Après avoir écarté le chef de l’exécutif de Hong Kong, Pékin vise le chef de son bureau de liaison

19 décembre 2016 Mis à jour: 19 décembre 2016

Face aux journalistes, suite aux manifestations dans les rues principales de Hong Kong en 2014 contre le refus de la législature chinoise d’amorcer toute réforme démocratique, Zhang Xiaoming, fraîchement placé par le régime chinois pour diriger Hong Kong, avait souri et répondu : « Le soleil se lève toujours. »

Zhang Xiaoming suggérait que ces évènements n’avaient aucune importance. Dans cette ville semi-autonome qu’est Hong Kong, c’était à Pékin d’avoir le dernier mot et non aux citoyens.

Il y a peu, ce commentaire du chef du bureau de liaison du gouvernement central a été remis au goût du jour, cette fois pour être utilisé contre lui ; ce qui laisse supposer que ce dernier pourrait, soudain, subir quelques pressions venant du haut.

« Le petit Ming manque, mais le soleil se lève toujours » a titré le Sing Pao Daily, un quotidien de Hong Kong pro-Pékin, dans un article virulent dirigé contre Zhang. D’après l’article, Zhang aurait manqué l’inauguration d’une exposition d’artisanat local à laquelle il avait assisté d’année en année avec le chef de l’exécutif, Leung Chun-ying. Or Leung, personnage très impopulaire, allié de Zhang, a récemment annoncé qu’il ne briguerait pas sa réélection. « En un rien de temps », indique-t-on, Zhang sera évincé de son poste de chef du bureau de liaison.

Cette évaluation du Sing Pao concernant la situation de Zhang Xiaoming, voilà qui n’est surtout pas une parole vide . Le mois dernier, le média obtenait des informations exclusives d’une source haut placée selon laquelle la direction de Xi Jinping avait prévu le transfert de Zhang pour le mois de novembre. Ce qui finalement n’a pas réussi, du fait des circonstances du moment.

Cette tentative du chef du Parti Xi Jiping pour limoger Zhang semble appartenir à un effort de plus grande ampleur qui vise à purger Hong Kong de tous les éléments politiques associés à son rival, l’ancien dirigeant de la Chine Jiang Zemin.

Une éviction en germe

Toute la carrière politique de Zhang Xiaoming, 53 ans, s’est déroulée à Hong Kong. Après avoir obtenu son diplôme de droit en 1986, il a été affecté au Bureau du Conseil des affaires d’ État de Hong Kong et de Macao. Il a ensuite intégré le secrétariat du directeur de l’époque, Liao Hui. En décembre 2012, on le retrouve promu du poste de directeur adjoint du Bureau du Conseil des affaires d’État de Hong Kong et Macao à celui de chef du bureau de liaison du gouvernement chinois.

Une fois devenu le plus haut fonctionnaire chinois de Hong Kong, Zhang a cumulé les remarques controversées. Outre sa réplique « le soleil se lève toujours », il a également déclaré que le pouvoir du chef de l’exécutif de Hong Kong, Leung Chun-ying, était un « pouvoir au-delà » des organes législatifs et judiciaires de la ville. Plus récemment, il a menacé les militants pour l’indépendance de Hong Kong , puis a proposé aux écoles de la ville de réfléchir sur un programme « d’éducation patriotique », à savoir des cours que les citoyens n’hésitent pas à qualifier d’endoctrinement communiste.

En novembre dernier, une source de Zhongnanhai, le siège du gouvernement de la République populaire de Chine, a avoué à Epoch Times, que l’administration de Xi Jinping était insatisfaite de voir les associés de Jiang Zemin « mettre Hong Kong sens dessus dessous ». On aurait planifié d’écarter Leung Chun-ying et Zhang Xiaoming.

Depuis, Leung a annoncé qu’il ne serait pas candidat à sa réélection, confirmant les rapports antérieurs d’Epoch Times et les informations exclusives qui annonçaient que ce dernier avait perdu les faveurs de Pékin et risquait même d’être pénalisé.

