Le « capitalisme communiste » chinois: un monstre créé par la mondialisation

Par Cheng Xiaonong
19 octobre 2019 Mis à jour: 29 octobre 2019

La mondialisation de l’économie a assombri énormément le monde entier. Après que le Parti communiste chinois (PCC) s’est joint à cette mondialisation, il l’a transformée en un outil pour arriver à la domination mondiale.

De nombreux experts occidentaux ont eu tort de croire que la mondialisation économique conduirait le régime du PCC sur la voie de la démocratisation. Aujourd’hui, la nouvelle politique commerciale américaine tente de réduire les effets négatifs de la mondialisation sur les États-Unis et les autres puissances occidentales ainsi que de se prémunir contre les menaces de la stratégie de Pékin.

Y a-t-il un problème avec la mondialisation économique ?

La mondialisation économique a toujours été considérée comme l’état le plus élevé du progrès de la société humaine. Aux yeux de certains gauchistes, elle a été même qualifiée de « politiquement correcte ». Par conséquent, quiconque critique la mondialisation économique agit « de manière incorrecte ».

Depuis l’éclatement des conflits économiques et commerciaux entre la Chine et les États-Unis, le monde entier a été submergé par des arguments en faveur de la mondialisation. Presque tout le monde espérait revenir à la mondialisation économique et voir la suppression des tarifs douaniers imposés par l’Amérique sur ses importations chinoises – que se soit les économistes occidentaux, les médias anti-Trump aux États-Unis et dans d’autres pays occidentaux, les gouvernements européens et asiatiques ou la plupart des grandes entreprises du monde des affaires. Ils affirmaient que les démarches américaines affectaient la stabilité de l’économie mondiale.

L’article du New York Times du 16 mai dernier intitulé « The Global Economy Was Improving. Then the Fighting Resumed » (L’économie mondiale s’améliorait. Ensuite, les combats ont repris) illustre bien ce point de vue. Si autant de personnes disent la même chose, n’ont-ils pas raison ? Et non, bien au contraire : leurs opinions ne reflètent qu’une perception erronée qui s’est développée au fil des décennies.

L’origine d’un tel point de vue erroné réside dans la mauvaise connaissance des lacunes faisant partie du « concept de la mondialisation » ainsi que dans la mauvaise compréhension des tactiques et de la stratégie du régime chinois. Le « concept » ignore les conséquences négatives de l’incursion dans la mondialisation de grandes puissances économiques contrôlées par un gouvernement centralisé, ainsi que les effets négatifs des investissements effectués à l’étranger par les grandes sociétés des puissances occidentales.

Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux pays du tiers-monde sont devenus indépendants et certains d’entre eux, en particulier en Asie, se sont engagés sur la voie d’un développement économique rapide. La mondialisation économique s’est formée progressivement dans le cadre de ce processus.

À la suite du transfert d’investissements et de technologies des pays développés vers des pays en développement propices à l’investissement, les produits bon marché de ces derniers ont inondé les marchés des pays développés. Quel que soit le pays en développement qui a su tirer parti de la mondialisation, il en a bénéficié. La mondialisation économique, n’est-elle donc pas une situation gagnant-gagnant tant pour les pays en développement que pour les pays développés ? Quel est donc le problème ?

Jusqu’à présent, la mondialisation n’a pas permis d’éliminer les frontières nationales. Ces frontières signifient que le gouvernement d’un pays doit toujours protéger le bien-être de ses citoyens plutôt que de donner la priorité aux besoins des gens à l’extérieur de ses frontières.

Les électeurs des gouvernements démocratiques votent pour leur propre gouvernement, et non pour un gouvernement mondial. L’un de principaux critères pour ces électeurs est de savoir si les partis qui arriveront au pouvoir et le gouvernement qu’ils formeront pourront protéger le bien-être de leurs citoyens, plutôt que de les sacrifier pour atteindre certains objectifs mondiaux. C’est cela que les économistes occidentaux semblent oublier. Ils comprennent la mondialisation seulement du point de vue de la microéconomie, ne considèrent ses avantages que du point de vue des entreprises et oublient de regarder les problèmes du point de vue des électeurs nationaux.

