Avez-vous pris l’avion depuis 2006 ? Sans le savoir, vous avez financé la controversée Fondation Clinton

Par Ludovic Genin
14 août 2019 Mis à jour: 14 août 2019

Créée en 2006, une taxe de solidarité est prélevée depuis sur les billets d’avion de l’Hexagone et finance via Unitaid, la Fondation Clinton. Lancé par Jacques Chirac, cet impôt «humanitaire» devait être adopté par tous les pays du monde, mais voilà, la France est presque la seule aujourd’hui à le payer. En 2011, la Cour des comptes avait déclaré que rien n’indiquait que cette taxe versée à la Fondation Clinton était correctement employée, du fait du manque de transparence de l’organisation.

Alors ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy était en charge en 2005 de faire appliquer la « taxe Chirac » et de trouver des œuvres humanitaires à qui la reverser. Il rencontre alors l’ancien président américain Bill Clinton à la tête de la Fondation Clinton et ils évoquent un vaste projet de « centrale d’achat de médicaments ». « Bill Clinton a vu dans Unitaid le gros paquet d’argent dont sa fondation avait besoin », a déclaré à L’ Obs Joe Conason, le biographe de Clinton.

La centrale d’achat, nommée Unitaid, est lancée en 2006 et Philippe Douste-Blazy en prend la présidence. Selon Le Point, l’ancien ministère des Affaires étrangères pouvait aussi espérer un appui d’Hillary Clinton pour sa nomination à la tête de l’OMS, si celle-ci était élue à la présidence des États-Unis en 2016. Unitaid versera ainsi un tiers de ses subventions à la Fondation Clinton, soit un montant de 541 millions de dollars (environ 484 millions d’euros) entre 2006 et 2010.

Une taxe payée à 93% par les Français et reversée via UNITAID à la Fondation Clinton

Selon Capital.fr, Jacques Chirac a lancé cette « taxe de solidarité » au Forum de Davos en 2005, en souhaitant financer la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose. Pour gérer l’argent collecté, il crée Unitaid, un organisme international basé en Suisse, et en confie la présidence à son ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy.

Mais cette supertaxe qui devait être mondiale, la France se retrouve quasiment la seule à la payer dans sa totalité (le pays paie 93% de la note). C’est le « don le plus exceptionnel de la France au monde », s’était alors enthousiasmé Bill Clinton.

Ainsi, depuis 2006, les voyageurs qui décollent de l’Hexagone doivent payer cette taxe supplémentaire, quelle que soit leur compagnie. Sur un Paris-Marseille ou un Lyon-Rome, par exemple, cela coûte 1, 13 euro en classe éco et 11,27 euros en business. Pour un vol à destination de New York ou Bangkok, le montant varie de 4,51 euros à 45,07 euros en première classe. Selon Capital.fr, la somme, ajoutée au prix du billet, est directement reversée à Unitaid par la compagnie qui, de son côté, reverse ensuite 30 % à la Fondation Clinton.

En 2016, L’Obs a mené une enquête sur la Fondation Clinton. L’hebdomadaire avait révélé que cette taxe servait à remplir les caisses de la fondation, notamment au moment de la campagne présidentielle américaine. D’après Le Point, la Cour des comptes avait déjà épinglé en 2011 le manque de transparence de cette taxe vis à vis de la Fondation Clinton.

La Cour des comptes avait noté qu’en quatre ans la Fondation Clinton « a reçu 541 millions de dollars » et qu’Unitaid « n’avait pas de contrôle direct sur les fonds qu’il attribue ». « Rien n’indique que ces aides sont exactement employées comme le souhaite l’organisme ni que les médicaments initialement choisis […] sont bien ceux livrés », rapportait alors la Cour des comptes. Une vérification sur les rapports financiers de l’organisation avait permis de constater que beaucoup de ces euros prélevés aux Français n’ont en réalité jamais été utilisés.

