Blessé dans un grave incendie, un jeune pompier se voit réclamer 9000 euros par l’Assurance maladie

Par Séraphin Parmentier
19 septembre 2019 Mis à jour: 19 septembre 2019

Grièvement brûlé alors qu’il intervenait dans une maison en proie aux flammes, un jeune soldat du feu est aujourd’hui sommé de rembourser une partie des indemnités qu’il a reçues de l’Assurance maladie à cause d’un imbroglio administratif.

Tout commence dans la nuit du 6 au 7 janvier 2018 lorsqu’un incendie se déclare dans une maison de la rue des Coquelicots à Estrée-Blanche, une commune de moins de 1000 habitants dans le département du Pas-de-Calais. Le sinistre fera quatre victimes : deux jeunes de 16 et 20 ans occupant la demeure et deux pompiers volontaires de la caserne de Lillers. La mère des deux jeunes finira par succomber à ses blessures quelques mois après le drame.

Âgé de 21 ans à l’époque, Aurélien Boidin s’engouffrera dans la demeure en proie aux flammes pour tenter de porter secours à ses collègues, sans succès. À l’issue de sa tentative héroïque, le jeune homme présente de sérieuses brûlures aux mains, aux bras et aux cuisses.

S’il reçoit des soins à l’hôpital pendant plusieurs jours, un long parcours médical commence pour le jeune homme qui subira plusieurs opérations et greffes dans les mois qui suivront. Afin de pouvoir réaliser ces interventions chirurgicales, il fera l’objet d’un arrêt maladie pendant plusieurs mois.

Reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron et décoré par Gérard Collomb

Fin janvier 2018, dans le cadre de ses vœux aux bureaux des assemblées, au Conseil de Paris, aux corps constitués et aux forces vives de la nation, Emmanuel Macron reçoit le jeune sapeur-pompier à l’Élysée parmi 73 « héros du quotidien » – des citoyens « qui se sont illustrés dans des domaines aussi variés que le sport, l’environnement, le social, la sécurité ou l’éducation », expliquaient alors les services de la présidence de la République.

À cette occasion, Aurélien Boidin, qui vient à peine de sortir de l’hôpital, prend la pose aux côtés du chef de l’État. Le 17 mai, Gérard Collomb, alors ministre de l’Intérieur, décore le jeune homme de la médaille de l’ordre national du Mérite.

Au mois d’octobre 2018, il est à nouveau examiné par un médecin mandaté par l’assurance du Sdis qui l’a pris en charge après son accident du travail. Le praticien décide alors de prescrire un nouvel arrêt au jeune sapeur-pompier en vue d’une énième opération consistant en une greffe complète du pouce.

Mais en raison d’un imbroglio administratif, l’intervention n’aura lieu que près de onze mois plus tard, le vendredi 13 septembre 2019. « Le CHR de Lille a perdu mon dossier et ça a traîné », souligne Aurélien Boidin.

Entre-temps, il reste en arrêt maladie pendant près de neuf mois et continue à percevoir des indemnités journalières pour compenser sa perte de revenus.

« Ils auraient pu le dire avant ! Ils ont continué à me payer ! »

Au mois de juin 2019, l’assurance maladie envoie un courriel à Aurélien pour lui signifier que, depuis le mois d’octobre 2018, elle considère que l’arrêt de travail dont il bénéficie n’est pas imputable à l’accident dont il a été victime et lui demande alors de rembourser les sommes qu’il a perçues sur cette période.

« D’octobre [2018] à juin [2019], l’assurance a continué de me payer et aujourd’hui elle me demande de rembourser la somme de 8 824,32 euros », a expliqué le jeune homme dans les colonnes de La Voix du Nord.

Une décision incompréhensible pour Aurélien Boidin qui s’avère en outre incapable « de sortir une telle somme comme ça » malgré l’échéancier qui lui a été proposé.

« Ça commençait à aller mieux, j’avais retrouvé du travail mais là, ça me met au fond du trou. Je le vis très mal. J’ai le sentiment d’être l’oublié d’Estrée-Blanche », poursuit Aurélien qui officie désormais en tant que chauffeur-livreur dans une blanchisserie.

« Ils auraient pu le dire avant ! Ils ont continué à me payer ! », s’emporte le jeune homme auprès des journalistes de France Télévisions.

« J’ai eu une dure épreuve pendant ma vie. J’aimerais qu’on arrête de me dire que je dois de l’argent, et qu’on me laisse tranquille », ajoute-t-il sur Europe 1.

« Quand l’accident s’est passé, tout le monde était avec moi. J’ai été reçu à l’Élysée par le président, avec les héros du quotidien. J’ai été reçu par Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur de l’époque, qui m’a remis une médaille. Aujourd’hui, plus personne n’est avec moi. Je suis oublié, je suis juste un numéro. »

Au courant de sa situation, ses anciens collègues du Sdis du Pas-de-Calais ont annoncé qu’ils « réfléchissent à la meilleure manière possible d’apporter leur soutien à [leur] camarade afin d’alléger la somme qui lui est réclamée ».

La marraine de la compagne d’Aurélien a également lancé une cagnotte en ligne afin de récolter des fonds pour aider le jeune homme à rembourser la somme demandée par l’assurance maladie.

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