Affaire Mila : un lynchage numérique « effrayant et glaçant », souligne son avocat

Par Léonard Plantain
7 juin 2021
Mis à jour: 7 juin 2021

Depuis ce jeudi à Paris, treize prévenus sont jugés pour avoir participé au harcèlement de l’adolescente Mila, des jeunes qui lui ont envoyé des menaces de mort après sa publication d’une vidéo critique sur l’islam.

Le procès du « lynchage numérique » de Mila s’est ouvert ce jeudi 2 juin devant le tribunal correctionnel de Paris. Un lynchage à la fois « effrayant et glaçant », a dénoncé son avocat, Richard Malka, qui s’est exprimé sur FranceInfo avant le début de l’audience. Pour rappel, tout a commencé après la publication de vidéos critiques sur l’islam, faites par Mila en janvier et novembre 2020. Depuis, elle a été la cible de « raids numériques : des déferlements de haine sur les réseaux sociaux », a indiqué son avocat.

« Jamais dans l’histoire de ce pays une jeune fille n’a reçu plus de 100 000 messages haineux, avec évidemment une connotation sexiste, homophobe. Cette situation, je ne m’en remets pas. On a une jeune fille que le système scolaire ne peut plus prendre en charge. On lui dit : ‘Rentrez chez vous Madame, on ne peut pas assurer votre sécurité, on met un terme à votre scolarité.’ Elle est recluse », a dénoncé Richard Malka, qui a également souligné : « C’est la première fois dans l’histoire de ce pays qu’une jeune femme de cet âge-là fait l’objet d’une protection policière 24 heures sur 24. Cela n’existait pas. Vous pouvez imaginer la solitude que cela induit ? »

Quant aux messages qu’elle reçoit, en voici un bref exemple : « La Mila elle continuera jusqu’à que quelqu’un la trouve et la crève, et c’est tout ce qu’elle mérite » « Tu mérites de te faire égorger sale grosse pute » « Que quelqu’un lui broie le crâne par pitié » « Dis-moi où tu habites, je vais te faire une Samuel Paty. »

Et encore, « il y a aussi des têtes décapitées, des photomontages avec la tête de Mila sanguinolente à la place de Samuel Paty. C’est insupportable. Il y a un rapport aux réseaux sociaux qui est complètement dingue. On montre une cible et puis comme des moutons, ils y vont tous pour menacer de mort. Et ils disent : ‘Ben oui, on sait que ça peut mener au suicide, mais 2 minutes après, on n’y pensait plus' »

Aussi, pour Richard Malka, « ce qui est glaçant et effrayant dans ce dossier, c’est que ce ne sont pas des délinquants, ni des fanatiques. Ils ont absolument tous un casier judiciaire vierge. Des personnes sans problème, plutôt très jeunes, entre 18 ans et 22 ans, et qui ne se rendent pas compte de la gravité de leurs actes et qui s’étonnent aujourd’hui que cela ait pu les mener à une perquisition, à une garde à vue et à un passage devant le tribunal correctionnel. Et même, ils s’en offusquent », a-t-il déploré.

« ‘Pour un seul tweet ?’ – nous disent-ils. Oui, un tweet, ça peut mener à ça et il faut que cela se sache. On ne peut pas continuer à accepter cette sauvagerie. À se dire que comme c’est sur les réseaux sociaux, c’est normal. Ils invoquent leur liberté d’expression. Pour eux, la liberté d’expression, c’est : ‘On ne peut pas critiquer Dieu’, mais par contre on peut envoyer des menaces de mort. Ce message, il faut bien le faire passer : le blasphème, c’est légal en France et on ne menace pas de mort, même sur les réseaux sociaux. Cela peut vous mener à des perquisitions, à des gardes à vue, à des casiers judiciaires », a-t-il déclaré a FranceInfo.

Richard Malka a également indiqué que peu importe si on a un pseudo et qu’on est anonyme derrière son écran, peu importe qu’on soit jeune, qu’on ait un vpn, qu’on n’ait pas de casier judiciaire ou qu’on n’ait écrit qu’un seul message : les conséquences seront les mêmes.

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