La blockchain, au cœur de la monnaie numérique du PCC dans son ambition d’hégémonie mondiale

Par Jennifer Bateman et Sophia Lam
24 mai 2021
Mis à jour: 24 mai 2021

Le Parti communiste chinois (PCC) a poussé son projet de monnaie numérique ces dernières années. La banque centrale du PCC mène des recherches sur les monnaies numériques depuis 2014. En août 2019, un rapport de l’agence de presse Xinhua, le porte-parole du PCC, indiquait que l’Institut de recherche sur les monnaies numériques de la banque centrale, créé en 2017, avait jusqu’à présent « demandé 74 brevets impliquant la technologie des monnaies numériques ». Un autre rapport de Xinhua en octobre 2019 a révélé l’importance que le PCC attachait à la monnaie numérique et à la technologie blockchain. Selon le rapport, Xi Jinping, le chef du PCC, a suggéré, lors de la 18e session d’étude collective du Politburo, que la technologie blockchain devait « jouer un rôle plus important pour faire de la Chine une cyberpuissance, développer l’économie numérique et aider au développement économique et social ».

À la suite de cela, en 2020, le ministère du Commerce du PCC a publié un document demandant à 21 provinces et municipalités de mettre en œuvre un « Programme pilote général pour approfondir de manière globale le développement innovant des services et du commerce ». L’une des tâches énumérées dans le programme est de « réaliser des projets pilotes de monnaie numérique en renminbi (yuan) à Beijing, Tianjin, dans la province du Hebei, dans le delta du fleuve Yangtze, dans a région de la Grande Baie de Guangdong-Hong Kong-Macao (ou GBA), et dans les zones pilotes éligibles du centre et de l’ouest de la Chine ».

Des acheteurs marchent devant le siège de la banque centrale chinoise à Pékin, le 7 août 2011. (Mark Ralston/AFP via Getty Images)

Depuis lors, les médias du PCC ont fait état de l’expérimentation de la monnaie numérique du yuan dans un certain nombre d’endroits, dont deux villes – Shenzhen et Changsha – et la province de Hainan dans le sud de la Chine. Les villes de l’est de la Chine incluses dans le programme sont Shanghai et Suzhou. Qingdao et Dalian sont deux villes du nord de la Chine qui seront testées avec le projet de monnaie numérique. Parmi les autres villes et régions, citons Xi’an (nord-ouest de la Chine), Chengdu (sud-ouest de la Chine) et la nouvelle zone de Xiongan (dans la province du Hebei, à environ 150 km au sud de Pékin).

Lors du Congrès national du peuple qui s’est tenu en mars de cette année, le PCC a explicitement proposé de « construire un nouvel avantage dans l’économie numérique » et de « participer activement à la formulation de règles et de normes internationales pour les technologies numériques telles que la sécurité des données, la monnaie numérique et la fiscalité numérique ».

Avec une forte incitation à numériser sa monnaie, une participation active à la définition de normes internationales et le début des tests de paiements numériques transfrontaliers, il est clair que les ambitions du PCC dépassent ses frontières nationales.

Le PCC veut « une planète, deux systèmes »

Liang Xinjun, expert chinois dans le domaine de la monnaie virtuelle et numérique et ancien cofondateur du groupe Fosun, a annoncé dans un discours prononcé le 30 avril que « la réalisation d’une conversion transparente de la monnaie numérique souveraine (Digital Currency Electronic Payment, ou DCEP en abrégé) et de la monnaie numérique communautaire dans un plus grand nombre de pays, puis la réalisation de la circulation des paiements à l’échelle mondiale, constituent une solution financière dans le cadre de l’initiative ‘Une planète, deux systèmes’« .

La monnaie numérique souveraine, ou DCEP, à laquelle M. Liang fait référence est une forme numérique du yuan émise par la Banque populaire de Chine, qui a exactement les mêmes fonctions et attributs que les billets de banque fiduciaires, est soutenue par le crédit souverain de la Chine et a un cours légal illimité.

La monnaie communautaire, une monnaie émise par une communauté spécifique elle-même, ne peut être mise en circulation dans une communauté spécifique que sur la base de l’acceptation des membres de la communauté. Elle est passée des cartes plastiques traditionnelles aux logiciels de monnaie virtuelle des téléphones portables, puis à la technologie actuelle de la blockchain, et s’est également développée en monnaie numérique.

