Charente-Maritime – Un agriculteur au bout du rouleau : « C’est foutu, je n’ai plus la force de continuer »

Par Michal Bleibtreu Neeman
28 mai 2020
Mis à jour: 28 mai 2020

En France les chiffres croissants de suicides chez les agriculteurs sont alarmants. Isolement, conditions de vie difficiles, difficultés financières et endettements sont le lot de ce métier souvent ingrat qui mène trop souvent au suicide.

En septembre 2019, on parlait de « plus de deux suicides par jour, selon les chiffres de la Mutualité sociale agricole parus en été 2019. On constate une surmortalité qui caractérise ce métier : 605 suicides chez les agriculteurs, exploitants et salariés ».

Créée en 2001, Agricall, une cellule de soutien au téléphone pour les agriculteurs en détresse, déclare recevoir 4 appels à l’aide par semaine.

Selon les statistiques, 274 ont plus de 65 ans, et 4 sur 5 sont des hommes. Il s’agit de chiffres bien supérieurs au reste de la population. Le risque de se suicider est plus élevé de 12,6 % chez les agriculteurs. Ce chiffre est encore plus marqué chez les agriculteurs les plus pauvres, qui s’élève à 57 % chez les bénéficiaires de la CMU. Deux activités sont particulièrement touchées : les éleveurs bovins et les producteurs laitiers.

Christian Rougier, 53 ans, agriculteur installé au Fouilloux en Haute-Saintonge en Charente-Maritime se dit être au bout du rouleau. Il a été contacté par Francetvinfo. L’ exploitation de ce producteur de lait est en liquidation judiciaire. Le montant de sa dette s’élève à 500 000 €.

« La descente aux enfers de Christian Rougier est emblématique des difficultés d’un monde rural qui est en train de s’effondrer », dit Philippe Grégoire, le vétérinaire qui suit l’exploitation depuis des années.

Il y a cinq ans, le père de Christian Rougier est décédé. L’agriculteur s’est retrouvé seul à gérer l’exploitation de 140 vaches, la ferme, la comptabilité et le côté administratif. Seul à gérer toutes ces tâches, le quinquagénaire est toujours célibataire, car il n’a pas eu le temps de vivre. Pour répondre aux normes européennes en 2014, il décide d’investir dans une salle de traite pour répondre aux normes. Il emprunte alors 400 000 euros. Mais la production de lait n’était plus rentable. Il n’arrive plus à rembourser ses dettes et s’étouffe sous les charges. Il décide d’arrêter la production de lait et se lance dans l’élevage des veaux. Mais les services vétérinaires menacent d’euthanasier son troupeau pour des problèmes sanitaires. Il vit de la retraite de sa mère, 1 000 € avec lesquels il doit également encore nourrir ses vaches.

« Ce n’est pas un drame à la Zola, non, là il s’agit d’un agriculteur qui travaillait dans l’ombre de ses parents et qui a continué à travailler seul. Il n’a pas su mutualiser le matériel, s’adapter à un nouveau mode de vie et il s’est laissé déborder par l’inflation de la paperasse, cela fait cinq ans qu’il n’ouvre plus son courrier, il a pourtant investi pour avoir du matériel de pointe, cela reflète la détresse d’un monde rural qui s’effondre », ajoute le vétérinaire.

« Christian a toujours été un bosseur, il a toujours bien travaillé, mais travailler seul aujourd’hui, ce n’est plus possible », raconte Philippe Grégoire, qui accompagne l’éleveur.

Christian Rougier n’est qu’un cas parmi d’autres agriculteurs dans leur cinquantaine qui se retrouvent submergés par les dettes et les formalités administratives, et qui doivent souvent renoncer à l’exploitation familiale et parfois même à la vie.

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