Allier : les parents ne payent plus la cantine, l’école sert du pain et de l’eau à leurs enfants

Par Séraphin Parmentier
17 septembre 2019 Mis à jour: 18 septembre 2019

Pour inciter leurs parents à régler leurs impayés, la municipalité a décidé de servir du pain et de l’eau pour tout repas à leurs enfants.

Les faits ont eu lieu le 9 septembre. Deux enfants de l’école primaire Michelet Berthelot de Saint-Pourçain-sur-Sioule, une commune d’environ 5000 habitants située à une trentaine de kilomètres au nord de Vichy, se sont vu proposer du pain et de l’eau en guise de déjeuner car leurs parents n’avaient pas réglé les frais de cantine de l’établissement depuis plus d’un an.

Selon la municipalité de Saint-Pourçain-sur-Sioule, les parents des deux enfants, respectivement scolarisés en classe de CE2 et de CM1, avaient été contactés à plusieurs reprises par courrier, téléphone ou messagerie électronique sans qu’ils ne daignent jamais répondre aux sollicitations de la mairie et régler leurs impayés.

« Nous avons voulu faire un électrochoc aux parents de ces deux enfants. Que faire ? Appeler la gendarmerie ? Les laisser dans la cour ? Nous les avons installés dans une salle à part pour qu’ils ne soient pas avec les autres enfants et ne soient pas victimes de discrimination. Nous leur avons donné du pain frais et de l’eau », a expliqué Emmanuel Ferrand, le maire (LR) de la commune, aux journalistes de France 3.

« L’an dernier, nous avons gardé les enfants tous les jours à la cantine alors qu’ils n’étaient pas inscrits, soit quatre jours par semaine. Nous les avons gardés et nourris, nous n’allions pas les laisser comme cela. Les parents n’ont jamais rien payé. En ce début d’année scolaire, la situation était identique », poursuit M. Ferrand.

« Nous avons un tiers des parents qui ne règlent pas la cantine soit environ cinquante familles dont quatorze en réelle difficulté. Cela représente plus de 5000 euros d’impayés par an. C’est la seule famille qui nous laisse sans réponse. Avec les autres nous avons trouvé des solutions via le CCAS ou les services sociaux », ajoute-t-il.

« Le personnel de l’école désapprouve cette façon de faire »

Mais la décision prise par l’édile aurait suscité l’incompréhension, voire la colère de certains membres du personnel de l’établissement scolaire.

« Je comprends que les impayés de la cantine soient compliqués à gérer pour la municipalité. Mais je suis en total désaccord avec la façon dont cette affaire a été menée. Ce sont des problèmes d’adultes. Des enfants n’ont pas à être privés de repas. J’ai vraiment été choqué », témoigne un employé.

« Le personnel de l’école désapprouve cette façon de faire et ne la cautionne pas. Ceux qui étaient présents disent avoir été mis devant le fait accompli et précisent que si cela venait à se reproduire, ils refuseraient de le faire », prévient un représentant du personnel ayant également préféré garder l’anonymat.

« Je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas payé plus tôt »

Conscient que l’initiative ait pu choquer certains employés ou parents dont les enfants fréquentent l’école primaire, Emmanuel Ferrand affirme néanmoins l’assumer pleinement.

« De nombreux parents viennent me voir. Ils règlent leur facture de cantine et me disent qu’ils en ont marre de payer pour les autres », explique le premier magistrat de la ville.   

« Ce qui est incroyable c’est que les parents ont réglé l’intégralité de leurs impayés le soir même. Je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas payé plus tôt, pourquoi ils n’ont pas répondu à nos sollicitations, pourquoi ils ne sont pas venus discuter avec nous », observe-t-il.

« Je précise aussi qu’à aucun moment les parents des deux enfants ne se sont plaints. La preuve est qu’ils ont payé sans rien dire », poursuit le maire de Saint-Pourçain-sur-Sioule.

Interrogé par franceinfo ce mardi, Emmanuel Ferrand a regretté les nombreuses attaques dont il a fait l’objet depuis la médiatisation de l’affaire :

« Pour avoir voulu faire mon travail honnêtement, je suis devenu un paria de la République dont mes opposants se servent dans un but électoral avec gourmandise », a déploré le maire.

« La force est aujourd’hui à ceux qui ne payent plus et à ceux qui les défendent. Un jour, il n’y aura plus de maires en France, car on ne leur donne pas les moyens de gérer les communes, ni pour aider ceux qui souffrent ni contre ceux qui profitent du système », conclut M. Ferrand.

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