La Chine aurait conclu un accord avec le Cambodge pour l’utilisation de sa base navale à des fins militaires

Par Nicole Hao
26 juillet 2019 Mis à jour: 28 juillet 2019

Depuis que le Wall Street Journal, citant des sources officielles anonymes, a révélé que le régime chinois avait signé un accord secret avec le Cambodge pour utiliser sa base navale, Phnom Penh a répondu par un démenti catégorique.

Le 21 juillet, le Wall Street Journal a rapporté que la Chine et le Cambodge avaient signé un accord secret au printemps dernier, dans lequel Phnom Penh permettrait aux forces armées chinoises d’utiliser sa base navale de Ream – une base stratégique située près de Sihanoukville et en face du golfe de Thaïlande.

Le journal a cité des responsables anonymes des États-Unis et de leurs alliés qui avaient vu le projet de l’accord. Il affirmait également qu’à cause des préoccupations suscitées par ce projet d’accord, le vice-président américain Mike Pence avait rédigé une lettre à l’intention du Premier ministre cambodgien.

Cette information est le dernier signe de la politique agressive menée par la Chine afin de réaliser ses revendications territoriales dans la mer de Chine méridionale – une région dotée de riches réserves de pétrole. Plusieurs autres pays de l’Asie du Sud-Est revendiquent également ces régions de la mer de Chine méridionale comme étant les leurs.

Au Cambodge et dans la région de l’Asie du Sud-Est en général, la Chine a également cherché à contraindre économiquement les gouvernements locaux à se conformer à ses propres intérêts, contestant les partenariats historiques que ces pays ont établis avec les pays occidentaux. Ce fait a été constaté, par exemple, dans l’étude stratégique publiée en 2017 par le groupe d’experts d’Atlantic Council.

Les réactions

En réponse au reportage du Wall Street Journal, le Premier ministre cambodgien Hun Sen a martelé, le 22 juillet, sur le site d’information progouvernemental Fresh News : « C’est la pire des nouvelles jamais inventées contre le Cambodge… Rien de tel ne pourrait se produire, car héberger une base militaire étrangère est contraire à la constitution cambodgienne. »

En même temps, Geng Shuang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré lors d’une conférence de presse donnée le 22 juillet : « Comme nous le savons, la partie cambodgienne l’a nié. La Chine et le Cambodge sont des voisins traditionnellement amicaux, et nous avons coopéré dans divers domaines. »

Toutefois, lorsque les journalistes lui ont demandé si la partie chinoise rejetait également cette information, M. Geng n’a pas répondu directement, mais a donné une réponse très vague : « J’espère que les parties concernées n’attribueront pas une signification exagérée à la coopération normale entre la Chine et le Cambodge. »

Emily Zeeberg, porte-parole de l’ambassade des États-Unis à Phnom Penh, a confié au Wall Street Journal que Washington « craint que toute démarche du gouvernement cambodgien visant à inviter une présence militaire étrangère au Cambodge » ne perturbe la paix et la stabilité régionales.

L’accord

Selon le Wall Street Journal, l’accord stipulait que la Chine installerait ses forces armées à la base navale de Ream pendant une période de 30 ans, après quoi l’accord serait automatiquement renouvelé tous les 10 ans. Il permettait à Pékin « d’affecter le personnel militaire, de stocker des armes et d’amarrer des navires de guerre ».

La base navale de Ream s’étend sur environ 190 acres (0,77 km carré) de terrain et possède un seul quai où sont amarrés une dizaine de patrouilleurs. D’après le journal, cette base dispose actuellement de deux installations qui sont utilisées par la marine cambodgienne et ont été construites avec un financement américain. Cependant, le nouvel accord permettra à la Chine de construire deux nouveaux quais à la base, l’un à usage chinois et l’autre à usage cambodgien.

Le Wall Street Journal a cité des responsables américains qui affirmaient avoir entendu parler pour la première fois des négociations sur cet accord il y a environ un an.

Plus tôt cette année, le ministère cambodgien de la Défense a d’abord demandé un financement américain pour la rénovation des installations de Ream, puis l’a refusé en juillet, suscitant des soupçons des autorités américaines, indique le journal.

Des images satellites montrent que la zone de la base navale de Ream a été récemment nettoyée « probablement en préparation des travaux de construction ».

La base navale

La base navale de Ream est située à environ 60 km de l’aéroport international de Dara Sakor, actuellement en construction par la société chinoise Union Group. Cette société détient également un bail sur le terrain environnant de 89 000 acres et 20 % du littoral cambodgien pour une période de 99 ans à partir de 2008.

Selon le reportage du Japan Times du 20 juillet, le projet de l’aéroport a reçu 3,8 milliards de dollars de financement chinois et placé par le régime chinois dans le cadre de son titanesque projet « Belt and Road Initiative – BRI » qui vise à renforcer l’influence géopolitique de la Chine par le biais des investissements dans l’infrastructure. La BRI prévoit la création d’une immense « ceinture » terrestre par rail et route en Asie et en Europe, doublée d’une « route » maritime, permettant à la Chine de se relier aux marchés d’Asie, d’Afrique, d’Europe et d’Amérique latine.

Le projet de Groupe Union comprendra également la construction d’un port en eau profonde, d’un parc industriel et d’un complexe hôtelier de luxe doté de centrales électriques, d’installations de traitement des eaux et des facilités médicales.

Des images satellites récentes montrent que l’aéroport possède une piste de 3 km. Le Wall Street Journal a suggéré qu’elle pourrait servir à des fins militaires, en étant assez longue pour permettre aux Boeing 747, aux Airbus A380, ainsi qu’aux bombardiers à longue portée et à d’autres avions militaires chinois de décoller et d’atterrir.

La base navale de Ream et le projet de Groupe Union sont tous deux proches de Sihanoukville, la ville où Pékin a développé la Zone économique spéciale de Sihanoukville, un projet clé de la BRI.

 

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