Chapitre 15 – Désintérêt envers le meurtre des pratiquants de Falun Gong pour leurs organes

Par David Matas
8 octobre 2019 Mis à jour: 16 novembre 2019

Epoch Times est fier de republier «Une persécution sans précédent : la destruction de la bienveillance humaine» (« An Unprecedented Evil Persecution: A Genocide Against Goodness in Humankind » éd. Dr. Torsten Trey et Theresa Chu. 2016. Clear Insight Publishing). Le livre aide à la compréhension des prélèvements forcés d’organes en Chine en expliquant la cause profonde de cette atrocité: le génocide commis par le régime chinois contre des pratiquants de Falun Gong.

David Matas, avocat des droits humains, primé au Canada et membre de l’Ordre du Canada, nommé au Conseil des directeurs du centre international pour les droits humains et le développement démocratique du Canada. En 2010, il a été nominé pour le Prix Nobel de la Paix pour ses enquêtes sur les crimes de prélèvements forcés d’organes contre les pratiquants de Falun Gong en Chine. Maitre Matas a co-écrit avec David Kilgour « Prélèvements Meurtriers : tuer les pratiquants de Falun Gong pour leur organes » et co-édité « Organes de l’État – abus de transplantation en Chine » avec le Docteur Torsten Trey.

Les réactions devant les preuves de l’assassinat des pratiquants de Falun Gong pour prélever leurs organes ne sont pas en rapport avec la gravité du crime, ni avec l’authenticité des preuves.

Pourquoi en est-il ainsi ?

1) Une accumulation de preuves

L’une des raisons est que consulter chaque élément de preuve est une tâche chronophage. Et là, les faits rapportés sont si nombreux qu’il faut du temps pour aboutir à la conclusion claire de savoir si les pratiquants de Falun Gong sont ou ne sont pas tués pour leurs organes. Beaucoup de gens n’ont pas le temps.

Mais il n’y a pas de méthode qui soit plus facile ni plus rapide. De plus, les personnes présentes lors des prélèvements forcés sur les pratiquants de Falun Gong sont soit des coupables, soit des victimes. Il n’y a aucun spectateur.

Les victimes étant assassinées et incinérées, il n’y a aucun corps à trouver, aucune autopsie à pratiquer. À quelques exceptions près, il n’y a pas de victimes survivantes pour raconter ce qui leur est arrivé. Les coupables ne sont pas enclins à confesser publiquement, sans cesse et en détails ce qui constitue des crimes contre l’humanité.

Les scènes des crimes ne laissent aucune trace. Lorsqu’un prélèvement d’organe est terminé, la salle d’opération dans laquelle cela a été pratiqué ressemble à n’importe quelle autre salle d’opération vide.

Si l’histoire de l’assassinat des pratiquants de Falun Gong pour leurs organes pouvait être racontée en dix secondes, ce serait une histoire facile à rapporter. Le problème de la question du massacre de ces pratiquants pour leurs organes, n’est pas qu’elle soulève trop peu de preuves, mais au contraire qu’elle en révèle beaucoup trop. Parce que cette histoire constitue un énorme dossier, la rapporter n’est pas si facile.

2) Dissimulation

Plus le temps, passe moins les informations sur la transplantation en Chine sont disponibles et plus l’entreprise de camouflage devient sophistiquée. L’expérience acquise lors de ma recherche est que chaque fois que je cite une source officielle chinoise, elle disparaît. Les publicités sur les sites Internet des hôpitaux concernant de courts délais d’attente pour les transplantations ont disparu, ainsi que la fierté au sujet des profits réalisés à partir des transplantations.

Les listes officielles chinoises fixant les prix pour la transplantation se sont volatilisées, les hôpitaux ne font plus savoir aux demandeurs qu’ils disposent d’organes de pratiquants de Falun Gong à la vente en deux ou trois semaines.

Le registre des transplantations hépatiques de Hong Kong qui publiait habituellement les volumes de greffes globales de foie ne le fait plus. Les médecins transplanteurs chinois qui donnaient généralement des lettres de références pour les médecins étrangers assurant la suite des soins concernant les interventions de leurs patients, des informations sur les sources d’organes et sur les médicaments antirejet, ne le font plus.

Le gouvernement chinois clame que les prisonniers d’où proviennent les organes sont tous des prisonniers condamnés à mort. Mais le gouvernement refuse de révéler les statistiques sur la peine de mort.

