Baccalauréat : une élève refuse de traiter le sujet consacré à Victor Hugo, l’accusant d’être un « raciste notoire »

Par Séraphin Parmentier
15 juillet 2019 Mis à jour: 16 juillet 2019

Une lycéenne martiniquaise a refusé de se plier aux consignes du baccalauréat au motif que le sujet proposé aux candidats portait sur une œuvre du célèbre écrivain français dont elle estime qu’il était « un raciste notoire ».

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux le 11 juillet, une bachelière prénommée Alexane Ozier-Lafontaine affirme qu’elle a refusé de traiter le sujet de littérature proposé cette année aux candidats de la filière littéraire. Celui-ci portait sur la pièce de théâtre Hernani, publiée par Victor Hugo en 1830, et comportait deux questions.

Selon la jeune fille, le célèbre auteur français du 19siècle serait « raciste », raison pour laquelle elle a décidé de « faire un hors-sujet volontaire » et d’appeler les étudiants à « mener des actions » similaires afin de faire pression sur l’Éducation nationale pour modifier les programmes. Fin juin, Alexane Ozier-Lafontaine a donc préféré « inventer » un sujet plutôt que de se plier aux consignes. Si son initiative lui vaudra la note de 3/20 à l’épreuve de littérature, elle a tout de même obtenu son baccalauréat avec une mention bien.

Un précédent il y a deux ans

Il y a deux ans, la jeune fille avait déjà lancé une pétition pour demander au ministre de l’Éducation nationale « de réformer le programme scolaire des élèves de classe de première des îles françaises, mais aussi de toute la France ».

Citant des extraits du Discours sur l’Afrique, que l’auteur des Misérables et de Notre-Dame de Paris a prononcé en 1879 pendant un banquet destiné à commémorer l’abolition de l’esclavage, Alexane Ozier-Lafontaine demandait également au ministre « de supprimer complètement » Victor Hugo des ouvrages destinés aux élèves, ou, à tout le moins, « de ne plus […] le présenter comme un homme parfait n’ayant aucun défaut ». L’adolescente reprochait en effet à l’auteur d’avoir encouragé la colonisation du continent africain par les puissances européennes.

« Aux faits populaires viennent s’ajouter les faits humains ; la forme définitive s’entrevoit ; le groupe gigantesque se devine ; et, pour ne pas sortir des frontières que vous vous tracez à vous-mêmes, pour rester dans l’ordre des choses où il convient que je m’enferme, je me borne, et ce sera mon dernier mot, à constater ce détail, qui n’est qu’un détail, mais qui est immense : au dix-neuvième siècle, le Blanc a fait du Noir un homme; au vingtième siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde. »

« Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L’Europe le résoudra. Allez, Peuples ! emparez-vous de cette terre. Prenez là. À qui ? à personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-la. Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue ; non pour le sabre, mais pour le commerce ; non pour la bataille, mais pour l’industrie ; non pour la conquête, mais pour la fraternité. »

« Allez, faites ! faites des routes, faites des ports, faites des villes ; croissez, cultivez, colonisez, multipliez ; et que, sur cette terre, de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l’Esprit divin s’affirme par la paix et l’Esprit humain par la liberté ! »

Un plaidoyer en faveur de l’abolition de l’esclavage

Si Victor Hugo a effectivement prononcé ce discours à l’âge de 77 ans alors qu’il présidait un banquet commémoratif aux côtés de Victor Schœlcher, député de la Martinique et de la Guadeloupe ayant œuvré à faire adopter le décret sur l’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848, il est également l’auteur d’une lettre publiée en 1859 où il fait l’apologie de l’abolition de l’esclavage. Un paradoxe de taille pour un auteur qu’Alexane Ozier Lafontaine n’a pourtant pas hésité à qualifier de « raciste notoire ».

« République blanche et république noire sont sœurs, de même que l’homme noir et l’homme blanc sont frères. Il n’y a qu’une humanité, car il n’y a qu’un Dieu. La République française, cette initiatrice du monde avait des nègres parmi ses représentants du peuple ; et c’est là une des choses qui l’ont faite grande entre toutes. […] Blancs et Noirs, tous frères, tous égaux, serrons-nous plus que jamais autour du principe des principes : LIBERTÉ », écrivait Victor Hugo.

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