Âgé de 68 ans, il usurpait la photo d’un mannequin pour séduire des jeunes femmes sur Internet et abuser d’elles

Par Séraphin Parmentier
10 août 2019 Mis à jour: 10 août 2019

Après un véritable marathon judiciaire, le sexagénaire a finalement été renvoyé devant la cour d’assises de l’Hérault ce mardi.

Pendant une dizaine d’années, un sexagénaire prénommé Michel n’a pas hésité à utiliser des clichés d’un mannequin dérobés sur la Toile pour séduire ses victimes sous une fausse identité. Après avoir réussi à attirer l’attention des jeunes femmes conquises par le profil qu’il avait publié sur plusieurs sites de rencontres, il échangeait par Internet jusqu’à ce qu’il parvienne à les convaincre de le rencontrer.

Il proposait ensuite à ses proies de le rejoindre dans son appartement niçois où il se livrait à une mise en scène inspirée du roman Cinquante nuances de Grey. Guidées par la voix du sexagénaire qui restait invisible, les jeunes femmes se dévêtaient dans la salle de bain avant de passer un bandeau sur leurs yeux et de s’offrir au prédateur sexuel.

Les victimes découvraient par la suite qu’elles avaient été abusées et que celui qui les avait séduites était en réalité un« vieil homme à la peau fripée, bedonnant, avec un gros nez ».

Dénoncé à la police à deux reprises en 2009 et en 2013, le sexagénaire avait toujours réussi à s’en tirer, les plaintes déposées contre lui finissant par être classées sans suite.

Deux nouvelles plaintes déposées en 2014 et en 2015 ont toutefois porté leurs fruits, amenant les policiers à perquisitionner le domicile du suspect où ils découvriront « des milliers de photographies intimes de ses partenaires parfois prises dans sa chambre à leur insu, de même qu’un carnet listant les noms, numéros de téléphone et situation personnelle détaillée de 342 femmes âgées de 23 à 53 ans », écrit Le Parisien.

Un véritable feuilleton judiciaire

Renvoyé une première fois devant les assises pour viols, le prévenu finit par obtenir l’abandon des poursuites à son encontre grâce au travail de ses avocats.

« À aucun moment cet homme n’a eu l’intention de se mettre dans l’illégalité. Il était évident que ce profil ne pouvait être réel, les plaignantes ont d’ailleurs concédé avoir voulu y croire… L’hygiène plus que douteuse et la décoration vieillotte de l’appartement auraient dû suffire à les alerter », affirme maître Laurent Poumarède, l’un des conseils de Michel.

Bien décidé à ne pas en rester là, Mohamed Maktouf, l’avocat de deux des trois victimes présumées s’étant portées parties civiles, forme un pourvoi en cassation.

« Leur consentement a été vicié par une mise en condition de plusieurs semaines. Il adaptait à chacune son discours, jouant sur leur vulnérabilité. L’une avait subi des attouchements dans l’enfance, une autre était en burn-out au moment des faits. Il les appelait chérie, disait vouloir faire sa vie avec elles… tout était pensé, jusqu’à la sonnette de l’immeuble, au nom d’Anthony Laroche [le nom d’emprunt utilisé par le sexagénaire sur les sites de rencontre, ndlr] », estime maître Maktouf.

Renvoi définitif devant la cour d’assises

En janvier dernier, la cour de cassation donne raison à l’avocat des parties civiles, retenant la notion de « stratagème ».

« Constitue un viol par surprise l’acte de pénétration sexuelle obtenu par un homme à l’aide d’un stratagème visant à tromper la victime sur son identité civile et physique, parce qu’il savait que la victime n’aurait sinon jamais accepté d’avoir une relation sexuelle avec lui », écrivent les magistrats dans leur arrêt.

Le 6 août, la cour d’appel de Montpellier devant laquelle l’affaire avait été renvoyée a suivi l’arrêt de la cour de cassation et s’est prononcée pour un renvoi définitif de l’accusé devant les assises de l’Hérault. Le sexagénaire y sera jugé du chef de « viols par surprise ».

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