Avec d’autres, nous avons archivé toutes les informations que nous avons reçues, de sorte que des chercheurs indépendants puissent voir ce que nous avions découvert. Cependant, au fil du temps il y a eu une déperdition progressive des données disponibles à partir de sources officielles chinoises. Il semble y avoir une dissimulation systématique quant à l’approvisionnement en organes.

3) La nouveauté du délit

Les innovateurs en technologie de transplantation, nous pouvons en être sûrs, n’ont jamais imaginé que ce qu’ils ont développé serait utilisé pour assassiner des prisonniers de conscience et vendre leurs organes à prix très élevé.

En 1943 Felix Frankfurter, juge à la Cour suprême des États-Unis, réagissant à ce que disait Jan Karski sur l’Holocauste, a répondu à un diplomate polonais : « Je ne dis pas que ce jeune homme était en train de mentir. J’ai dit que j’étais incapable de croire ce qu’il m’avait indiqué. Il y a une différence. »

Le meurtre de prisonniers de conscience pour prélever leurs organes, représente une forme répugnante de mal. Celle-ci, malgré toutes les dépravations que l’humanité a connues, est nouvelle sur cette planète. L’horreur même nous fait chanceler d’incrédulité.

4) La nouveauté du Falun Gong

La répression des militants pour la démocratie, des journalistes, des défenseurs des droits de l’homme, des activistes tibétains et des chrétiens génèrent plus de sympathie que le Falun Gong, parce qu’ils sont plus connus en Occident. Le Falun Gong est récent (il a commencé en 1992), étranger, sans liens évident avec les traditions enracinées dans le monde.

Pour les étrangers, il y a immédiatement une connotation insolite du nom Falun Gong. Les mots « Falun » et « Gong » dans les langues occidentales ne trouvent pas leur traduction.

Pour les communistes, la victimisation des pratiquants de Falun Gong est un crime auquel il est plus facile d’échapper que de victimiser d’autres groupes reconnus. Les victimes de Falun Gong sont souvent des personnes sans liens avec l’Occident ou sans connaissance des langues occidentales. Il est beaucoup plus facile pour les étrangers de soutenir des victimes qui ont des étiquettes universelles, des journalistes, des défenseurs des droits de l’homme et des activistes démocrates, que de soutenir un groupe portant un nom qui ne signifie rien pour la plupart des gens.

Il est beaucoup plus facile de dénaturer l’inconnu que le connu. Quand les communistes dénigrent les bouddhistes tibétains ou les chrétiens des églises de maison, nous savons qu’ils disent des inepties. Quand les communistes dénigrent le Falun Gong, beaucoup de gens ne sont pas sûrs qu’il n’y ait pas quelques fondements pour ces accusations.

5) La propagande communiste

Dès que le gouvernement/Parti communiste chinois a décidé d’interdire le Falun Gong, la campagne de propagande contre leur pratique a commencé. Cette propagande a été répandue systématiquement, sans relâche, dans le monde entier. Elle se compose uniquement de stéréotypes sans fondement pour justifier une répression menée pour des raisons totalement différentes.

L’incitation à la haine contre le Falun Gong, comme toute incitation à l’intolérance, a un impact. L’endroit où l’impact est le plus féroce est la Chine, là où la propagande n’est pas contredite. Mais cette incitation a un effet insidieux partout.

La rumeur chinoise à propos de la pratique du Falun Gong rend les choses confuses et obscures. Beaucoup de ceux qui n’acceptent pas intégralement la propagande chinoise contre le Falun Gong, sont, malgré tout, d’avis qu’il pourrait y avoir quelque chose derrière toutes ces accusations.

Le scepticisme concernant le Falun Gong ne repose pas sur quoi que ce soit de réel à propos de cette pratique, mais il est plutôt l’impact résiduel de l’incitation du gouvernement chinois/Parti communiste envers la pratique. C’est purement et simplement un préjudice.

6) Des intérêts divergents

La Chine est une puissance internationale avec un rayonnement politique et économique dans le monde entier. Le poids économique de la Chine dépasse de loin celui des autres grands transgresseurs des droits de l’homme.

Certaines personnes, pour des raisons politiques ou diplomatiques ou des intérêts économiques, vont avaler tout ce qui est exprimé par le Parti communiste chinois, que ce soit vrai ou non. La vérité ou le mensonge est réduit à un sentiment d’indifférence.