Leur point de vue erroné a deux aspects. Premièrement, les économistes occidentaux croient que dans le cadre du libre-échange et du libre investissement, les entreprises rechercheront un bénéfice maximal et ainsi apporteront le maximum de gain à l’économie mondiale. Cependant, ce ne sont pas seulement les entreprises occidentales qui participent à la mondialisation, mais aussi les gouvernements centralisés comme celui de la Chine. Alors comment les entreprises occidentales en Chine, qui sont ligotées par l’État, peuvent-elles faire effectivement concurrence aux sociétés chinoises appartenant ou assistées par cet État ?

Deuxièmement, c’est vrai que les entreprises occidentales peuvent réduire leurs coûts et accroître leurs bénéfices en transférant leur production vers les pays en développement. Cependant, de telles actions synchrones de nombreuses entreprises peuvent entraîner une forte baisse d’emplois dans les pays développés. Bien que ces entreprises gagnent de l’argent grâce à la mondialisation, elles ne paient pas nécessairement d’impôt chez eux. Par contre, elles profitent des centres financiers extraterritoriaux pour échapper à l’impôt, tandis que les contribuables de leur pays d’origine en sont perdants. Comme les gouvernements des pays occidentaux n’obtiennent pas assez de revenus, ces gouvernements sont obligés d’emprunter davantage – et ce sont les futurs contribuables qui devront le payer.

Comment une super économie centralisée manipule la mondialisation

Une autre erreur des économistes occidentaux est le fait qu’ils n’ont jamais pris en compte la possibilité de la manipulation de la mondialisation par des super-économies centralisées.

Si une super-économie comme la Chine – dont la main-d’œuvre représente 1/6 de la main-d’œuvre mondiale – rejoint la mondialisation, cette grande économie peut attirer les investissements et la technologie de tous les pays, former une chaîne industrielle complète, puis utiliser ses produits bon marché pour asphyxier les entreprises des pays développés. Elle s’approprie par la suite des marchés mondiaux et entraîne finalement la dépendance de l’économie mondiale à l’égard de la super-économie chinoise.

En même temps, pour les pays qui dépendent depuis longtemps des produits chinois, dont l’industrie manufacturière a disparu et qui manquent de devises pour payer les importations chinoises, il n’y a pas d’autre choix que de rechercher le soutien du régime chinois et d’accepter ses manipulations politiques. À long terme, s’agit-il d’une situation économique et politique gagnant-gagnant ou gagnant-perdant ? La réponse est évidente.

De plus, si le gouvernement qui contrôle la super économie est un régime communiste autoritaire ayant un objectif stratégique idéologique préconisant que « le socialisme finira par vaincre le capitalisme », ce régime doit nécessairement avoir un objectif stratégique global.

Selon cet objectif, il visera les grandes démocraties du monde en essayant de les affaiblir. Sa cible principale sera la plus puissante de ces démocraties – les États-Unis.

L’un des moyens importants pour affaiblir et attaquer les États-Unis consiste à utiliser le marché intérieur de la super économie chinoise et son immense capacité de production manufacturière dans le but de faire chanter l’Amérique. Dans le cadre du conflit commercial sino-américain, Pékin essaie non seulement d’obliger les entreprises américaines qui importent des produits chinois à faire pression en son nom, mais aussi de manipuler le système électoral des États-Unis – par exemple en arrêtant ou en reprenant les importations des produits agricoles américains afin d’influencer la vote des fermiers très importante en vue des prochaines élections présidentielles aux États-Unis.

Bien que les États-Unis soient confrontés à toutes sortes de violations et pratiques déloyales de la part du régime chinois, ils ne peuvent pas le traiter de la même manière que pendant la guerre froide avec l’Union soviétique. Comme la Chine a rejoint la mondialisation depuis de nombreuses années, les économies de ces deux pays ont créé une situation de dépendance mutuelle.

L’OMC contre le PCC : qui contraint qui ?

