Canada: la tension monte à trois jours des élections fédérales

Par Epoch Times avec AFP
18 octobre 2019 Mis à jour: 18 octobre 2019

A trois jours de législatives canadiennes indécises, Justin Trudeau et son rival conservateur Andrew Scheer achèvent vendredi une campagne tendue en multipliant les attaques et les appels au vote stratégique, dans l’espoir d’éviter un gouvernement minoritaire prédit par les sondages.

Au cours de l’ultime semaine de campagne avant le scrutin du 21 octobre, qui désignera le successeur du Premier ministre sortant, les candidats ont troqué les annonces électorales pour des appels au vote « utile ».

Le parti libéral de Justin Trudeau et le parti conservateur d’Andrew Scheer sont toujours au coude-à-coude avec un peu plus de 30% des intentions de vote chacun. Des chiffres insuffisants pour qu’un des deux partis décroche une majorité absolue à la chambre des députés, qui compte 338 élus.

Le Nouveau parti démocratique pourrait s’imposer en cas de gouvernement minoritaire

Le Nouveau parti démocratique (NPD, gauche), en troisième position, est fortement remonté dans les sondages (18%) grâce notamment à la performance lors des débats de son chef, Jagmeet Singh, qui pourrait séduire l’aile gauche de l’électorat de M. Trudeau. Le NPD pourrait s’imposer comme le futur « faiseur de roi » en cas de gouvernement minoritaire.

C’est précisément cette perspective qui préoccupe Andrew Scheer: vendredi, le chef conservateur a brandi la menace d’une coalition gouvernementale libéraux-NPD qui permettrait à M. Trudeau de se maintenir au pouvoir, et ce même si son parti n’obtient pas le plus de sièges lundi soir.

« Les Canadiens ont de quoi être inquiets », a-t-il prévenu. Il a opposé une « coalition libéraux-NPD qui créera un énorme déficit et augmentera les taxes », selon lui, à « un gouvernement majoritaire conservateur qui soutiendra notre secteur de l’énergie (…), qui équilibrera le budget de façon responsable et qui réduira les taxes ».

Pour se justifier, il a avancé des chiffres de hausses de taxes prétendument envisagées par ses rivaux, qui ne figurent pas dans le programme du parti libéral.

« Ces affirmations sont totalement fausses. Il est malheureux que les conservateurs doivent sans cesse inventer des attaques contre nous », a déclaré M. Trudeau.

Le chef du NPD, qui a exclu toute alliance avec les conservateurs, a lui aussi démenti ces informations. « Scheer invente des choses parce qu’il est désespéré », a lancé vendredi M. Singh.

Trudeau contraint de porter un gilet pare-balles

Mercredi, le Premier ministre sortant avait accusé ses rivaux conservateurs de « mener l’une des campagnes les plus sales » de l’histoire du pays en propageant de la désinformation, notamment en ligne. Il y a quelques jours, Justin Trudeau avait été contraint de porter un gilet pare-balles à l’un de ses évènements de campagne après des menaces.

Jeudi, le chef conservateur a estimé que le gouvernement devrait être formé par le parti qui obtiendra le plus de sièges à l’élection.

« Sur le plan de la Constitution, ce n’est pas la règle. On ne vote pas pour un Premier ministre, on vote pour le député », a expliqué à l’AFP Hugo Cyr, politologue à l’Université du Québec à Montréal, soulignant la crainte des conservateurs « de ne pas être capables de former une alliance » s’ils sont élus avec une minorité de sièges au Parlement.

Remontée fulgurante du parti indépendantiste, le Bloc Québécois

Un des principaux champs de bataille politiques se situe au Québec, où le Bloc Québécois, parti indépendantiste, a créé la surprise avec une remontée fulgurante dans les sondages. La formation est désormais à égalité avec les libéraux à la première place dans les intentions de vote de cette province francophone, qui représente à elle seule 78 sièges au Parlement canadien.

Le chef de ce parti qui ne présente de candidats qu’au Québec, Yves-François Blanchet, n’a pas fermé la porte à une alliance avec l’un ou l’autre parti sur certains aspects. Il a toutefois exclu toute alliance avec un parti qui souhaiterait annuler la taxe carbone, rendant une association avec les conservateurs très peu probable.

Justin Trudeau fait face aux protestations d’une partie des électeurs qui l’ont amené au pouvoir en 2015 en raison de la nationalisation par le gouvernement fédéral de l’oléoduc Trans Mountain, considérée par certains comme contraire à son discours pro-environnement affiché.

Le Premier ministre sortant devra composer, en cas de gouvernement minoritaire, avec les néo-démocrates et le parti Vert, relativement alignés sur les priorités sociales mais mettant tous deux en avant un programme environnemental bien plus ambitieux que celui de M. Trudeau.

Les libéraux devront également gagner les faveurs du Bloc Québécois. Ce parti défend une récente loi sur la laïcité populaire au Québec mais qui va à contre-courant du multiculturalisme prôné par le centriste Trudeau.

Face au fort taux d’indécision, les experts appellent néanmoins à la prudence, les sondages s’étant souvent trompés lors des dernières élections.

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