La chaîne d’approvisionnement mondiale change à mesure que la guerre commerciale sino-américaine se poursuit

La Chine est sur le point de perdre son avantage manufacturier alors que les entreprises étrangères planifient l'exode
Par Epoch Times
24 juin 2019 Mis à jour: 13 juillet 2019

Il y a près d’un an, l’auteur de cet article a écrit qu’une guerre commerciale prolongée entre les États-Unis et la Chine « pourrait modifier de manière permanente l’image de la chaîne d’approvisionnement mondiale ».

Aujourd’hui, le conflit commercial sino-américain persiste et le changement dans la chaîne d’approvisionnement est bien en cours. De nombreuses multinationales envisagent de transférer à l’étranger leurs capacités de production en Chine, tandis que certaines sont en train de réévaluer leur présence en Chine et leur stratégie envers ce pays.

Dans une certaine mesure, les États-Unis ont déjà gagné la guerre commerciale. Donald Trump a réussi à convaincre les sociétés de réévaluer leur stratégie à l’égard de la Chine – soit par la force en augmentant les tarifs douaniers américains soit en poussant Pékin à harceler davantage les entreprises étrangères.

Quoi qu’il en soit, le paradigme existant et le discours général sur la façon de faire des affaires en Chine ont été remis en question.

Vu la situation actuelle, il est difficile de voir la guerre commerciale se terminer dans un proche avenir, même si les deux pays se préparent à lancer une nouvelle série de négociations lors du prochain Sommet du G20. La rhétorique de Pékin s’est récemment durcie, contenant des demandes en des termes que des négociateurs américains, en particulier le secrétaire au Commerce Wilbur Ross, n’accepteraient probablement pas.

Du côté américain, la guerre commerciale a graduellement obtenu l’appui des deux partis qui dirigent le pays – des républicains et des démocrates. L’espoir de Pékin dans la défaite de Trump aux élections de 2020 et dans un compromis éventuel avec son successeur devient de plus en plus faible – même si Trump perd, ce n’est pas évident qu’un président démocrate laisse Pékin se retirer facilement de l’affaire.

De plus, le soutien du principal allié de la Chine jusqu’à présent – le monde des affaires américain – semble également s’affaiblir.

Une lettre du 13 juin de la part de plus de 600 entreprises et organisations, demandant à Trump de résoudre la question de la guerre commerciale, semble impressionnante à première vue. En y regardant de plus près, on trouve qu’à l’exception de quelques grands détaillants, la plupart des entreprises et des organisations qui ont signé la lettre ne sont que de petites entreprises et des groupes commerciaux ayant très peu d’influence.

La plupart des grandes entreprises américaines ne l’ont pas signé. Ni la Chambre de commerce américaine ni l’Association nationale des fabricants. Les effets du lobbying de Pékin à Washington semblent s’estomper.

Les entreprises cherchent à partir

Le « découplage », comme appellent certains experts la tendance à déplacer des sections de la chaîne de production hors de Chine, prend de plus en plus d’importance.

Ce phénomène n’est pas entièrement causé par les tarifs douaniers. La guerre commerciale a déclenché des discussions au sein des conseils d’administration des sociétés au sujet des risques commerciaux et de la diversification de leur chaîne de production. Les salaires et les prestations sociales des Chinois augmentent. L’environnement économique et juridique en Chine, notamment à l’égard des entreprises étrangères, est difficile.

Il est facile pour les experts et les universitaires de banaliser les tendances macroéconomiques. C’est vrai que pour certains produits, la Chine possède une base manufacturière la plus développée et la plus efficace. Pourtant, la diversification de la production est une bonne décision stratégique à long terme, bien qu’à court terme le transfert de la production demandera des investissements, de la formation et des changements logistiques difficiles.

Selon Nikkei Asian Review du 19 juin, Apple a demandé à ses principaux fournisseurs d’évaluer le transfert de 15 à 30 % de leurs capacités de production de la Chine vers l’Asie du Sud-Est. « De multiples sources affirment que même si le différend [commercial sino-américain] est résolu, il n’y aura pas de retour en arrière », souligne ce magazine.

Le changement potentiel aurait été à l’étude par Apple avant même que la guerre commerciale ne se prolonge. Ceci en raison de l’augmentation des coûts de main-d’œuvre en Chine, du faible taux de natalité dans ce pays et du risque d’une trop grande dépendance de la production concentrée dans un seul pays.