Pour d’autres, quoi qu’elles pensent, leur sens de la prudence leur dicte le silence. Elles ne veulent pas saper leurs propres intérêts personnels en disant quoi que ce soit au sujet d’une question qui n’a pas d’impact sur elles, à titre personnel.

Par exemple, le consulat de Chine à Toronto a écrit aux conseillers municipaux en 2004 les exhortant à s’opposer à la proclamation d’une semaine du Falun Gong. Les lettres indiquaient : « Si elle est adoptée, la motion aura un effet très négatif sur les intérêts de nos futurs échanges et notre coopération. » Parmi les « les intérêts de nos futurs échanges et coopération » le conseiller municipal de Toronto Michael Walker a entendu mentionner qu’étaient menacés la vente d’un réacteur nucléaire canadien à la Chine, le CANDU, la construction par la société canadienne Bombardier d’une ligne ferroviaire au Tibet et le prêt de deux pandas au zoo métropolitain de Toronto.[1]

Les menaces aussi disproportionnées par rapport à l’événement ont démontré l’importance pour le régime communiste chinois de faire taire le contenu.

L’effet de levier de la puissance du gouvernement chinois est particulièrement évident dans les universités occidentales. S’il y a une chose que vous devez savoir pour comprendre le gouvernement chinois, c’est sa façon de traiter le Falun Gong. La Chine traite le Falun Gong comme son ennemi public numéro un. La Chine, de toute évidence, dépense plus de temps, d’argent et d’efforts concernant le Falun Gong dans ses ambassades et consulats du monde entier que pour n’importe quoi d’autre. Quand la Chine remplit ses prisons et ses camps de travail avec les pratiquants de Falun Gong, cette obsession ne nous indique rien au sujet du Falun Gong. Mais elle nous en dit long sur le gouvernement de la Chine. Un recentrage sur la préoccupation chinoise envers le Falun Gong nous donne un meilleur aperçu de la mentalité et de la dynamique du gouvernement chinois que n’importe quel autre point de vue.

Pourtant dans les Départements d’études chinoises des universités du monde, presque sans exception, il n’y a aucun cours, aucun projet de recherche, aucune publication, aucune conférence sur le Falun Gong. Les Départements d’études chinoises du monde entier sont d’un silence assourdissant concernant la persécution du Falun Gong, en dépit du fait que cette persécution nous en dit plus sur la Chine que pratiquement toute autre chose. Dans les Départements d’études chinoises le Falun Gong est soigneusement ignoré.

C’est comme si les Départements de physique universitaires ignoraient la théorie d’Einstein sur la relativité, comme si le Département universitaire de littérature anglaise ignorait Shakespeare. Lorsque les universités écartent quelque chose de si central pour la Chine, de si évident, ce n’est pas par ignorance. Mais plutôt par un désir de ne pas contrarier la Chine. Les érudits sur la Chine estiment qu’ils ont besoin de la coopération du gouvernement chinois, tout au moins pour obtenir des visas d’entrée en Chine, pour y poursuivre leurs études. Dans le but de s’assurer cette coopération, ils restent loin d’un sujet que le gouvernement de la Chine ne voudrait pas qu’ils considèrent. Les chercheurs ont suffisamment d’intégrité pour ne pas suivre la ligne du gouvernement chinois sur le Falun Gong. Mais s’ils disaient quoi que ce soit d’autre, les autorités chinoises sauteraient au plafond. Pour éviter cette réaction, ils se taisent.

7) Une absence de structure

Le Falun Gong n’est pas une organisation, ce n’est même pas un peuple. C’est plutôt un ensemble d’exercices avec un fondement spirituel. Les exercices peuvent être faits par n’importe qui, n’importe où, à n’importe quel moment, généralement ils sont faits une fois par jour, souvent en groupes, comme les nombreuses autres pratiques de tai-chi et de qigong dans les parcs chinois. Ceux qui sont intéressés peuvent commencer les exercices quand ils le veulent et arrêter quand ils le veulent. Tout en pratiquant, ils sont libres de pratiquer les exercices peu ou autant que bon leur semble.

Une personne n’a pas besoin d’être enregistrée auprès de qui que ce soit ou de payer quoi que ce soit pour pratiquer les exercices. Toutes les informations sur la façon de faire les exercices sont disponibles gratuitement et publiquement.

Ceux qui pratiquent le Falun Gong n’ont pas de responsable organisationnel. Le fondateur Li Hongzhi n’est pas adoré par les pratiquants. Il ne reçoit pas non plus de fonds des pratiquants. C’est une personne privée qui se réunit rarement avec les pratiquants. La plupart des pratiquants ne l’ont jamais rencontré.

