Au milieu des ruines antiques, l’Opéra national de Grèce donne de la voix contre l’adversité

Par Epoch Times avec AFP
18 juillet 2020
Mis à jour: 18 juillet 2020

La voix de la mezzo-soprano Anita Rachvelishvili s’élève au milieu des colonnes antiques et rebondit sur les façades au pied de l’Acropole d’Athènes, premier récital d’une saison inédite de l’Opéra national de Grèce délocalisé dans les sites archéologiques du pays. 

« Après tous ces mois de longue pause (pour cause de pandémie), c’est la première fois que je chante », explique à l’AFP la cantatrice géorgienne, « très émue » de se produire « dans ce lieu incroyable » qu’est l’Agora romaine à Athènes.

 Se rappeler l’art nourrit notre âme

« Seule la musique nous a permis de traverser cette période difficile », dit-elle à l’occasion de la répétition générale vendredi soir. « Quand l’économie décline car tout s’arrête, nous devons nous rappeler que l’art nourrit notre âme ».

Le premier concert de la saison, samedi soir, envoie « un message clair de soutien à l’art à tous les gouvernements qui refusent de le soutenir », plaide la Carmen de la Scala de Milan, déjà vêtue en prêtresse grecque.

Opération inédite du ministère de la Culture

Le récital d’Anita Rachvelishvili, retransmis en direct sur le site de l’opéra, donne le coup d’envoi d’une opération inédite du ministère de la Culture, en partenariat avec l’Opéra national de Grèce et 10 autres organismes culturels, visant à ranimer quelque 70 sites archéologiques assoupis depuis la crise sanitaire. Et les faire renaître au son d’opéras, de ballets et de chants populaires.

Un aperçu de sa voix

« Aujourd’hui, par cette conjoncture tellement adverse que traverse l’humanité, nous choisissons de ne pas rester loin de notre public  et de permettre à l’économie du spectacle de recommencer dans un environnement rassurant », explique à l’AFP Giorgos Koumendakis, directeur artistique de l’Opéra national de Grèce.

Car l’une des conditions de l’opération gouvernementale « Toute la Grèce, une culture », est le recrutement pour chacune des 111 performances de 80% d’intermittents du spectacle. « Pour créer de l’emploi », souligne Stella Angeletou, directrice de production de l’Opéra.

Début d’un nouveau type de performance dans des lieux ouverts

Du haut de la forteresse de Zante ou celle de Nauplie, le stade antique d’Olympie, comme sur le site de Delphes ou dans le théâtre antique d’Epidaure, résonneront jusqu’au 15 septembre opérettes grecques de Theophrastos Sakelarridis, danses et musiques populaires traditionnelles ou encore une rétrospective pour les 95 ans du compositeur Mikis Theodorakis.

« C’est le début d’une tradition et d’un nouveau type de performance dans ces lieux ouverts incroyables », prédit Anita Rachvelishvili, remerciant la Grèce de « soutenir autant l’art ».

 

« Une prouesse technologique » organisée en un mois, rapporte Stella Angeletou, évoquant les difficultés à hisser un piano à queue dans le château de l’étroit village de Monemvassia ou à transporter sur des sites éloignés, parfois par 20 minutes de marche sous le soleil cuisant, le matériel d’éclairage et de sonorisation.

Les œuvres aussi ont été adaptées et choisies en fonction du lieu. Il était ainsi impossible de mettre en scène la Tosca de Puccini à l’Odéon d’Hérode Atticus. On lui a préféré deux galas d’opéra successifs, alliant des airs et duos de Verdi à Giordano, Ponchielli et Puccini.

Les distances obligatoires sur scène

Autre contrainte de cette saison post-confinement: mettre en place les distances obligatoires sur scène comme pour les spectateurs, « une situation très difficile et exigeante, qui va contre la nature même du spectacle », ajoute Giorgos Koumendakis, qui se félicite toutefois d’avoir « réussi ».

A l’Agora romaine, les chaises ont été espacées de plus d’un mètre, des fontaines actionnées au pied fournissent du gel hydroalcoolique et des masques seront distribués à l’entrée samedi soir.

Pays épargné par le coronavirus avec 194 morts à ce jour

En présence de la présidente de la République Katerina Sakellaropoulou, la ministre de la Culture Lina Mendoni rappellera en guise de préambule que « la valeur suprême de la vie est la santé ». 

Dans un pays relativement épargné par le coronavirus, avec 194 morts à ce jour, Anita Rachvelishvili chantera Saint-Saens, Verdi et Bizet pour remercier un parterre de professionnels de santé et autorités sanitaires.

Mais aussi pour tous les badauds qui s’agglutinaient déjà pour la répétition aux grilles de l’Agora romaine, en plein cœur du quartier touristique d’Athènes.

 

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