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Quant à Zhang, selon la source d’Epoch Times, l’équipe de Xi aurait programmé son transfert, mais ne trouve pas de poste équivalent, car le directeur d’un bureau de liaison du gouvernement central a valeur de poste ministériel. Et dans les faits « aucun ministère n’est prêt à accueillir » Zhang, connu pour être « incompétent », adepte « des jeux de pouvoir » et « causeur de troubles ».

Toujours d’après la source, en novembre Zhang aurait du être orienté vers l’Association des Chinois d’outre-mer de retour en Chine, pour remplacer le directeur Lin Jun de 67 ans prenant sa retraite.

Cependant, entre-temps, éclatera un scandale. Ce scandale concernera la manière dont certains militants pour l’indépendance de Hong Kong auront prêté serment lors de leur intégration à l’Assemblée législative. Selon la source, Zhang Xiaoming aurait profité « des lacunes de l’administration, dues au système corrompu soutenu par le régime chinois, » pour prendre des mesures sévères à leur encontre, et justifier son maintien en tant que chef du bureau de liaison.

Début novembre le corps législatif chinois a fait paraître un rapport légal très controversé empêchant deux militants pour l’indépendance d’exercer du fait d’avoir tenu des propos arrogants durant leur assermentation. Zhang s’est ensuite exprimé avec dureté sur la question en condamnant « les indépendants de Hong Kong », personne cependant n’aura considéré sa prise de position comme un évènement sérieux.

Et la source confirme que Zhang « aura du mal à se maintenir » car Xi Jinping a accéléré sa croisade contre l’influence de Jiang Zemin à Hong Kong, surtout depuis le 6e plénum du Parti en octobre ou son pouvoir s’est vu renforcé.

En effet, si Zhang Xiaoming reste en poste, il pourrait éventuellement être tenu responsable d’autres malversations.

D’ailleurs, une source proche du bureau de liaison a confié à Epoch Times que Zhang et Song Lin, le président du groupe géant chinois China Resources (Huaran) récemment disgracié, avaient fréquemment invité de hauts fonctionnaires au siège social de la compagnie, dans la ville de Shenzhen située aux abords de Hong Kong, organisant des évènements dont les seules dépenses en alcool atteignaient les 16 millions de yuans, soit 2 millions de dollars environ.

Lors de l’important sommet politique d’octobre, les dirigeants chinois ont publié deux documents exigeant des hauts cadres du Parti « une normalisation de leur vie politique ». Cette année, à plusieurs occasions, Xi Jinping et Wang Qishan, le directeur de la lutte anti-corruption, ont également souligné la nécessité « d’une direction plus stricte du Parti ».

Le nettoyage de Hong Kong

Xi Jinping est actuellement en train de récurer Hong Kong des restes de l’influence de Jiang Zemin.

C’est depuis le mois d’août que le journal Sing Pao a commencé à publier des articles très critiques à l’égard de Zhang Xiaoming, Leung Chun-ying, Zhang Dejiang, membre du Comité permanent du Politburo (l’inspecteur en chef de Hong Kong et le chef de la législature chinoise) et, plus récemment, l’ancien vice-premier ministre Zeng Qinghong. Sing Pao affirmera que ces hommes « ont amené le désastre à Hong Kong » et laissera entendre que ces derniers n’ont réussi à sauver leurs postes que par la protection de Jiang Zemin.

L’attitude du Sing Pao est très surprenante car le journal est résolument pro-Pékin et les observateurs croient que le quotidien s’exprime au nom de la faction de Xi Jinping.

En octobre, l’organisation anti-corruption du Parti critiquait la direction du Bureau du Conseil des affaires d’État de Hong Kong et Macao, qu’il accusait de manquer de discipline et de ne pas suivre strictement les instructions du gouvernement central.

Au cours du mois de novembre, Epoch Times avait également reçu des informations de haut lieu concernant la création par Xi Jinping d’un groupe d’enquête spécial ciblant les fonctionnaires de Hong Kong, mais aussi les hommes d’affaires achetant leur avancements dans la chambre consultative du régime chinois.

Li Ling-pu a contribué à cet article.

Version anglaise : After Hong Kong’s Leader is Cast Aside, Beijing Guns for Liaison Office Chief

 

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