Au Nagorny Karabakh, à chacun son rôle pour soutenir les hommes au front

Par Epoch Times avec AFP
10 octobre 2020
Mis à jour: 10 octobre 2020

En apparence, la ville est quasi-déserte. Mais sous terre, dans les caves, les garages ou les entrepôts dissimulés au regard, Stepanakert, capitale en guerre du Haut-Karabakh indépendantiste, est une fourmilière, entièrement mobilisée pour soutenir ses hommes au combat contre les forces azerbaïdjanaises.

Alors que les sirènes d’alerte résonnent depuis de longues minutes, annonçant une imminente salve de roquettes ou un survol de drones, on remarque à peine une discrète activité au pied d’une usine textile apparemment à l’arrêt, accrochée à flanc de montagnes sur l’une des hauteurs de la ville.

Quelques voitures sont garées à proximité, indiquant un minimum de présence. Des hommes, en civils, parfois avec une parka ou un pantalon camouflés, ou en uniforme de pied en cap, entrent ou sortent discrètement du bâtiment.

Les étages sont vides, c’est dans le vaste sous-sol que tout se passe

Des secouristes et infirmiers sont occupés à nettoyer des civières de tissu kaki – servant vraisemblablement à évacuer les blessés du champ de bataille -, aussitôt rangées dans quatre vieux vans UAZ des années soviétiques des services d’urgence locaux, prêts à repartir sur l’avant.

Des dizaines de cartons sont entreposés dans une pièce annexe: café, barres chocolatées, cigarettes et autres victuailles, collectées à Erevan et dans d’autres villes arméniennes, destinées à soutenir les troupes au front.

Sur le sol, des dizaines de manches de pioches, des pelles flambant neuves encore dans leur emballage d’origine, outils indispensables pour aménager les positions avancées et remplir les sacs de sables, la première protection du soldat.

L’Azerbaïdjan a accusé le 10 octobre l’Arménie d’avoir violé un cessez-le-feu médiatisé par la Russie afin de mettre fin aux violents combats dans la région contestée. Photo par Aris Messinis / AFP via Getty Images.

On pénètre un peu plus loin dans un grand hangar aveugle. Sous les néons, une dizaine de personnes s’activent, attablées sur deux rangées de machines à coudre.

« On travaillait dans les étages, on est descendus au sous-sol il y a une semaine pour se protéger des bombes qui commençaient à pleuvoir », explique Sanasar Tevonyan, occupé à tracer à coups de règles et crayon un patron sur un pan de tissu vert camouflage.

Sanasar, 62 ans, est venu de Russie « pour se battre », mais a été jugé « trop vieux » pour aller en première ligne. « Ici, je me sens utile ».

L’usine produisait des fils à tapis, ou encore des vestes exportées vers l’Italie. Uniformes, sacs de couchage, gilets de munitions sont désormais confectionnés ici, en toute discrétion, par de petites mains entièrement dévouées à la cause de « l’Artsakh », la dénomination arménienne du Haut-Karabakh et nom officiel de la république auto-proclamée locale.

Des membres d’une famille regardent la télévision dans un abri aménagé dans un sous-sol le 9 octobre 2020 à Martuni. Photo par Aris Messinis / AFP via Getty Images.

Héritage des années de guerre, caractéristique qui frappe particulièrement chez ce peuple des montagnes, c’est toute la population de cette enclave arménienne qui soutient, chacun à sa manière, ses hommes au combat contre l’Azerbaïdjan.

Une partie des employés de l’usine ont préféré évacuer vers Erevan avec leur famille. Lunettes au bout du nez et gilet de laine, la sexagénaire Bella Hayeapetyan est restée: « pour nos fils, nos frères, nos maris qui sont en train de se battre sur le front », tranche-t-elle d’un regard noir.

– La fumée monte après les bombardements à Stepanakert le 9 octobre 2020, lors des combats en cours entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Photo par Aris Messinis / AFP via Getty Images.

De plus jeunes volontaires sont venues l’aider derrière les machines à coudre. « Certaines n’y connaissaient rien, je leur ai appris à coudre ». Comme Maria Miqayelyan, 36 ans, à qui son legging bariolé donne des allures de prof de zumba, affairée à broder les poches d’un gilet à chargeurs.

« C’est un petit pays ici. Toutes les familles ont quelqu’un sur le front. Tout ce que nous faisons, nous le faisons pour les nôtres et notre pays », souligne-t-elle.

« Il n’y a pas une famille qui ne participe pas, d’une manière ou d’une autre, à la guerre » en cours sur les lignes de front à une trentaine de kilomètres de là.

Ces volontaires travaillent toute la journée, parfois jusqu’à minuit. Une partie d’entre elles dorment sur place, sur des lits de camps. Tous les jours, des véhicules venus du front viennent récupérer les matériels confectionnés ici.

« Nous avons un tous un proche à la guerre, et quiconque défend notre terre sur le front est notre frère », proclame Bella, dont l’air de défi contraste avec la pacifique machine à coudre sous ses doigts.

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