Un ancien sous-marin nucléaire russe émet encore aujourd’hui une radiation de 100.000 fois le niveau normal

Par Victor Westerkamp
16 juillet 2019 Mis à jour: 16 juillet 2019

Trente ans après le naufrage du sous-marin nucléaire russe K-278 Komsomolets au fond de l’océan Arctique, des scientifiques norvégiens ont découvert des radiations radioactives supérieures à 100 000 fois la normale, selon le journal télévisé norvégien NRK.

Le 8 juillet, une équipe de chercheurs norvégiens a fait descendre un ROV, un robot spécialisé, Aegir-6000, jusqu’à l’épave de 122 mètres de long qui repose à environ 1 600 mètres de profondeur sur le fond marin, à environ 320 km au nord de la Norvège continentale. D’après les mesures, ils ont trouvé environ 100 becquerels (Bq) de radiation par litre, contre environ 0,001 Bq par litre ailleurs en mer de Norvège.

Des enquêteurs russes surveillent également le navire depuis 1990 et ont mesuré des valeurs légèrement élevées de césium 137, un élément radioactif, selon le journal Moscow Times et plusieurs équipes norvégiennes, d’après le site d’informations américain Business Insider, mais aucune fuite n’avait été découverte auparavant.

Cependant, grâce au mini-sous-terrain télécommandé, ils ont pu s’approcher davantage de l’épave et obtenir des relevés plus précis, a rapporté NRK.

« Les nouvelles études », a déclaré Ingar Amundsen, responsable de la radioprotection et de la sûreté nucléaire, « sont importantes pour comprendre le risque de pollution posé par Komsomolets. »

Les chercheurs ont prélevé des échantillons dans trois des puits de ventilation des navires et ont trouvé des valeurs anormalement élevées de radiation dans l’un d’eux. De plus, les chercheurs ont déclaré à la chaîne d’information TV2 qu’un mystérieux nuage de poussière pouvait être vu sur les images vidéo provenant du navire, qui serait relié au réacteur nucléaire.

Le K-278 Komsomolets, qui signifie « membre de la Ligue de la jeunesse communiste », a été lancé en 1983 à Severodvinskand. Il s’agissait d’un sous-marin nucléaire offensif à la pointe de la technologie, « c’était le sous-marin de plongée le plus profond du monde, sa profondeur d’opération en dessous de 900 mètres était plus profonde que celles des meilleurs sous-marins américains », selon des documents de la CIA.

Cependant, le 7 avril 1989, au cours d’une tournée de surveillance secrète, un incendie s’est propagé dans la salle des machines, ce qui a fini par causer le naufrage du navire et la mort de 42 des 69 membres de son équipage. La plupart sont morts à cause de l’exposition aux radiations alors qu’ils attendaient que la marine soviétique les libère.

Ce sous-marin Komsomolets a au moins deux torpilles transportant des ogives à pointe de plutonium, et avec une vie moyenne de 24 000 ans, le plutonium représente une menace pour de nombreuses années à venir.

Hilde Elise Heldal, de l’Institut norvégien de recherche marine, a déclaré qu’elle n’était pas trop surprise par les niveaux élevés de radiation, étant donné que, dans le passé, des niveaux plus élevés de pollution radioactive ont également été enregistrés. « Les résultats sont préliminaires », a-t-elle déclaré à TV2. « Nous examinerons davantage les échantillons quand nous rentrerons à la maison. »

Elle a déclaré dans un communiqué de presse que la surveillance est importante « afin que nous ayons des connaissances à jour sur la situation de la pollution dans la zone autour de l’épave » et « pour assurer la confiance des consommateurs dans l’industrie norvégienne de la pêche ».

Cette zone de la mer de Norvège fait partie des zones de pêche les plus riches du monde et l’industrie de la pêche représente une part importante de l’économie norvégienne. Le site Web Barents Observer a toutefois noté que le navire se trouvait trop loin au-dessous de l’habitat de la vie marine locale pour présenter un risque de contamination.

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