et ceux qui l’accusent supposent que celui-ci fait – littéralement – référence à la reconstruction du temple d’Hérode (dont la construction a pris 46 ans, Jean 2:20) en trois jours !

Pire encore que le scientisme, sont les genres d’artistes esthétiques qui (incroyablement) semblent également ne pas comprendre ce que « sens figuré » veut dire. Un bon exemple qui illustre mon propos se trouve dans le livre Revelations : Personal Responses to the Books of the Bible (Révélations : réponses personnelles aux livres de la Bible), publié en 2005, dans lequel diverses personnalités connues et experts partagent leurs compréhensions et interprétations de plusieurs ouvrages de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Les écrivains créatifs comprennent-ils le sens figuré ?

Dans Revelations : Personal Responses to the Books of the Bible, j’ai été étonné de lire le célèbre romancier Louis de Bernières affirmer au sujet du Livre de Job : « Dieu, dans l’histoire [de Job], n’est pas omniscient (il demande à Satan ce qu’il a fait) […]. » Il s’agit d’une affirmation assez grave à l’encontre de Dieu, et il n’est pas surprenant de constater que le reste de l’article se plaise à tourner le couteau dans la plaie au sujet de Dieu et de sa réputation.

Dieu et Satan discutant de Job, dans un manuscrit français du XVIe siècle. (Domaine public)

En mettant de côté toutes les accusations de Louis de Bernières qui portent atteinte à Dieu (car il s’agit du Livre de Job après tout !), qu’en est-il de cette affirmation théologique selon laquelle Dieu ne serait pas omniscient parce qu’il pose une question à Satan ?

Revenons au sens figuratif. Quiconque a vraiment lu et étudié la Bible sait que le fait que Dieu pose des questions n’invalide en rien son omniscience. Il y a un profond caractère figuratif dans le fait que Dieu pose des questions. Pour l’illustrer, examinons en détail la première question que pose Dieu. Le scénario vous sera très familier.

Au chapitre 3 de la Genèse, nous trouvons Adam et Ève dans le jardin d’Éden, qui viennent de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Ils entendent Dieu arriver dans le jardin et se cachent de lui. La première question que pose Dieu est « Où êtes-vous ? », puis ses deuxième et troisième questions sont « Qui vous a dit que vous étiez nus ? Avez-vous mangé [du fruit] de l’arbre dont je vous ai défendu ? »

Avant de réprimander Adam et Ève, Dieu leur pose des questions. Adam et Ève chassés du Paradis terrestre, 1740, par Charles Joseph Natoire. Le Metropolitan Museum of Art. (Domaine public)

Qui, sur la base de ces trois questions, pourrait penser que Dieu ne connaît pas déjà leurs réponses ? Le langage est figuratif, et parce qu’il est figuratif, il est paradoxalement vrai ! Il est seulement possible de saisir la tragédie arrivée à l’humanité aux origines – le péché originel, la Chute – par la poésie, car nous n’avons aucun moyen de comprendre l’esprit de Dieu ou même l’état d’êtres humains parfaits, si ce n’est par la poésie, c’est-à-dire un langage figuré.

Pourquoi Dieu pose-t-il des questions ?

Deux questions s’imposent donc à nous. La première : pourquoi Dieu pose-t-il des questions alors qu’il connaît déjà les réponses ? Cette question, je pense, nous aide à approfondir notre compréhension de cette histoire ou de ce mythe apparemment simple.

Nous pourrions d’abord y voir le fait que la présence de Dieu « dans la fraîcheur du jour » – remarquez ici qu’il ne s’agit pas de la chaleur ou la passion du jour – est un peu analogue à la voix de la conscience : Adam et Ève ont commis le mal, et ils le savent ; mais ils ne le reconnaissent pas et veulent s’en cacher. Mais il n’est pas possible de se cacher. Si nous ne voulons pas venir à Dieu, alors Dieu vient vers nous.

Puis, dans cette rencontre personnelle (la conscience n’est-elle pas intensément « fraîche », mais également intensément personnelle ?), nous rencontrons Dieu – qui connaît évidemment les réponses à ses questions – qui entre en scène dans un rôle que l’on pourrait décrire en langage moderne de « coaching ». Oui, Dieu est notre Guide, notre Coach, notre Enseignant ultime !

Car que font les coach personnels ? Par leurs questions, ils tirent des sujets les réponses qui sont à l’intérieur d’eux, et qu’ils pourraient avoir du mal à expliciter sans aide. Par ses questions, Dieu semble toujours vouloir permettre au sujet de se réaliser, de se sauver de sa propre situation difficile.

Nous pouvons voir cela à maintes reprises dans la Bible. Par exemple, les questions suivantes que Dieu pose se trouvent dans le chapitre qui suit (Genèse 4) : Pourquoi Caïn* est-il en colère ? Pourquoi son visage s’est-il assombri ? S’il agit bien, Caïn ne se relèvera-t-il pas ? Là encore, Dieu « encadre » Caïn, lui donnant toutes les chances de réparer ce que Caïn sait être une erreur. Bien sûr, Dieu sait que cet « accompagnement » échouera. Caïn agira selon sa propre volonté.

* Caïn est le fils aîné d’Adam et Ève qui est jaloux de la grâce que porte Dieu à son frère cadet Abel et le tue.

Après avoir rejeté l’offrande de Caïn, Dieu le met en garde contre l’injustice, mais Caïn ne tient pas compte de Dieu. Caïn et Abel, 1740, par Giovanni Domenico Ferretti. (Domaine public)

En un sens, contrairement aux conclusions que tire Louis de Bernières, la Bible est un ouvrage laissant les êtres humains sans excuses, car malgré tous les avertissements et tout l’« encadrement » de Dieu, les êtres humains ont tendance à s’entêter à suivre leurs propres idées. Ceci semble également se refléter dans d’autres mythes du monde (la boîte de Pandore, par exemple), qui relèvent les dilemmes et les maux auxquels nous faisons encore face aujourd’hui. Il y a donc là une vérité profonde.

Cela nous amène à notre deuxième question au sujet des questions de Dieu et son omniscience. Car, ayant reproché à de Bernières avoir insuffisamment étudié la Bible, nous devons exiger de nous-mêmes les exigences portées envers autrui. La deuxième question relève du fait qu’en réalité, la première question posée dans la Bible n’est pas une question posée par Dieu. Nous constatons que la toute première question posée dans l’histoire de l’humanité (au sens figuré) a été posée par un autre personnage, apparaissant également dans Le Livre de Job, : il s’agit de Satan.

Dans la suite de cet article à publier prochainement, nous explorerons cette question, ce personnage et le sens qu’il prend pour nous, vivant dans ce monde matériel – mais qui nécessite une interprétation figurative pour être compris.

James Sale est un homme d’affaires anglais dont la société, Motivational Maps Ltd, est présente dans 14 pays. Il est l’auteur de plus de 40 ouvrages sur le management et l’éducation publiés par de grands éditeurs internationaux, dont Macmillan, Pearson et Routledge. En tant que poète, il a remporté le premier prix du concours 2017 de la Society of Classical Poets et s’est exprimé en juin 2019 lors du premier symposium du groupe qui s’est tenu au Princeton Club de New York.

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