La société mère de Google, Alphabet, transfère également une partie de la production de ses thermostats Nest et d’autres matériels de la Chine vers Taïwan et la Malaisie, a rapporté Bloomberg News plus tôt ce mois-ci, citant des sources internes de Google. Cette décision fait suite à des transferts antérieurs de la production de cartes mères de la Chine vers Taïwan, afin d’éviter les droits de douane américains de 25 %.

L’entreprise d’ameublement de luxe Restoration Hardware a annoncé qu’elle « déplacera certaines de ses activités de production et de développement de nouveaux produits hors de Chine en explorant les possibilités de nouveaux partenariats et d’agrandissement de ses propres installations de fabrication aux États-Unis », a déclaré la société dans le rapport de ses résultats du premier trimestre 2019. En outre, la société a sélectivement augmenté les prix afin d’atténuer l’impact des tarifs en vigueur sur ses bénéfices.

Le Wall Street Journal a rapporté le 12 juin que Nintendo modifie également sa chaîne d’approvisionnement mondiale en transférant, de Chine en Asie du Sud-Est, une partie de la production des nouvelles versions de sa populaire console de jeu Switch.

En plus des tarifs douaniers, Pékin a également montré des signes de partialité à l’égard des entreprises étrangères. Plus tôt ce mois-ci, Pékin a infligé une amende de 162,8 millions de yuans (21 millions d’euros) à la coentreprise chinoise Chang’an Ford Automobile Co. pour avoir prétendument limité les prix de vente au détail depuis 2013.

Lotte, le conglomérat sud-coréen, retire sa chaîne de magasins Lotte Mart de Chine après des années de difficultés. Selon le reportage du 20 juin du Financial Times, la société réoriente ses investissements vers les pays de l’Asie du Sud-Est, comme le Vietnam et l’Indonésie.

« Parmi les sociétés qui étaient massivement optimistes au sujet de la Chine il y a trois ou quatre ans, plus de la moitié parlent aujourd’hui de la réduction de leur orientation vers le marché et la base manufacturière de ce pays », a déclaré à ce journal Peter Kim, stratège en investissement chez Mirae Asset Daewoo.

Lotte n’est qu’une de plusieurs multinationales sud-coréennes qui réduisent leur présence dans la deuxième économie mondiale. Pour ces entreprises, c’est l’environnement économique et non les tarifs qui détermine leur décision. Samsung Electronics, par exemple, a décidé ce mois-ci de réduire sa production et ses effectifs dans sa seule usine d’assemblage de smartphones en Chine. Ceci en raison des coûts élevés et du ralentissement des ventes dans ce pays face à une concurrence étouffante des fabricants locaux à bas prix.

Le chômage : un danger pour la stabilité

Quelles sont alors les conséquences du déplacement de la production hors de Chine ? D’une part, elle permet aux entreprises de conserver la plupart de leurs marges bénéficiaires en contournant les tarifs douaniers américains. Le revers de la médaille est une pression accrue sur la situation avec l’emploi en Chine.

L’été dernier, le Politburo du Parti communiste chinois, un organe de 25 membres représentant l’élite du Parti, a fixé un objectif de « six stabilités » pour le pays. Ce n’est pas par hasard que la première « stabilité » mentionnée par Pékin était celle de l’emploi.

Cet objectif ne sera pas atteint si la guerre commerciale sino-américaine se prolonge. Comme l’a expliqué à Epoch Times l’économiste Xia Yeliang, jusqu’à 14 millions d’emplois chinois pourraient être menacés : « Si [les tarifs américains] affectent 2 % de la croissance du PIB, cela signifie que la Chine aura un grand nombre de chômeurs.

« Dans le passé, il a été calculé que chaque augmentation du PIB à 1 % créerait 7 millions d’emplois. Si c’est 2 %, alors c’est 14 millions. Par contre, si on perd 2 %, cela signifie que le nombre de chômeurs en Chine augmentera de 14 millions. »

Des conclusions similaires peuvent être tirées en utilisant une autre approche : seul Apple assure directement 5 millions d’emplois en Chine. Pris dans leur ensemble, les changements dans la chaîne d’approvisionnement mondiale pourraient éventuellement coûter des millions d’emplois à la Chine.

Par conséquent, considéré dans ce contexte, le récent durcissement de la rhétorique de Chine par rapport aux négociations commerciales sino-américaines n’est rien que des menaces vides.

Fan Yu

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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