Abe Shinzo du Japon met en exergue la stratégie « Indo-Pacifique libre et ouvert » pour contrer Pékin

3 octobre 2018
Mis à jour: 3 octobre 2018

Lors de la session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a mis à jour sa stratégie sur un corridor maritime conçu pour contrer les routes commerciales centrées sur Pékin.

S’adressant à l’Assemblée générale le 25 septembre, le Premier ministre Abe a consacré une partie de son discours à la stratégie « Indo-Pacifique libre et ouvert » (en anglais : « Free and Open Indo-Pacific » (FOIP)), qui souligne le rôle du Japon pour assurer la stabilité et la paix dans les eaux et l’espace aérien allant de l’océan Arctique à la mer du Japon, de l’océan Pacifique à l’océan Indien, rapporte le Japan Times.

Shinzo Abe a déclaré que les nombreux pays membres de l’ANASE (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) et les pays insulaires du Pacifique, ainsi que les États-Unis, l’Australie et l’Inde, doivent travailler ensemble « pour préserver les bienfaits de la haute mer » et s’engager dans une coopération économique « fondée sur les règles » et sur l’État de droit.

L’ANASE est une organisation intergouvernementale régionale regroupant dix pays d’Asie du Sud-Est, dont les Philippines, la Birmanie (également appelée Myanmar), l’Indonésie et la Malaisie. Entre-temps, de nombreuses îles du Pacifique traversent les océans Pacifique et Indien pour commercer avec les pays d’Afrique de l’Est.

Shinzo Abe a évoqué la stratégie (FOIP) pour la première fois en 2016. Selon le site Internet sur la Mission des relations Japon-ANASE, la stratégie FOIP implique la création de plusieurs corridors pour promouvoir le libre-échange dans la région indo-pacifique. L’initiative comprend la modernisation de la voie ferroviaire Yangon-Mandalay en Birmanie, la création du corridor industriel Delhi-Mumbai en Inde, et notamment celle du corridor de Nacala, incluant trois pays africains : Malawi, Zambie et Mozambique.

Le partenariat indo-japonais est l’un des grands piliers du programme FOIP dans le cadre du projet Asia-Africa Growth Corridor (AAGC), proposé pour la première fois par le Premier ministre japonais Shinzo Abe et son homologue indien Narendra Modi lors du sommet annuel Inde-Japon à Tokyo en 2016.

Le Premier ministre indien Narendra Modi (G) et son homologue japonais Shinzo Abe se serrent la main après avoir signé à Tokyo le 11 novembre 2016. (Franck Robichon/AFP/Getty Images)

L’AAGC promeut l’activité économique maritime entre le Japon, l’Inde, les nations africaines et les pays de l’Asie du Sud-Est et de l’Océanie. Le corridor comprend des projets de développement, principalement dans les secteurs de la santé, de la pharmaceutique et de l’agriculture. L’AAGC prévoit également de former les travailleurs locaux impliqués dans les projets afin qu’ils acquièrent des compétences médicales et minières. L’AAGC a été officiellement lancé en mai 2017 lors du 52e Sommet annuel de la Banque africaine de développement en Inde.

Bien que Shinzo Abe n’ait pas mentionné la Chine par son nom lorsqu’il a parlé de la stratégie indo-pacifique dirigée par le Japon à l’ONU, il est largement reconnu que la FOIP est une alternative à l’initiative chinoise des « Routes de la Soie » (One Belt & One Road (OBOR))

OBOR

L’OBOR, annoncé pour la première fois par Pékin en 2013, vise à construire des réseaux commerciaux terrestres et maritimes centrés sur Pékin en finançant des projets d’infrastructure en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Cependant, l’initiative de Pékin a été critiquée pour avoir accablé les pays en développement avec des prêts massifs qui devront être remboursés à la Chine. Ce « piège de l’endettement ¹ »  s’est déjà produit en Afrique du Sud, au Kenya, au Sri Lanka et aux Maldives.

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Sebastian Maslow, professeur adjoint à la Graduate School of International Cooperation Studies de la prestigieuse Université de Kobe au Japon, a écrit dans un article publié en août dans le Policy Forum que la FOIP n’était pas simplement une alternative économique à OBOR, mais « un pilier essentiel de la stratégie du Japon pour restreindre la puissance militaire et économique chinoise dans la région ».

