Brésil : un défenseur de la forêt abattu dans une embuscade par des trafiquants de bois d’Amazonie

Par Epoch Times avec AFP
3 novembre 2019
Mis à jour: 4 novembre 2019

Paulo Paulino, militant indigène, membre de la tribu des Guajajara et leader du groupe de défense de l’Amazonie « Les Gardiens de la forêt », a été tué lors d’une altercation avec des trafiquants de bois d’Amazonie.

Vendredi 1er novembre, l’attaque est survenue sur le territoire indigène d’Arariboia en Amazonie, à quelque 500 km de Sao Luís, capitale de l’État de Maranhao dans la région d’Arariboia (nord-est du Brésil). Le militant indigène Paulo Paulino, défenseur de la forêt, a été tué et un autre membre de la tribu amazonienne Guajajara blessé lors d’une embuscade tendue par des trafiquants de bois, ont annoncé samedi les autorités régionales.

Les deux hommes « s’étaient éloignés du village pour chercher de l’eau quand ils ont été encerclés par au moins cinq hommes armés », a tweeté le secrétariat aux droits de l’homme du gouvernement du Maranhao.

Selon l’ONG Survival International, Paulo Paulino Guajajara, connu également sous le nom de Kwahu Tenetehar, a été tué d’une balle dans la tête et est mort dans la forêt tandis que son compagnon Laércio (également connu sous le nom de Tainaky Tenetehar), touché par balle dans le dos, est parvenu à s’enfuir. Un des agresseurs, porté disparu, pourrait avoir été tué dans les heurts.

Le ministre de la Justice brésilien, Sergio Moro, a affirmé que la police enquêtait sur l’assassinat.

« Nous ferons tout pour amener devant la justice les responsables de ce crime grave », a-t-il tweeté. Une équipe de policiers se préparait à aller sur place, selon son cabinet.

« Mon sang bout, je suis tellement en colère »

Paulino, comme son compagnon Laércio, faisait partie d’un groupe nommé les « Gardiens de la forêt » formé par les Guajajara, tribu qui compte environ 14 000 personnes dans le Maranhao, pour défendre les territoires indigènes menacés par l’exploitation illégale du bois et l’expansion agricole. Ils détruisent également les campements illégaux des bûcherons qui exploitent abusivement cette partie de la forêt amazonienne, officiellement placée sous protection du gouvernement brésilien. Ils transmettent notamment les données GPS de zones où sont retrouvés des troncs découpés et viennent en aide aux pompiers lors d’incendies de forêt.

En 2019, interviewé par l’ONG Survival International, Paulo Paulino avait commenté : « Cela me met tellement en colère de voir ça. Ces gens pensent qu’ils peuvent venir ici, dans notre maison, et se servir dans notre forêt ? Non. Nous ne pouvons pas les laisser faire ça. Nous ne pénétrons pas dans leurs maisons pour tout voler, non ? Mon sang bout, je suis tellement en colère ».

« Des menaces de mort constantes »

Pour l’ONG Greenpeace, « Paulino et Laércio sont les dernières victimes d’un État qui se refuse à respecter ce que stipule la Constitution ». Greenpeace dénonce « l’incapacité de l’État à accomplir son devoir de les protéger ainsi que tous les territoires indigènes du Brésil ».

Selon l’enquêtrice de Survival International, Sarah Shenker, qui s’était rendue en avril dans cette région, le travail des Guajajara est important pour protéger également d’autres indigènes de la zone comme les Awa, tribu isolée qui ne compte que quelques dizaines de membres.

« Le gouvernement brésilien doit accepter que protéger ces terres relève de sa responsabilité. Le fait qu’il ne le fasse pas, son absence là-bas, est la raison qui pousse les Gardiens à assumer cette défense, un travail très dur et dangereux », a déclaré Mme Shenker.

Trois autres gardiens ont déjà été tués dans des attaques par le passé. Selon elle, Kwahu travaillait avec détermination malgré « des menaces de mort constantes ».

Des indigènes des groupes ethniques Kanela, Gaviao et Guajajajara, de l’État de Maranhoo, au nord-est du Brésil. (Photo : PEDRO LADEIRA/AFP via Getty Images)

« Il est l’heure d’arrêter ce génocide institutionnalisé. Cessez d’autoriser de verser le sang de notre peuple », a tweeté après l’annonce du meurtre Sonia Guajajara, coordinatrice de l’Association des peuples indigènes du Brésil (APIB).

Selon des chiffres du Congrès missionnaire indien (Cimi, association liée à l’Eglise catholique) cités par l’APIB, 160 intrusions de trafiquants de bois ou d’orpailleurs illégaux ont été recensées de janvier à septembre cette année, en hausse de 44% par rapport au total de l’année 2018.

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