Archéologie : une dalle oubliée et gravée pourrait être une des premières cartographiques d’Europe

Par Léonard Plantain
11 avril 2021
Mis à jour: 11 avril 2021

Après avoir été oubliée pendant près d’un siècle dans les réserves du musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, la dalle de Saint-Bélec a récemment été étudiée en détail par des archéologues français et britanniques. Selon eux, il pourrait s’agir de la plus ancienne représentation cartographique d’Europe.

Les premiers cartographes d’Europe étaient-ils les Bretons ? C’est visiblement la conclusion à laquelle semblent arriver les chercheurs de l’Inrap, de l’université de Bournemouth, du CNRS et de l’université de Bretagne Occidentale (UBO) qui ont récemment analysé la dalle de Saint-Bélec, un énorme bloc de pierre gravé datant de l’âge du Bronze ancien (2200-1600 av. J.-C.), dans une étude publiée le 31 mars dernier dans le Bulletin de la Société préhistorique française, a rapporté Connaissance des arts.

Cette dalle a été découverte en 1900 dans un tumulus près de Leuhan dans le Finistère, mais n’avait jamais été examinée. Elle attendait son heure au musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, situé dans les Yvelines.

Selon les différentes études menées récemment, il semblerait que cette dalle avait une fonction politique précise, car elle représente une portion identifiable de la Bretagne, centrée sur une grande enceinte. Cela concorde avec les hypothèses des archéologues quant à l’organisation de la société armoricaine de l’époque. Il s’agirait donc de la première carte en relief connue sur le continent européen.

Au départ, elle a été découverte par le préhistorien français Paul du Châtellier, dans le tumulus de Saint-Bélec. En apparence, il s’agit d’une stèle de schiste de 2,20 m de longueur et 1,53 m de largeur, qui constitue l’une des parois d’un coffre funéraire situé sous un tumulus et qui pèse plusieurs tonnes.

À l’époque, Paul du Châtellier l’a fait déplacer jusqu’à sa maison du Finistère, où il regroupait la plupart de ses découvertes archéologiques. Puis, en 1924, plus de 10 ans après la mort du scientifique, ses collections ont été transférées au musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, dont la fameuse dalle, qui a été stockée et oubliée dans les caves.

Ce n’est qu’en 2014 qu’elle a été redécouverte, et qu’elle a finalement fait l’objet d’une campagne de recherche approfondie pour étudier ses gravures et sa réalisation. Au fil des années, les nombreux relevés effectués ont permis aux archéologues de préciser sa signification et de démontrer qu’il s’agissait bien d’une carte de géographie. Elle montre d’ailleurs de nombreuses similarités avec d’autres cartes gravées durant l’âge du Bronze.

Plus précisément, les préhistoriens ont pu établir un lien entre les différentes lignes gravées (qui représentent généralement des chemins ou des cours d’eau) et les fleuves et rivières de cette région du Finistère. La ligne droite partant de la gauche représenterait l’Odet, les deux autres venant de la droite symboliseraient le Stêr Laër et l’Isole. Des reliefs autour, comme les montagnes Noires, semblent également être reproduits. En outre, la carte semble s’organiser autour d’une forme arrondie centrale que les archéologues identifient comme l’enceinte de Castel-Ruffel, ou l’actuel bourg de Roudouallec, et qui constituerait le centre d’un pouvoir politique local, a rapporté Connaissance des arts.

Selon les chercheurs, cette carte a pu être commandée par un prince armoricain de l’âge du Bronze pour matérialiser sa zone d’influence. Citant la géographe Emmanuela Casti, l’étude explique « qu’il est bien connu que la cartographie reflète toujours l’intention d’un pouvoir politique de prendre le contrôle d’un territoire ».

En effet, à l’âge du Bronze ancien, la région était organisée en plusieurs petites principautés qui fondaient leur économie sur l’exploitation de terres agricoles et sur une forte hiérarchisation sociale. Leurs différentes zones d’influences se situaient autour des nombreux tumulus princiers, au riche matériel funéraire, mis au jour par les archéologues.

Concernant la dalle de Saint-Bélec, elle faisait partie d’un coffre funéraire dans l’un de ces tumulus. La dalle a par ailleurs été cassée, volontairement ou non, et son réemploi comme pierre de construction pourrait signifier qu’elle avait perdu son utilité première, et donc que la zone de contrôle n’existait plus, d’après les archéologues. Selon eux, il pourrait même s’agir d’un geste résultant d’une révolte envers l’autorité principale, d’une conquête ou d’un effondrement de cette société. Les recherches continuent.

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