Afghanistan : les raisons d’un désastre

Par Jean Dutreuil
13 septembre 2021
Mis à jour: 13 septembre 2021
René Cagnat a effectué une carrière d’officier et de diplomate avant de se retirer en Asie centrale. En 2012, il publia un livre intitulé «Du Djihad aux larmes d’Allah: Afghanistan, les 7 piliers de la bêtise», de nouveau actuellement présenté dans les librairies et dans lequel il recense les erreurs stratégiques des Américains et de leurs alliés dans leur lutte contre les talibans. L’effondrement du régime fantoche tenu à bout de bras par les Occidentaux et le retour des talibans au pouvoir, suite au départ précipité de ceux-là cet été ne l’étonne pas. Selon lui dans cet ouvrage, la guerre était perdue dès l’intervention de l’OTAN en 2001 et ce à cause des raisons suivantes :
1) De 2001 à 2004, les Occidentaux ont procédé à des bombardements qui ont eu pour résultat de braquer les Afghans contre eux sans pour autant donner des résultats probants. À l’inverse de ces canonnades qui ont permis d’écouler les stocks d’armement du complexe militaro-industriel, il aurait fallu pratiquer une guerre de terrain et de renseignements menée par les forces spéciales.
2) Au lieu de mener une guerre au contact des populations, les Occidentaux se sont barricadés dans des bases forteresses. La méfiance puis la haine résulteront de ce manque de lien.
3) Les Pachtounes constituent l’ethnie la plus importante d’Afghanistan et vivent des deux côtés de la frontière afgho-pakistanaise. Ils ne sont pas tous Talibans mais les Talibans sont presque tous Pachtounes. Or après avoir évincés les Talibans du pouvoir à Kaboul en 2001, les Occidentaux les ont laissés s’échapper au nord du Pakistan en s’interdisant eux-même d’y pénétrer alors qu’il aurait fallut mener une offensive dans l’ensemble de la zone pachtoune. Résultat, le nord du Pakistan a servi de base arrière aux Talibans pour leurs attaques.
4) L’islamisme et le terrorisme qui en découle ont été sous-estimés par les Occidentaux qui se sont refusés à éradiquer dans les zones tribales les centaines de madrassas (écoles) talibanes fanatisant des dizaines de croyants devenus des potentielles bombes humaines.
5) Les Occidentaux ont refusé la lutte contre le trafic de drogue pour ne pas déplaire à leurs alliés qui sont les « les seigneurs du nord ». Ces derniers ont de nouveau cultivé le pavot après son interdiction par les talibans au pouvoir, nourrissant une corruption endémique au sein de la société afghane et du régime installé par les Occidentaux.
6) L’aide économique occidentale a financé prioritairement le développement des villes et la réfection du réseau routier profitant aux commerçant, à l’administration et aux militaires. Il aurait été plus judicieux de se concentrer sur le monde rural qui est majoritaire, en fournissant des ustensiles agricoles et de l’électricité absente d’un grand nombre de villages dans lesquels les habitants meurent littéralement de froid en hivers.
7) Au lieu d’imposer un régime démocratique à un pays fracturé par une mosaïque d’ethnies en conflit, il aurait été préférable de ré-instaurer la monarchie autour de la famille royale de Zaher Shah, qui est respectée et en mesure de rétablir les subtiles équilibres amenant à une paix relative entre les tribus.
Certains responsables militaires prirent conscience de ces erreurs et tentèrent d’y remédier. Côté français, le colonel Geoffroy de Larouzière-Montlosier, commandant un bataillon de 450 tirailleurs de septembre 2003 à janvier 2004, entretenait de nombreux contacts avec les locaux. Mais son mandat fut trop court pour être efficient et sa méthode ne se généralisa pas au sein de la coalition.
Côté américain, le général Stanley McChrystal et son successeur David Patreus mirent au point à partir de 2009 une stratégie de contre-insurrection théorisée par le général français David Galula consistant à gagner les cœurs des indigènes. Leur bras armé fut l’officier des forces spéciales Jim Gant, surnommé «Lawrence d’Afghanistan » pour avoir réussi à fédérer plus de 150 000 Pachtounes contre les talibans. Cependant leur séjours respectifs en Afghanistan étant trop brefs, ils ne purent infléchir le cour désastreux de la guerre.
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