Le manque de structure au sein de la communauté du Falun Gong entrave les rapports des droits de l’homme. Il existe un site internet, Minghui, qui rassemble les déclarations d’actes de violences subies. Il y a aussi une ONG, l’Organisation mondiale pour enquêter sur la persécution du Falun Gong, qui fait des recherches et des analyses. Le site Internet et l’ONG sont un peu comme la communauté des pratiquants de Falun Gong en général, c’est à dire qu’il n’y a pas d’argent, pas de responsable, pas de bureaux, pas de personnel et un recours important à des bénévoles.

8) La sympathie pour le communisme

Les communistes chinois sont devenus tellement capitalistes qu’il est surprenant de voir les socialistes rallier la cause du communisme chinois. Pourtant ce phénomène existe quand même. L’État/Parti communiste chinois a été capable de rallier à lui les nombreux éléments de la communauté mondiale de gauche qui nourrissent de la nostalgie pour le communisme chinois d’antan.

Cette fausse solidarité de gauche se manifeste en partie par le rejet de toute critique de la Chine communiste, y compris la critique de sa persécution du Falun Gong. Les anciens gauchistes se rallient autour du fantasme du Parti communiste qui prétend que la CIA est derrière le Falun Gong[2] . Bien que ce genre de soupçons soit trop farfelu pour gagner l’adhésion des partisans, il empêche l’ensemble de la classe politique de défendre à l’unanimité la persécution chinoise du Falun Gong en général, et l’assassinat des pratiquants de Falun Gong pour leurs organes en particulier.

9) L’inversion de la responsabilité

Il y a une attitude dans certains milieux, qui veut que le meurtre des pratiquants de Falun Gong pour leurs organes doit être établi avec certitude et en absence de certitude, que rien ne doit être entrepris. Cette attente opère un déplacement de la responsabilité de là où elle se trouve en réalité.

La responsabilité de démontrer que les pratiquants de Falun Gong sont tués pour leurs organes n’incombe pas aux enquêteurs. Les enquêteurs n’ont pas à expliquer où la Chine obtient ses organes pour les transplantations, mais la Chine le doit. Il incombe bien au gouvernement de la Chine d’expliquer la provenance des organes mis en vente.

L’Organisation mondiale de la Santé dans une assemblée de mai 2010, a approuvé les principes directeurs sur les cellules humaines, les tissus et la transplantation d’organes. Deux de ces principes directeurs sont la traçabilité et la transparence.

En février 2009 dans le groupe de travail pour la révision périodique universelle des Nations Unies, le Canada, la Suisse, le Royaume-Uni, la France, l’Australie et l’Italie ont recommandé que la Chine publie ses statistiques sur la peine de mort. Le gouvernement de la Chine a refusé cette recommandation. La même recommandation a été renouvelée par la Belgique, la France, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suisse, le Royaume-Uni et l’Italie dans le groupe de travail pour la révision périodique universelle des Nations Unies en octobre 2013.

Le lien entre les statistiques sur la peine de mort et les abus de transplantations d’organes a été explicité par le rapporteur des Nations Unies sur la torture, le rapporteur des Nations Unies sur les intolérances religieuses et le Comité des Nations Unies sur la torture. Tous ont demandé à la Chine d’expliquer la contradiction entre sa quantité de transplantations et sa quantité de sources d’organes.

Le Comité des Nations Unies contre la torture, dans ses observations finales de novembre 2008 du rapport d’État de la Chine, a écrit que la Chine devait « immédiatement conduire ou faire conduire une enquête indépendante sur les griefs dénonçant des tortures et des prélèvements d’organes sur la personne de certains adeptes du Falun Gong et prendre des mesures, le cas échéant, pour faire en sorte que les responsables de tels traitements soient traduits en justice et condamnés. »

10) Un manque d’identification de cas individuels

La conclusion que les pratiquants de Falun Gong ont été tués en grand nombre pour leurs organes repose sur la confluence d’un certain nombre de pistes. Cette preuve n’identifie pas nécessairement les victimes individuellement. La réponse face à la preuve que les adeptes du Falun Gong ont été tués pour leurs organes par dizaines de milliers a été : « Citez-les. »

Cette demande de nommer des cas individuels peut être empreinte de scepticisme. Parallèlement, la demande d’identification de cas individuels est faite parce que la mobilisation autour d’un cas particulier pourrait être plus facile que le plaidoyer autour d’un phénomène général. Il est plus difficile pour le gouvernement chinois de tourner en rond autour d’une demande quand elle est pointue, quand nous leur donnons le nom de la victime, la date de la victimisation et le lieu où elle a été produite.