Le « Une planète, deux systèmes » que M. Liang a mentionné est un slogan du PCC. Le terme « deux systèmes » fait référence à la fois au système totalitaire communiste représenté par le PCC et au système démocratique occidental représenté par les États-Unis qui ont coexisté dans le monde.

Les paroles de M. Liang ont révélé l’ambition du PCC d’établir son propre système financier numérique.

L’ambition d’hégémonie financière mondiale du PCC

La PCC a mis en place le CIPS (Cross-border Inter-bank Payment System), qui est son propre système de paiement transfrontalier en yuan, similaire au SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication) à Shanghai en juillet 2015. Selon le site Web du CIPS, « à la fin de 2019, le système CIPS comptait 33 participants directs et 903 participants indirects, soit une augmentation de 74 % et de 413 % respectivement par rapport au lancement initial ».

« Le système couvre désormais 94 pays et régions sur six continents, et l’activité de CIPS couvre en réalité plus de 3 000 entités juridiques bancaires dans 167 pays et régions. » D’ici 2021, « le montant cumulé des paiements a atteint 151 millions de yuans, et l’activité couvre de nombreux pays et régions tels que Hong Kong, la Malaisie, l’Australie et l’Afrique du Sud ».

Des guichets automatiques pour les monnaies numériques Bitcoin et Ethereum à Hong Kong, le 18 décembre 2017. (Antoine Wallace/AFP via Getty Images)

Mais le PCC se rend également compte qu’il n’est pas en mesure de menacer immédiatement le dollar américain dans le système de paiement international actuel. L’incitation vigoureuse du PCC en faveur des monnaies numériques et de la réglementation stricte des crypto-monnaies semble prouver qu’il augmente ses efforts de recherche et de promotion dans ces domaines afin de les utiliser comme une arme financière contre les États-Unis.

Dovey Wan, partenaire fondatrice de Primitive Ventures, « une société d’investissement mondiale à risque axée sur la blockchain et les technologies connexes », a publié un long article sur Coindesk le 17 mai 2019, intitulé « Digital Renminbi : A Fiat Coin to Make M0 Great Again » (Une pièce de monnaie fiduciaire pour redonner sa grandeur initiale au M0 (la base monétaire)).

Il y a quelques citations intéressantes de son article qui méritent d’être notées :

« Contrairement à ce que beaucoup pensent, la Chine ne s’oppose pas à la technologie blockchain », a déclaré Dovey Wan au début de son article.

Dovey Wan était d’avis que la monnaie numérique chinoise peut avoir une grande influence politique et économique. « En cas de succès, ce projet de RMB (yuan) numérique pourrait étendre l’influence de la banque centrale [du PCC] sur l’économie nationale et internationale. Il a de larges implications pour la géopolitique de la monnaie et pour l’avenir des crypto-monnaies privées comme le Bitcoin », écrit-elle dans son article.

Selon son analyse, la technologie blockchain peut aider le projet de monnaie numérique du PCC.

« Grâce à la traçabilité et à la programmabilité de la blockchain, écrit-elle, la PBOC[People’s Bank of China, la banque centrale du PCC] peut écrire des règles au niveau du code concernant les endroits où les RMB numériques peuvent ou non circuler. »

« Si elle veut refroidir le marché immobilier, par exemple, elle peut simplement établir un programme empêchant le RMB numérique d’entrer dans le secteur immobilier », a-t-elle écrit.

« Un RMB numérique pourrait même renforcer l’influence de la Chine à l’étranger », a-t-elle ajouté.

« Si l’initiative de la Ceinture et la Route réussit, une monnaie numérique, sans frontières et stable pourrait faciliter le commerce international entre ses plus de 60 pays membres. Ceci, ajouté au fait que la Chine est le plus grand créancier du Venezuela et qu’elle détient plus de 14 % de la dette souveraine des pays africains, la mettrait en position de proposer un RMB numérique comme prochaine monnaie de réserve des économies de marché émergentes. »

La promotion d’une monnaie numérique chinoise, écrit-elle, « serait hautement synergique avec l’effort rigoureux de dédollarisation de la Chine : réduire les actifs en dollars américains dans ses réserves de change, augmenter largement sa réserve d’or et vendre la dette du Trésor américain […] ces mesures pourraient accroître les tensions entre les États-Unis et la Chine et pourraient même forcer les États-Unis à poursuivre un modèle numérique similaire pour le dollar ».