Les gouvernements occidentaux et les responsables de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se faisaient des illusions en imaginant que le régime du PCC tiendrait toutes les promesses qu’il avait faites avant d’y adhérer. Ils croyaient même naïvement que l’entrée du régime chinois dans la mondialisation conduirait à sa démocratisation.

Il semble maintenant qu’au lieu d’être limité par les règles de l’OMC, le PCC a trouvé un moyen de contourner ces règles. La plupart des pays membres de l’OMC ne veulent pas confronter le régime chinois en raison de leurs propres intérêts financiers. En conséquence, l’OMC continue de faire des concessions face au jeu déloyal de Pékin. Cette organisation a perdu la capacité de restreindre les violations de ses propres règles et son existence même est mise en doute.

Après que la Chine a été intégrée dans la mondialisation, les choses ont beaucoup changé. La mondialisation économique prévoyait à son origine une coopération d’entreprises transnationales entre pays libres, et l’OMC a établi des règles par rapport à une telle coopération. Il faut noter que la mondialisation économique ne consiste pas en une coopération entre gouvernements, mais en une coopération entre entreprises de différents pays. En même temps, les gouvernements des pays dits libres n’influencent pas directement toutes les activités économiques de leurs pays dans le but d’atteindre leurs propres objectifs globaux.

En d’autres termes, la participation des pays libres à la mondialisation ne la transforme généralement pas en un instrument gouvernemental visant la domination mondiale. Par conséquent, les règles de l’OMC n’ont jamais été rédigées dans le but d’empêcher ses pays membres de devenir une menace pour l’ordre économique et politique mondial.

Malheureusement, en raison de la naïveté des principales démocraties du monde, la mondialisation économique s’est dotée d’une bombe qui explosera dans l’avenir.

Il y a deux aspects d’une telle naïveté. Premièrement, il est supposé que tous les pays à économie de marché adopteraient la démocratie libérale. Deuxièmement, il est supposé qu’il ne serait plus question, après la fin de la guerre froide, qu’une grande puissance menace l’ordre économique et politique mondial.

Bien que l’Union soviétique de l’époque de la guerre froide représentait une menace constante pour la paix et l’ordre dans le monde, l’URSS et les membres du bloc soviétique rejetaient l’économie de marché et ne s’engageaient pas dans une coopération globale à long terme avec des entreprises des pays libres.

Après l’effondrement de l’Union soviétique, de nombreux Occidentaux ont naïvement pensé qu’il n’y aurait plus jamais un pouvoir autoritaire menaçant la paix et l’ordre mondial. Selon eux, puisque la Chine a déjà adopté une économie de marché, elle rejoindra tôt ou tard le monde libre. C’est justement cette idée que propageaient les «panda huggers » ( adorateurs de pandas) – les responsables et les militants occidentaux qui soutenaient les politiques de l’État-Parti chinois.

Leur plus grande erreur a été de ne pas se rendre compte que, bien avant la décision du PCC d’adhérer à l’OMC, en promouvant une économie de marché, le régime chinois avait établi un cadre institutionnel unique de « capitalisme communiste ».

On peut voir que le « capitalisme communiste » n’est ni une économie de marché normale ni une société libre. Grâce à la mondialisation, ce « capitalisme communiste » n’attire pas seulement les entreprises, la technologie et les commandes de produits chinois de la part de divers pays (ce qui lui a permis de constituer « l’usine du monde »), mais il rend également les entreprises des pays occidentaux dépendantes de la Chine.

Donc, en profitant d’une telle situation, le régime communiste tentera certainement d’influencer et de manipuler l’ordre économique international, de défier l’Occident afin d’étendre son pouvoir.

Par conséquent, le régime chinois ne peut pas être considéré comme un vrai partenaire pour les pays occidentaux ou comme un concurrent loyal agissant conformément aux règles internationales. C’est un régime de « capitalisme communiste » qui traite l’Occident, et surtout les États-Unis, comme un ennemi sur le plan stratégique. En continuant à affaiblir l’Occident avec des moyens non violents, le PCC est aussi en train de désintégrer les règles de l’OMC et priver cette organisation de sa force contraignante.

