Ce que révèlent les données sur l’immigration

Par Alexandre Massaux
24 octobre 2020
Mis à jour: 24 octobre 2020

Le gouvernement français se targue d’être ouvert sur les questions d’immigration et d’avoir tenu un discours humanitaire sur la crise migratoire vis-à-vis des réfugiés. Mais quelle est la réalité ? Les migrants viennent-ils en France ? Le pays est-il aujourd’hui un pays d’immigration ou d’émigration ? Voici un certain nombre de données qui nous aident à comprendre.

Au vu de ces données, il apparaît nécessaire que la France revoie sa stratégie en matière d’attractivité mais aussi d’immigration. Les grandes envolées médiatiques et moralistes des dirigeants ne prennent pas en compte les situations réelles. Il convient de laisser plus de libertés aux entrepreneurs français afin de créer un climat d’affaires attractif pour les travailleurs, et de favoriser une immigration de talents qui pourront aider au développement économique de notre pays.

La France est en train de devenir un pays d’émigration

Le Migration Data Portal, financé par les gouvernements allemand et anglais, indique le solde migratoire des différents pays sur les 5 dernières années, c’est-à-dire la différence entre le nombre d’immigrés et d’émigrés pour mille personnes. Celui de la France s’élève à 0,6‰, bien inférieur à celui de l’Allemagne (6,6) et du Royaume-Uni (3,9), voire de l’Italie (2,5) ou de la République tchèque (2,1). Il est identique à celui de la Hongrie. De plus, si la situation se stabilise, voire augmente dans les pays cités, l’immigration en France tend à baisser depuis 2005.

Un phénomène qui amène les think tanks tels que l’Institut Montaigne et Terra Nova à craindre que le pays ne devienne peu à peu une terre d’émigration. Comme le démontre une étude conjointe de ces deux centres de recherches : « Les émigrés français sont principalement des personnes très jeunes : plus des deux tiers ont entre 15 et 29 ans, ce qui correspond à une émigration liée aux études d’une part, et à l’expatriation de jeunes actifs diplômés d’autre part et ce notamment vers les Etats-Unis, le Royaume-Uni, Israël, le Canada ou la Suisse. »

Cette analyse est confortée par différents sondages comme celui de l’institut Yougov en 2018, qui montrait que 72% des 18-24 ans envisageaient une vie à l’étranger. Si la recherche d’aventure est l’une des causes de l’expatriation, le souhait de meilleures opportunités de carrière est aussi un facteur important (selon ce sondage 40% s’expatrient pour cette raison). Des tendances qui augmentent au fil des années et qui touchent surtout le domaine digital : en 2019 selon une étude BCG et Cadremploi, 75% des salariés français du numérique désirent s’expatrier et 66% sont prêts à déménager dans un autre pays pour leur carrière, contre 55% des talents « non-digitaux ». Si ce domaine d’activité correspond bien au souhait d’un travail à l’international, force est de constater que la France ne fait pas partie des pays attractifs.

Selon une étude d’HSBC, elle était en 2018 la 11ème destination favorite des expatriés, et seulement la 17ème en 2019. Elle s’est ainsi fait dépasser, en Europe, par l’Espagne et la Pologne. Des pays comme l’Allemagne ou la Suisse restent des valeurs sûres dans le top 10 du classement. En outre, il est fort probable que la situation économique actuelle ne permettra pas à la France de devenir plus attractive dans l’immédiat.

Une politique d’immigration moins souple qu’il n’y paraît

Les gouvernements français ont depuis le début de la crise migratoire tenu un discours prônant l’accueil des migrants et des réfugiés. Ils se sont montrés critiques envers les pays d’Europe centrale qui refuseraient cette immigration. Néanmoins, les données d’Eurostat en matière de permis de résidence délivrés par les États membres en 2018, démontrent que la France n’est pas si ouverte qu’elle veut le faire croire.

En effet, le pays européen à avoir délivré le plus de permis de résidence à des citoyens non membres de l’UE est la Pologne : 635 335 permis, soit 16,7 pour mille personnes. L’Allemagne arrive deuxième avec 543 571 (6,6 ‰) et le Royaume-Uni troisième avec 450 775 (6,8 ‰). La France n’est que quatrième avec 264 876 et un taux de 4,0‰, lequel est inférieur à celui de la République tchèque, 6,7‰, ou de la Hongrie, 5,7‰.

Ce faible niveau est encore plus notable dans la catégorie des permis délivrés pour des raisons liées à l’emploi. L’administration française n’en a distribué, en 2018, que 33 808, soit 12,8% du total. Un chiffre similaire à celui de la Hongrie (31 553) et de la République tchèque (35 529) alors que ces pays sont six fois moins peuplés. Inversement, la Pologne a délivré 327 605 permis de travail, soit 51,6% des demandes acceptées.

Si la politique de Varsovie s’explique en partie par le fait que la population immigrée est ukrainienne et poussée par les événements consécutifs à l’Euromaidan, ces chiffres n’en démontrent pas moins que la France accueille peu de migrants cherchant des emplois. Le nombre de demandes est-il bas (ce qui trahirait un manque d’attractivité), ou l’administration française les refuse-t-elles ? On peut se poser la question. Et s’inquiéter d’un éventuel déséquilibre, la France recevant des populations peu qualifiées et laissant sa jeunesse diplômée s’expatrier.

Revoir notre politique en la matière

Au vu de ces données, il apparaît nécessaire que la France revoie sa stratégie en matière d’attractivité mais aussi d’immigration. Les grandes envolées médiatiques et moralistes des dirigeants ne prennent pas en compte les situations réelles. Il convient de laisser plus de libertés aux entrepreneurs français afin de créer un climat d’affaires attractif pour les travailleurs, et de favoriser une immigration de talents qui pourront aider au développement économique de notre pays.

Article de Alexandre Massauxavec l’aimable autorisation de l’IREF

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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