La Chine a accru sa présence militaire dans la mer de Chine méridionale afin de revendiquer sa souveraineté sur les îles contestées de la région, comme les Spratley², où Pékin a construit des îles artificielles équipées de bases navales et aériennes.

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L’Inde, principal partenaire du Japon au sein de l’AAGC, a exprimé ouvertement ses réserves au sujet de l’OBOR de Chine. Selon un rapport publié en avril par le quotidien indien de langue anglaise The Statesman, l’Inde a boycotté un sommet OBOR organisé par la Chine en mai 2017. L’Inde a protesté contre le fait que le projet phare OBOR de la Chine au Pakistan, le corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), traverse un territoire contesté dans la région du Cachemire.

En juillet, le Pakistan a demandé au Fonds monétaire international de le renflouer après que la dette extérieure du pays a atteint le chiffre record de 79 milliards € (91,8 milliards $ US), dont 16,4 milliards € (19 milliards $ US) étaient dus à la Chine. Les projets du CPEC, quant à eux, sont évalués à 53,6 milliards € (62 milliards $ US).

Les principales différences entre l’OBOR et l’AAGC sont soulignées dans le livre China-India-Japan in the Indo-Pacific, publié en juillet et rédigé par deux chercheurs de l’East Asia Center of India’s Institute for Defense Studies and Analysis.

« L’AAGC transcende la portée et l’échelle de l'[OBOR] en termes de son approche universelle sur le développement des ressources humaines en Asie et en Afrique », déclare le livre, ajoutant que l’AAGC valorise la formation de talents locaux pour contribuer aux économies locales, alors que l’OBOR prise les intérêts nationaux de Pékin, tels que l’obtention de droits miniers sur des minéraux précieux et l’utilisation de ses investissements pour inciter les pays à s’allier au régime chinois dans les problèmes diplomatiques.

Indo-Pacifique

Avant que le Premier ministre Abe ne fasse ses remarques à l’ONU, déjà des signes d’opposition à l’initiative OBOR de Chine pointaient à l’horizon, car le Japon, l’Australie et les États-Unis cherchaient une coopération plus étroite dans la stratégie Indo-Pacifique pour contrer justement l’agression de Pékin.

Les trois pays ont signé un pacte trilatéral pour investir dans des projets d’infrastructure de la région en juillet, selon le Japan Times. Le partenariat sera axé sur les secteurs de l’énergie, des transports, du tourisme et de l’infrastructure technologique.

Le secrétaire d’État Mike Pompeo au Forum Indo-Pacific Business de la Chambre de commerce des États-Unis à Washington, le 30 juillet 2018. (Samira Bouaou/The Epoch Times)

Toujours en juillet, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a annoncé un investissement de 98 millions €³ (113 millions $ US) pour financer de nouveaux projets de technologie, d’énergie et d’infrastructure dans la région. Cet investissement s’inscrit dans la stratégie indo-pacifique du président Donald Trump.

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Entre-temps, l’Institute for Defense Studies and Analysis a soutenu dans un article du mois de septembre que Taïwan, un allié clé des États-Unis, devrait être un élément essentiel de l’AAGC.

Le document souligne l’emplacement de Taïwan, au confluent de la mer de Chine méridionale et de l’Asie de l’Est, comme point stratégique de ce pays insulaire pour les voies maritimes internationales dans la région. En outre, Taiwan est une démocratie à part entière, conformément aux valeurs libres et ouvertes promulguées par l’AAGC.

Le Japon est également prêt à accroître sa coopération avec les pays du Mékong – Cambodge, Birmanie, Thaïlande et Vietnam – alors que les 5 pays sont prêts à signer une nouvelle stratégie de coopération le mois prochain lors du 10e Sommet Mékong-Japon à Tokyo, selon un article du journal japonais Mainichi Shimbun du 29 septembre. Le Japon prévoit de développer des projets d’infrastructure dans la région du Mékong dans le cadre de sa stratégie Indo-Pacifique libre et ouvert.

Références (liens externes anglophones) :

FOIP : https://www.asean.emb-japan.go.jp/files/000352880.pdf

Sebastian Maslow : https://www.policyforum.net/japans-pivot-asia/

Taïwan : https://idsa.in/system/files/news/Defense_Security_Vol.1_No.1-jppanda.pdf

Site internet de la Mission des relations Japon-ASEAN : https://www.asean.emb-japan.go.jp/greet.html

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