L’importance stratégique du conflit commercial sino-américain

À la suite de l’adhésion du régime du PCC à l’OMC, son rôle économique mondial n’a cessé de croître. Lorsqu’il est devenu suffisamment fort, ce régime a commencé à profiter et à contrôler le commerce mondial en fonction de ses propres besoins, par exemple en s’appropriant de la technologie d’autres pays et en adoptant des politiques nuisibles à ces pays. L’OMC était impuissante face à cet État voyou.

Après son arrivée à la présidence américaine, Donald Trump a commencé à rectifier l’héritage négatif des présidents qui le précédaient. La rectification des relations sino-américaines en est l’élément le plus important.

À première vue, le différend commercial sino-américain actuel ressemble à bien d’autres frictions commerciales survenues dans le monde. Toutefois, il y a un facteur important qui est souvent négligé : le PCC vise à la fois l’économie et le secteur militaire des États-Unis en menant une propagande nationaliste et idéologique,.

L’État-Parti chinois a profité de l’Amérique et d’autres pays occidentaux sur les plans économique, scientifique et technologique, puis il a utilisé ses propres ressources pour renforcer ses forces armées, exerçant des pressions militaires et politiques.

Cela ressemble aux relations diplomatiques et commerciales de l’Allemagne nazie avec la France et le Royaume-Uni ou du Japon impérial avec les États-Unis avant le début de la Seconde Guerre mondiale en Europe et dans le Pacifique. Par conséquent, les États-Unis et les autres pays occidentaux ne devraient pas envisager les problèmes avec la Chine uniquement sous un angle économique.

Bien que personne dans la politique américaine n’ait encore explicitement précisé ce point, plusieurs  stratégies américaines envers la Chine se concentrent déjà non seulement sur les relations économiques, mais également sur la politique et les aspects militaires.

Nombreux sont ceux qui se posent aujourd’hui la question : est-ce que l’ordre économique mondial devrait changer ? Les positions des pays envers cette question sont très différentes. L’État-Parti chinois voudrait bien garder le cap afin de continuer à profiter des autres. De nombreux petits et moyens pays développés craignent d’offenser le PCC, mais ils veulent aussi continuer à profiter des avantages économiques des puissances occidentales. Alors ils hésitent.

Parmi les puissances occidentales, les États-Unis, qui ont beaucoup souffert des manigances du régime chinois, sont le seul pays à être motivé à changer l’ordre économique mondial. Un tel changement ne peut être effectué que par les États-Unis qui restent encore une économie plus importante que la Chine et qui ont encore plus de poids dans le monde.

Face à un pays qui ne fait que profiter des autres et ne tient pas ses promesses, l’OMC ne peut que faire des menaces vides et attendre patiemment que le PCC change de sa propre initiative. Le régime du PCC, quant à lui, n’est disposé à faire que des changements qui ne lui sont pas nuisibles et n’abandonnera pas si facilement ses pratiques actuelles.

Dans ce cas, les États-Unis, qui souffrent le plus des conséquences de la mondialisation actuelle, ne peuvent que sauvegarder leurs propres intérêts. En fait, aucun autre pays ne se soucie des pertes des autres. Les intérêts américains ne peuvent être protégés que par les États-Unis eux-mêmes.

La nouvelle politique commerciale américaine a révélé le côté obscur de la mondialisation économique – le côté qui est resté longtemps caché. La faiblesse de l’OMC face à la « Terreur rouge » montre bien le contexte misérable d’une telle mondialisation. On peut dire qu’elle a dépassé son apogée et qu’elle est en train d’entrer dans la zone obscure qu’elle a elle-même créée. Afin de s’en sortir, les gens devront bien réfléchir sur le futur modèle économique mondial.

Cheng Xiaonong, un expert de la politique et de l’économie chinoise, est basé dans le New Jersey. Il a été analyste politique et assistant de Zhao Ziyang, l’ancien chef du Parti communiste chinois, lorsque Zhao Ziyang était Premier ministre de la Chine. Cheng Xiaonong a également travaillé comme rédacteur en chef de la revue Modern China Studies.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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