Au Mexique, toiletter les os des morts pour la Toussaint

Par Epoch Times avec AFP
23 octobre 2021
Mis à jour: 23 octobre 2021

Pour la Toussaint, fête majeure au Mexique, les habitants d’une communauté Maya ont renoué avec une tradition ancestrale: nettoyer les os de leurs morts, un rituel suspendu l’année dernière pour cause de pandémie.

« Sortez, sortez, âmes en peine », chantent des femmes dans le cimetière de Pomuch, en pleine forêt dans la péninsule du Yucatan (sud-est).

Rituel, appelé en maya Choo Ba’ak

Face à elles, des petites caisses en bois grandes ouvertes contenant les restes de leurs proches, des crânes et des os délicatement posés sur un linceul blanc brodé de motifs fleuris, avec le nom du défunt.

Ce rituel, appelé en maya Choo Ba’ak, se déroule 10 jours avant les festivités de la Toussaint, la Fête des morts que les Mexicains vont célébrer avec ferveur en fin de semaine prochaine.

« C’est une très belle tradition, qui consiste à honorer la mémoire de nos ancêtres. Nous changeons leur linceul », explique Jacinta Chi, une habitante de Pomuch. « Ils sont contents que nous nous souvenions d’eux avec beaucoup de tendresse, beaucoup d’amour ».

Veiller les restes pendant plusieurs heures

Le rituel est bien rodé: « Ouvrir la tombe, sortir les os, remplacer le linceul, nettoyer les os », raconte Antonio Canché, 74 ans, un pinceau à la main, pour honorer les restes de ses beaux-parents, ses propres parents et un oncle. « Avec joie, avec enthousiasme ».

Entre chants et anecdotes, les familles veillent les restes pendant plusieurs heures.

Selon la coutume, cette toilette mortuaire doit se faire chaque année à partir des trois ans qui suivent la mort du défunt.

Cette tradition remonte à des centaines d’années

« L’année dernière, en raison de la pandémie, nous n’avons pas pu respecter le rituel. Beaucoup de gens ont eu peur », avance Sebastien Yam, un opérateur culturel à Pomuch.

La tradition remonte à des centaines d’années, d’après les anciens du village.

A Pomuch, le rituel bat son plein juste avant la Toussaint, « le jour des morts » qui marque le retour transitoire des défunts sur terre.

Après avoir lavé les restes de leurs proches, les habitants de Pomuch vont installer un autel chez eux.

L’autel présente les plats et les boissons préférés des morts, dont les esprits vont revenir ici-bas l’espace d’une fin de semaine pour boire et manger, selon les croyances.

En raison de la pandémie de coronavirus, les célébrations massives ne sont pas autorisées et les cimetières resteront fermés cette année.

Jusqu’à Mexico, l’autel présente un « pan de muerto », littéralement un « pain des morts », délicieuse viennoiserie que les vivants peuvent aussi acheter dans les meilleures boulangeries depuis plusieurs semaines.

Inséparable de la Toussaint au Mexique, les pétales des fleurs des morts ou « cempasúchil » guident l’âme des défunts vers l’autel.

Fêtes inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO

Les « fêtes indigènes dédiées aux morts » ont été inscrites en 2008 au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, qui souligne: « La fusion des rites préhispaniques et des fêtes catholiques permet le rapprochement de deux univers, celui des croyances indigènes et celui d’une vision introduite par les Européens au 16e siècle ».


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