Des avocats réussissent à défendre les enseignements du Falun Gong devant un tribunal chinois

19 septembre 2016
Mis à jour: 25 septembre 2016

Lorsque Zhou Xiangyang et Li Shanshan, deux pratiquants de Falun Gong persécutés pour leurs croyances en Chine, étaient devant un tribunal la dernière fois en décembre 2015, le juge avait empêché leurs avocats de les représenter et avait interdit au couple d’effectuer leur propre défense.

Des organisations internationales des droits de l’homme se sont documentées sur la persécution subie par Zhou et Li, une saga particulièrement sévère, mais touchante, se déroulant sur près de 13 années. Par leur refus de renoncer à leurs croyances, le couple a été arrêté et détenu à plusieurs reprises. Il a été traîné devant des tribunaux fantoches et condamné selon des accusations mensongères.

La dernière audience du couple, le 13 septembre, a toutefois dévié du script habituel.

À l’intérieur du Tribunal populaire de Dongli, dans la ville portuaire de Tianjin, le même juge qui avait bloqué les procédures judiciaires l’année dernière a permis, quoiqu’à contrecœur, aux avocats de Zhou et Li de présenter leur cause dans sa totalité. Les avocats ont plaidé l’innocence de leurs clients et se sont ensuite lancés dans une défense sans précédent du Falun Gong lui-même et de ses principes directeurs d’authenticité, de compassion et de tolérance.

Il est très surprenant que ces avocats aient pu livrer une telle défense et qu’ils n’aient pas subi des représailles immédiates, à Tianjin de surcroît. Cette ville est un épicentre de la persécution du Falun Gong et l’endroit où plusieurs avocats et militants des droits de l’homme ont été arrêtés dans une grande campagne de répression l’année dernière. C’est aussi l’endroit où ils sont détenus et où ils subissent leur procès.

Cette audience inhabituelle fait suite à une série d’autres gestes, à la fois subtils et surprenants, venant du dirigeant communiste Xi Jinping. Ils pourraient indiquer que le régime remet en question sa persécution du Falun Gong, une campagne politique violente lancée par l’ex-dirigeant Jiang Zemin.

Authenticité, compassion et tolérance sont les vertus traditionnelles les plus fondamentales et elles sont acceptées comme des valeurs universelles.

Valeurs universelles

Zhou Xiangyang et Li Shanshan étaient représentés par quatre avocats : Zhang Zanning, aussi maître de conférences à l’Université Southeast de Nankin ; Yu Wensheng, défenseur des droits de l’homme à Pékin ; ainsi que Chang Bayang et Zhang Keke.

Dans un plaidoyer intitulé Sauvegarder la justice et les valeurs universelles d’authenticité, de compassion et de tolérance, les avocats affirment que leurs clients sont innocents parce que la Constitution chinoise garantit la liberté de croyance et d’expression. Les avocats ont également défendu les principes du Falun Gong.

« Authenticité, compassion et tolérance sont les vertus traditionnelles les plus fondamentales et elles sont acceptées comme des valeurs universelles », indique le plaidoyer.

« Si les pratiquants de Falun Gong adhèrent sincèrement aux valeurs d’authenticité, de compassion et de tolérance, donc la répression du Falun Gong est une répression de ces valeurs et un crime contre l’humanité. »

Selon Xia Yiyang, directeur de la recherche et des politiques à la Human Rights Law Foundation, « bien qu’il y ait eu des mentions des principes suivis par les pratiquants de Falun Gong dans des procès précédents, c’est peut-être la première fois qu’un plaidoyer identifie clairement et défend les principes comme des valeurs universelles ».

L’importance de cette affirmation est que la « persécution du Falun Gong n’est pas seulement une violation de la loi mais, plus important encore, elle s’oppose aux valeurs chéries par l’humanité », estime M. Xia.

Habituellement, les avocats des droits de l’homme plaident non coupable pour les pratiquants sur la base que la persécution est inconstitutionnelle. Le premier plaidoyer de non-culpabilité bien rapporté est survenu en 2006 et « beaucoup d’avocats des droits ont perdu leur licence et ont été arrêtés, détenus et même torturés », rappelle Xia Yiyang.

Si les pratiquants de Falun Gong adhèrent sincèrement aux valeurs d’authenticité, de compassion et de tolérance, donc la répression du Falun Gong est une répression de ces valeurs et un crime contre l’humanité.

Changement

Au départ, l’audience du 13 septembre semblait n’être qu’un autre épisode de procès truqués bien orchestrés.

Selon une personne assistant à l’audience, il y avait une importante présence policière à l’extérieur du tribunal et l’atmosphère était tendue. « Il n’y avait pas seulement la police du tribunal, mais il semblait aussi y avoir des agents du Bureau de la sécurité intérieure et d’autres agences de sécurité », affirme le témoin s’exprimant sous le couvert de l’anonymat.

Le juge Zhang Yaling, qui présidait en décembre 2015, était de retour à son poste. Durant la séance matinale, le juge Zhang interrompait sans cesse les avocats de la défense, particulièrement lorsqu’ils prononçaient les mots « Falun Gong », selon l’individu présent.

Lorsque l’audience a été suspendue pour dix minutes, Wang Shaoping, la mère de Zhou Xiangyang, âgée de 70 ans, s’est levée et a réprimandé le juge pour son incapacité à « appliquer la loi de manière impartiale », selon la source. Mme Wang a également crié des slogans pro-Falun Gong, mais elle n’a pas été arrêtée ni sortie de la cour, comme lors d’événements similaires dans le passé.

Après la crise de Mme Wang, le juge a cessé d’interrompre les avocats de la défense pour le reste de la séance de l’après-midi.

Le vent tourne

Le changement d’attitude du juge Zhang Yaling pourrait être inspiré par une nouvelle directive des dirigeants communistes, selon Xia Yiyang de la Human Rights Law Foundation.

Début septembre, le Bureau général du Parti communiste, l’organe en charge des documents importants, a émis une note confidentielle à l’intention des autorités locales expliquant comment gérer le Falun Gong, selon Minghui.org, un site administré par les pratiquants de la discipline spirituelle qui publie des informations de première main sur la persécution.

La note du Bureau général reconnaît que les pratiquants ont été « traités de manière injuste » durant les 17 dernières années et qu’ils ne subiront plus de pression s’ils renoncent au Falun Gong.

Des analystes affirment que les responsables chinois hésiteront davantage à mener la persécution après la publication du document, car ils pourraient être impliqués dans le « traitement injuste » des pratiquants si le régime met un terme à la campagne de persécution.

« Un procès injuste peut être considéré comme un traitement injuste », indique M. Xia. « Le juge a peut-être considéré sa responsabilité personnelle dans le procès en décidant de cesser d’interrompre les avocats. »

Plus tôt cette année, Xi Jinping a semblé poser de nombreux gestes codés à proximité de dates importantes reliées à la persécution, ce qui suggère qu’il pourrait vouloir changer la position du régime.

Toutefois, M. Xia fait remarquer que le changement de comportement du juge Zhang ne peut être vraiment confirmé tant qu’il n’a pas rendu sa décision.

Version originale : Chinese Human Rights Lawyers Defend Teachings, Practitioners of Falun Gong in Court

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