Identifier des cas individuels est difficile en soi pour plusieurs raisons. L’une d’entre elles est que généralement, les victimisations individuelles ne laissent aucunes traces.

De plus, les premières victimes de prélèvements d’organes du Falun Gong sont des personnes qui ne se sont pas identifiées. Les pratiquants de Falun Gong refusent de donner leur identité à leurs geôliers pour protéger leurs amis, leur lieu de travail et leur famille, lesquels, autrement, seraient victimes à leur tour pour ne pas les avoir dénoncés. Leurs geôliers ne savent pas qui ils sont et leurs familles ne savent pas où ils sont. Ceux qui victimisent les pratiquants de Falun Gong ne savent rien d’autres sur les pratiquants, que le fait qu’ils sont des pratiquants.

En principe, la nécessité d’identifier les victimes individuellement ne devrait pas importer. La globalité des preuves de l’abus est accablante même sans identification des victimes.

Cependant quelques cas nominatifs ont fait surface. Sept d’entre eux sont mentionnés dans le livre Bloody Harvest. Un huitième a été mentionné dans un discours que j’ai prononcé lors du forum de l’Union Pitt William à l’université de Pittsburgh le 28 mars 2013[3] .

Cinq des huit cas mentionnés dans le livre Bloody Harvest proviennent de membres de la famille des victimes. Ces membres de la famille des pratiquants de Falun Gong morts en détention, témoignent avoir vu les corps de leurs êtres chers avec des incisions chirurgicales et des parties du corps manquantes. Les autorités ne donnent aucune explication cohérente pour ces cadavres mutilés. Leurs mutilations sont compatibles avec le prélèvement d’organes.

11) Une fausse symétrie

Le gouvernement de la Chine diffame le Falun Gong. De leur côté, les pratiquants de Falun Gong condamnent les violations des droits de l’homme infligées par le Parti communiste chinois. Pour les étrangers qui n’y prêtent pas beaucoup d’attention et qui ne sont pas familiarisés avec le Falun Gong ce conflit ressemble superficiellement à un différend de politique étrangère. La tendance est de ne pas s’impliquer.

Pour les médias faisant état d’une histoire où le conflit est bien réel, il y a une tendance à rapporter ce que déclare chaque partie, le Parti communiste chinois et le Falun Gong, comme ils le feraient avec tout conflit, tout en essayant d’être neutre. Les articles traitent sur un pied d’égalité de réelles violations infligées par le gouvernement de la Chine et la propagande du gouvernement chinois au sujet de ces violations.

Les médias, quand ils se réfèrent au Falun Gong par exemple, disent parfois que les disciples décrivent le Falun Gong d’une façon alors que le gouvernement chinois considère qu’il est autre chose. Les deux affirmations sont juxtaposées sans aucun commentaire comme si chacune devait être traitée avec un égal sérieux.

La recherche faite sur l’assassinat des pratiquants de Falun Gong pour leurs organes est traitée de la même façon. Les médias, quand ils signalent les recherches, les juxtaposent souvent avec les dénégations manifestement fausses et farfelues du Parti/État communiste, sans aucune indication que les recherches sont fondées sur la réalité et que les bases des démentis sont des inventions facilement observables.

Les médias parfois rendent compte que la recherche sur le meurtre des pratiquants de Falun Gong pour leurs organes est contestée ou controversée, sans aucune indication que la seule contestation ou controverse vient du Parti communiste. Il y a, bien sûr, des personnes qui répètent ce que le Parti communiste indique sans s’engager dans aucune recherche sérieuse. Toutes les enquêtes indépendantes concernant l’assassinat des pratiquants de Falun Gong pour leurs organes ont confirmé la recherche initiale faite par David Kilgour et moi-même, mais ce fait est laissé de côté. Pour certains médias la différence de qualité dans les preuves données de part et d’autre a moins d’intérêt que le fait de la controverse.

Par ailleurs les médias, comme le Parti communiste, attribuent souvent la recherche à une organisation mythique du Falun Gong ou à des pratiquants de Falun Gong, induisant que le Falun Gong est un parti intéressé. Il n’est pas tenu compte du fait que la recherche et la preuve proviennent presque exclusivement de personnes qui ne sont pas pratiquants de Falun Gong.

