Après deux ans de réforme en Italie, Matteo Renzi à l’assaut de l’Europe

7 mars 2016
Mis à jour: 14 mars 2016

La France n’a pas encore réformé son code du travail et débat des propositions de la loi El-Khomri, que l’Italie commence déjà à cueillir les premiers fruits de ses réformes, deux ans après avoir créé un nouveau contrat de travail à « protection croissante ». Le moment pour le Premier ministre italien de lancer quelques piques à l’Union européenne pour sa rigidité et de s’afficher comme leader européen alternatif.

« L’Italie n’est plus le problème de l’Europe. L’Italie est forte, solide, mais elle a encore beaucoup à faire et j’ai toujours la même faim que j’avais au premier jour de ma prise de fonction. » Matteo Renzi affiche une confiance totale devant l’Association de la presse étrangère à Rome. « Jamais aucun pays européen n’a mené autant de réformes en si peu de temps. »

Reprise de l’emploi

En 2014, le Jobs Act initié par Renzi a complètement changé la dynamique de l’emploi en Italie en créant, entre autres, un contrat de travail unique qui offre aux salariés une protection contre le licenciement croissant avec le temps. Avec près de 500 000 nouveaux emplois permanents, la preuve de l’efficacité du concept de cette réforme est forte. Pour autant, même si l’Italie est maintenant sortie de récession, sa croissance était quasiment nulle fin 2015, permettant aux opposants de Matteo Renzi de se demander si le cours de l’euro, la chute des prix du pétrole et les taux directeurs bas de la Banque Centrale Européenne ne seraient pas les principales raisons à la reprise de l’emploi en Italie.

Un ralentissement de la croissance italienne, qui a plafonné à 0,8% en 2015, déstabiliserait le fragile édifice, affirment les critiques, en rappelant que le nouveau contrat à durée indéterminée italien à protection croissante doit aussi son succès à l’importante défiscalisation offerte aux entreprises pour le rendre attractif – et que celle-ci a déjà coûté 12 milliards d’euros à l’État italien. Certes, une goutte d’eau en plus dans les 2 200 milliards d’euros de dette du pays. Mais Bruxelles est à l’assaut de l’Italie, inquiète de sa dette aussi bien que de ses banques, jugées trop fragiles pour faire face à une quelconque crise financière.

« Jamais aucun pays européen n’a mené autant de réformes en si peu de temps. »

      – Matteo Renzi

Matteo Renzi répond en critiquant la lenteur bruxelloise et compare, dans une interview à Bloomberg, l’Union européenne à l’orchestre du Titanic. « Soit l’Europe change sa politique économique, son approche de l’immigration, la façon dont elle crée l’idée d’une communauté, soit elle risque de réduire à rien la plus grande opération politique jamais réalisée. »

Dans un article publié par La Republicca, Renzi envoie quelques nouvelles fléchettes sur sa cible favorite, Angela Merkel, en disant que l’Italie, elle au moins, « respecte les règles » et a atteint 2,6% de déficit public en 2015, le chiffre le plus bas en 10 ans. « L’Allemagne, elle, ne respecte pas les règles et l’excédent de sa balance commerciale continue à dépasser ce qui est demandé par la Commission. »

Dans le même article, et légèrement en contre-pied de son ministre des Finances, Pier Carlo Padoan, qui avait soutenu quelques jours avant la proposition de créer un poste de ministre des Finances de la zone euro (une demande forte des banques centrales française et allemande), Renzi affirme qu’« aujourd’hui, le problème avec l’économie de l’Union n’est pas d’avoir un super-ministre mais une vraie direction. Parce que – c’est le point de vue de notre gouvernement – l’Europe a fait fausse route ces dernières années ».

Mi-janvier, Jean-Claude Juncker manifestait de manière inhabituellement transparente son agacement : « Le président du Conseil italien a tort de critiquer la Commission à tous les coins de rue. L’atmosphère entre l’Italie et la Commission n’est pas au beau fixe. » Matteo Renzi venait de se fendre d’un « basta, Europe » en réponse aux exigences européennes sur son budget, trop marquées selon lui par la doctrine d’austérité pour lui permettre de continuer dans son chemin de baisse d’impôts.

Crise des migrants

La politique d’accueil des migrants est un autre point de tension croissant avec l’Union, l’Italie se plaignant que de nombreux pays européens ne respectent pas leurs engagements de prise en charge de migrants, et Bruxelles reprochant à l’Italie de laisser volontairement ceux-ci quitter son territoire sans tenter de déterminer leur identité.

Matteo Renzi, à l’appui de sa nouvelle stature européenne, a fermement prévenu les pays d’Europe de l’Est qu’ils auraient à payer le prix de leur attitude s’ils choisissaient de fermer leurs frontières : « Nous devrons prendre en compte le fait que certains pays considèrent la solidarité comme une rue à sens unique. Si vous faites appel à la solidarité en demandant des fonds européens, vous devez montrer de la solidarité face aux situations d’urgence. » Comprenez : le budget européen 2020-2026 se discutera bientôt, et prendra en compte votre attitude dans la crise des migrants.

Dans la ligne du viseur du Premier ministre italien, l’Autriche qui a annoncé qu’elle allait fermer ses frontières, et a indélicatement organisé, le 24 février, une réunion des ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères des pays d’Europe de l’Est pour réfléchir aux moyens de bloquer le flux des réfugiés.

Il faut le risque plus immédiat du renforcement des troupes du groupe terroriste État Islamique en Libye proche du sud de l’Italie, pour resserrer un peu les liens européens. Les récentes frappes américaines en Libye et la présence de commandos français laissent imaginer une intervention terrestre dans laquelle Rome serait, géographiquement, aux premières loges. Conséquence ou pas, la dernière rencontre entre Matteo Renzi et Jean-Claude Juncker le 26 février à Rome a commencé tout miel, rapporte le journal Romandie, le président de la Commission européenne citant l’Italie comme « exemple » et affirmant que la Commission n’est pas en faveur d’une « austérité stupide et aveugle ». Tentative d’amélioration des relations qui n’aura probablement duré que jusqu’à ce que Matteo Renzi réponde « M. Juncker dit que l’austérité est stupide, et je souscris avec lui ».

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