Des chercheurs se penchent sur les stratégies de réduction de la violence communautaire

14 mars 2016
Mis à jour: 3 avril 2016

WASHINGTON – Le Mexique, le Salvador, le Guatemala et le Honduras – formant le soi-disant « Triangle du Nord » – sont aux prises avec de graves problèmes de violence qui semblent impossibles à résoudre.

La gravité du problème de cette escalade de violence dans la région ne fait aucun doute. En 2015, le taux d’homicide au Mexique a augmenté de 11 %. Avec un taux d’homicide moyen de 63 par 100 000, les pays du Triangle du Nord sont devenus les plus violents au monde, selon Eric Olson.

M. Olson est codirecteur du programme Amérique latine au Woodrow Wilson Center, il a tenu une discussion le 22 février sur les moyens de réduire la violence dans les communautés.

M. Olson a indiqué que le taux d’homicide du Salvador est « monté en flèche » à 103 par 100 000 l’an dernier, devançant son voisin, le Honduras, pour le titre ignoble de capitale mondiale du meurtre. Son autre voisin, le Costa Rica, a un taux de 8 par 100 000, a affirmé Beth Hogan de la U.S. Agency for International Development (USAID).

Pour mettre la situation en perspective, ce taux d’homicide est 71 fois plus élevé que celui du Canada et 20 fois plus élevé que celui des États-Unis. En général, l’Amérique latine est la région la plus violente au monde, alors que 33 % des meurtres y surviennent, bien que ne représentant que 9 % de la population mondiale, selon Hogan.

Beaucoup de gens estiment que la violence en Amérique centrale alimente l’immigration de masse aux États-Unis.

Avec l’escalade de la violence, l’approche sévère des gouvernements a malheureusement été inefficace « menant à l’arrestation arbitraire de milliers de jeunes, à des prisons surpeuplées, à des systèmes judiciaires encombrés et à des gangs plus puissants », selon USAID. Il y a toutefois des exemples dans la région où les crimes violents ont été réduits sans augmenter les incarcérations. Savoir comment cela peut être appliqué est une tâche pour les chercheurs.

Embauche de chercheurs de Harvard

Beth Hogan, sous-directrice par intérim du Bureau pour l’Amérique latine et les Caraïbes chez USAID, affirme que son agence voulait savoir quelles stratégies fonctionnent le mieux, lesquelles ne fonctionnent pas et pourquoi. USAID a donc engagé des chercheurs de la Kennedy School de Harvard pour évaluer les méthodes de réduction de la violence et fournir des recommandations applicables au Triangle du Nord.

L’équipe, dirigée par Thomas Abt, un chercheur principal à la Kennedy School of Government de Harvard, a effectué une révision systématique de plus de 1400 études et de 30 stratégies de contrôle du crime et de la violence pour identifier les stratégies efficaces pour réduire la violence communautaire.

De plus, l’équipe de Harvard a complété sa révision avec une étude sur le terrain au Salvador, au Guatemala, au Honduras et aux États-Unis.

Beth Hogan, sous-directrice par intérim du Bureau pour l’Amérique latine et les Caraïbes chez USAID (Gary Feuerberg/Epoch Times)
Beth Hogan, sous-directrice par intérim du Bureau pour l’Amérique latine et les Caraïbes chez USAID (Gary Feuerberg/Epoch Times)

Découvertes

Une des découvertes les plus importantes des 20 dernières années est que la violence est « concentrée au sein d’un petit nombre de lieux, de gens et de comportements », affirme M. Abt. « À Boston, 70 % de toutes les fusillades au cours de trois décennies sont concentrées dans une zone couvrant environ 5 % de la ville », indique le rapport.

Il est donc logique que des interventions qui cibleraient ces communautés aient plus de chance de succès. M. Abt affirme que les études démontrent que les activités concentrées sur les zones, les individus et les comportements à haut risque sont les plus efficaces et peuvent être mesurées en termes de « réduction des activités des gangs, de réduction de la violence reliée aux armes à feu chez les jeunes, de la prévention de la violence chez les jeunes et de réduction du récidivisme juvénile et adulte ».

Pour résumer, la manière de prévenir la violence est de « se pencher sur ces zones, ces individus et leurs comportements avant qu’ils causent un vrai dommage », estime M. Abt. « La National Academy of Science ici aux États-Unis a clairement dit que plus les actions de la police peuvent être ciblées et spécifiques, mieux c’est. »

Qu’est-ce qui fonctionne ?

Deux stratégies ont invariablement obtenu de bons résultats pour réduire la violence ou le récidivisme : la dissuasion ciblée et la thérapie comportementale et cognitive. « La dissuasion ciblée a de loin l’effet le plus marquant sur le crime et la violence que toute autre intervention étudiée », indique le rapport.

La dissuasion ciblée implique l’identification d’un petit groupe de contrevenants. En d’autres mots, l’accent est mis seulement sur les personnes ou les groupes à risque (les programmes généralisés de prévention des gangs sont normalement inefficaces). Divers acteurs comme la police, les services sociaux et autres intervenants communautaires sont en quelque sorte lancés vers ces groupes ou individus spécifiques, utilisant la carotte et le bâton. C’est de prime abord un effort policier visant à passer un message direct et répétitif aux entités ciblées afin qu’elles cessent leurs comportements violents.

Une étude utilisant cette méthode, citée dans le rapport, a fait baisser les homicides de 34 à 63 %.

La thérapie comportementale et cognitive utilise des techniques de psychologie clinique pour changer les pensées et le comportement des contrevenants. Elle change « la manière dont les contrevenants criminels, y compris les jeunes, considèrent la violence et gèrent leurs comportements », indique le rapport de USAID.

Cette thérapie a été associée à un déclin du récidivisme allant jusqu’à 52 %, bien qu’un taux de 25 % soit plus normal.

Un exemple de succès de cette thérapie est le programme de prévention de la violence appelé Becoming A Man pour les garçons du secondaire dans les écoles publiques de Chicago. Une baisse de 44 % des arrestations pour crimes violents a été notée au sein des participants au cours de l’année scolaire 2009-2010.

M. Abt affirme que transférer le programme au Triangle du Nord pour l’adapter aux conditions de chaque pays demanderait beaucoup d’énergie.

Selon lui, les pays du Triangle du Nord peinent à réduire la violence en raison de leur incapacité à administrer la justice. En d’autres mots, les criminels jouissent de l’impunité. « Environ 5 %, tout au plus 10 %, des homicides sont poursuivis en justice », souligne-t-il.

Version originale : Strategies That Work to Reduce Community Violence

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