Les accusations de violations des droits de l’homme ne sont pas toujours vraies et pas toujours bien intentionnées. Ceux qui sont politiquement opposés à n’importe quel régime peuvent avoir facilement recours à de fausses accusations de violations des droits de l’homme comme moyen de délégitimer ce régime.

La différence entre les violations des droits humains imaginaires inventées pour délégitimer un régime et celles bien réelles niées par leurs auteurs est la réalité. Nous ne pouvons pas ignorer la réalité et simplement considérer les accusations et les démentis de violations des droits de l’homme comme de simples mots ayant tous le même poids.

La différence entre les négationnistes et les histoires tragiques des victimes de l’Holocauste est la réalité de l’histoire, ce qui est vraiment arrivé. Il serait irresponsable de feindre la neutralité entre les négationnistes et les victimes de l’Holocauste. Toute personne concernée par la vérité, la liberté et le respect des droits de l’homme désapprouverait fermement tous ceux qui traiteraient les dénis de l’Holocauste comme de respectables opinions méritant les mêmes importances et considérations que les récits d’horreur des victimes de l’Holocauste.

Mais le négationnisme, comme l’Holocauste lui-même, n’est pas une expérience isolée. C’est plutôt la forme la plus extrême d’une gamme complète de discours abusifs. Chaque violation grave des droits de l’homme a ses détracteurs. Les auteurs, d’où qu’ils soient, ont tous une même litanie de lamentables excuses, mais la première ligne de défense pour chacun d’eux est : « Ça n’a pas eu lieu. »

Le Parti communiste chinois a commis des violations massives des droits de l’homme contre le Falun Gong. Le Falun Gong est un groupe d’innocents, une communauté apolitique et non-violente.

Le Parti communiste chinois, pour justifier son emprise brutale sur le pouvoir, a fait ce que les partis communistes ont fait partout : il n’admet rien et nie tout. Il fabrique de fausses accusations, concocte des faits et imagine des citations. Pour mettre la propagande chinoise sur le Falun Gong au même niveau que la preuve des violations des droits de l’homme perpétrées par le Parti communiste chinois, pour créer une fausse symétrie entre elles, le PCC ignore la réalité et ferme les yeux sur les monstres qui nous regardent dans les yeux.

12) L’indifférence

L’indifférence est un problème général quand nous essayons de mobiliser le public pour qu’il s’oppose aux violations des droits humains. Bien que l’indifférence soit générale, elle n’est pas uniforme. Certaines violations des droits de l’homme suscitent plus de réactions du public que d’autres.

L’inaction en réponse à la preuve du meurtre des pratiquants de Falun Gong pour leurs organes est particulièrement aiguë et s’explique par l’accumulation de tous les autres facteurs. La nouveauté et l’étrangeté apparente du Falun Gong, la richesse économique et l’influence de la Chine communiste, la quantité de preuves qu’il faut examiner pour arriver à une ferme conclusion, l’entreprise de camouflage du Parti communiste, la nouveauté de la violation, l’offensive de la propagande du Parti communiste, le manque de structure de la communauté du Falun Gong elle-même, les restes de sympathie parmi les cercles de gauche pour le communisme chinois, le déplacement abusif de la responsabilité loin du gouvernement de la Chine, l’absence d’un nombre important de cas individuels identifiés, la fausse symétrie dans laquelle de nombreux rapports s’engagent entre les victimes et les auteurs ont un effet cumulatif démobilisant.

Quand la tendance naturelle est à ne rien faire, quand tout le monde est occupé par sa propre vie et ses propres besoins, cette violation présente tellement de prétextes pour se désengager. Un homme averti peut se sentir concerné. Dans ce dossier beaucoup trop de gens ne s’en soucient pas parce que beaucoup trop de gens ne savent pas.

Bien que ce soit une histoire difficile à raconter, pour toutes les raisons que l’on vient d’évoquer, c’est une histoire qui doit être rapportée. Ce n’est qu’en faisant cela que nous pourrons espérer surmonter l’inattention dont souffre cette violation.

[1] Jan Wong,”Feeling the long arm of China” Globe and Mail, August 6, 2005.

[2] See for instance http://www.facts.org.cn/Reports/World/201407/09/ t20140709_1753443.htm

[3] « The Killing of Falun Gong for their Organs: Individual Cases » http://endorganpillaging.org/the-killing-of-falun-gong/

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