Les liens controversés de la Fondation Clinton

D’après une enquête Epoch Times, la Fondation Clinton a recueilli plus de 2 milliards de dollars (environ 1,8 milliard d’euros) depuis sa création en 1997, et Bill et Hillary Clinton ont reçu plus de 130 millions d’euros (soit près de 150 millions de dollars) pour leurs discours. Ces paiements ont notamment augmenté de façon spectaculaire après la nomination d’Hillary Clinton en tant que secrétaire d’État en 2009.

Les dizaines de millions d’euros versés directement aux Clinton ou à leur fondation, par des gouvernements étrangers ou d’autres entités (appelés « bienfaiteurs ») qui pouvaient bénéficier des activités de la secrétaire d’État, semblent poser des conflits d’intérêts évidents.

Infographie : le scandale de l’affaire de l’uranium (Epoch Times)

Parmi ces possibles conflits d’intérêts, Libération notait en 2005 la proximité entre Bill Clinton et Frank Giustra, un magnat canadien de l’industrie minière. En voyage au Kazakhstan, les deux hommes avaient dîné avec l’autocrate Noursoultan Nazarbaïev, président du Kazakhstan. Quelques jours plus tard, Giustra obtenait l’autorisation d’exploiter plusieurs mines d’uranium dans le pays, et un peu plus tard 31 millions de dollars (environ 27,7 millions d’euros) étaient versés par des proches de Giustra à la Fondation Clinton.

Mais l’affaire ne s’est pas arrêtée là. Le magnat canadien s’intéressait aussi aux réserves d’uranium aux États-Unis, qui attisaient également les convoitises des Russes. Ces derniers voulaient acquérir l’entreprise Uranium One de Giustra qui représentait 1/5e de la production en uranium des États-Unis. La vente avait alors été approuvée par la Commission sur les investissements étrangers, dont faisait partie le département d’État, alors dirigé par Hillary Clinton.

Le New York Times a rapporté qu’entre 2009 et 2013, alors que les Russes prenaient peu à peu en main Uranium One, « d’importants flux financiers ont été versés à la Fondation Clinton. Le président d’Uranium One a utilisé la fondation de sa famille pour faire quatre donations de 2,35 millions de dollars au total [soit près de 2 millions d’euros]. »

Ces donations n’ont pourtant pas été déclarées publiquement par les Clinton, alors qu’Hillary Clinton avait conclu un accord avec la Maison Blanche qui l’obligeait à publier les noms de tous les donateurs.

À cette époque, Epoch Times avait mené une enquête montrant les faveurs politiques dont avaient bénéficié les donateurs de la Fondation Clinton.

Bill Clinton impliqué dans l’affaire Jeffrey Epstein

Bill Clinton a réalisé au moins 26 voyages à bord du « Lolita Express » et a visité « Pedophile Island », l’île de Jeffrey Epstein: d’après des documents judiciaires descellés le 9 août.

Les carnets de vol du « Lolita Express » indiquent que M. Clinton aurait fait 26 voyages distincts à bord du 727 d’Epstein, tristement connu sous le nom de « Lolita Express », après que la presse a rapporté que l’avion avait un lit qui était utilisé pour les relations sexuelles avec des jeunes filles.

À gauche : Le milliardaire Jeffrey Epstein dans une image non datée. (Domaine public) À droite : L’ancien président américain Bill Clinton prend la parole lors d’une conférence de presse le 11 avril 2005 à New York. (Spencer Platt/Getty Images)

L’ancien président s’est aussi rendu sur l’île des Caraïbes appartenant à Jeffrey Epstein, connue par la population locale sous le nom d’ « île pédophile », selon des documents judiciaires descellés le 9 août. Les documents incluaient une déposition de 2016 de Virginia Giuffre, qui a déclaré être une esclave sexuelle d’Epstein et avoir eu des relations sexuelles avec un certain nombre de ses amis et connaissances.

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