Un article publié sur le site web de Sina, l’un des porte-voix en ligne du PCC, a également révélé l’un des objectifs cachés du PCC d’utiliser sa monnaie numérique et sa technologie blockchain.

Dans un article de septembre 2020, il est dit que « la monnaie numérique n’est que la surface, mais une réinitialisation du réseau de paiement constitue le plan ambitieux de grande envergure ».

L’article affirme que le PCC cible SWIFT, « le réseau omniprésent de règlement des devises derrière l’hégémonie du dollar américain », parce que « c’est le support technique du dollar pour devenir l’or américain ».

L’article affirme également que « la réinitialisation d’un système de paiement est bien plus importante que la construction d’une monnaie numérique ». L’article poursuit : « Si ce système open-source de DCEP est suffisamment bien fait pour que d’autres pays puissent émettre et transférer leur monnaie locale en toute sécurité et rapidement sur cette chaîne publique, alors il sera facile de construire un nouveau système financier […] Ce serait une réalisation révolutionnaire. »

Des journalistes visitent le Huawei Digital Transformation Showcase à Shenzhen, dans la province chinoise du Guangdong, le 6 mars 2019. (Wang Zhao/AFP via Getty Images)

L’article note que « le monde de la monnaie fiduciaire dominé par le dollar est en crise financière constante et devrait avoir des concurrents plus bénins ». Il précise que le « PCC a un module ouvert plus flexible » et que la recherche de la domination du PCC « devrait être la plus grande ambition de la Chine en matière de monnaie numérique ».

Certaines déclarations récentes de Li Bo, président adjoint de la banque centrale du PCC, semblent faire écho à l’importance que le PCC accorde aux monnaies numériques basées sur la technologie blockchain, comme le bitcoin, et aux crypto-monnaies comme les stablecoins.

Li Bo a déclaré, lors d’un discours prononcé le 18 avril au Forum de Boao pour l’Asie, que la banque centrale étudiait des règles applicables aux crypto-monnaies telles que le Bitcoin et les stablecoins.

« Tout stablecoin qui souhaite devenir un instrument de paiement largement utilisé à l’avenir doit être soumis à une réglementation stricte », a déclaré Li Bo.

En général, un stablecoin est une crypto-monnaie qui est garantie par la valeur d’un actif sous-jacent.

Yu Jianing, le président tournant du comité spécialisé dans la blockchain de l’Association de l’industrie des communications de Chine, a également dit que les stablecoins sont l’une des importantes applications de la technologie blockchain qui ont le potentiel de révolutionner le système de paiement mondial.

Qu’il s’agisse de monnaies numériques, ou de blockchain, ou de stablecoins, le PCC veut les garder sous son contrôle et les utiliser comme son outil pour changer l’ordre financier mondial.

Les interventions des États-Unis

Comme le rapportait Epoch Times en avril, Kyle Bass, fondateur et directeur des investissements de Hayman Capital Management, basé à Dallas, a averti que le PCC utilisait sa monnaie numérique comme « un cheval de Troie contre les démocraties occidentales ». Il a déclaré que « le monde libre doit la rendre illégale ».

Peter Thiel, fondateur de PayPal, a exprimé son inquiétude quant à l’utilisation des crypto-monnaies par le PCC. « Le bitcoin doit également être considéré [en partie] comme une arme financière chinoise contre les États-Unis », a-t-il déclaré lors d’un événement virtuel organisé pour les membres de la Fondation Richard Nixon.

« Il menace la monnaie fiduciaire, mais il menace surtout le dollar américain », a-t-il déclaré, cité par Bloomberg le 8 avril.

Le 19 mai, la sénatrice américaine Cynthia Lummis (Parti républicain, Wyoming) a formulé une déclaration sur les médias sociaux que « la Chine est déjà en train de déployer un yuan numérique dans certaines villes, et elle veut l’utiliser pour saper la position du dollar américain dans le monde financier. C’est une question de sécurité nationale, et si les États-Unis ne réagissent pas, nous serons laissés pour compte ».

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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