La Chine, est-elle derrière la Corée du Nord dans le lancement du nouveau missile balistique ?

Par Vladimir
12 mai 2019 Mis à jour: 13 juillet 2019

Le matin du 4 mai, la Corée du Nord a testé un nouveau missile balistique à combustible solide à courte portée (SRBM) capable de porter des ogives nucléaires. Cela a mis fin au moratoire de 522 jours sur les essais de missiles qui a duré depuis le 29 novembre 2017, le jour du dernier essai de missile balistique intercontinental (ICBM) nord-coréen. Le nouveau missile aurait parcouru la distance de 240 kilomètres.

Comme lors de nombreux essais de missiles précédents, Pyongyang a presque immédiatement diffusé des images permettant d’examiner de plus près ce nouveau missile. Beaucoup de commentateurs ont souligné la similitude de la forme et des dimensions du SRBM nord-coréen avec le missile russe 9K720 Iskander d’une portée de 500-600 kilomètres, également connu à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) sous le code SS-26 Stone.

Toutefois, étant donné les relations de longue date en matière de technologie des missiles entre la Corée du Nord et la société chinoise China Aerospace Science and Industry Corporation (CASIC), ainsi que la similitude du SRBM nord-coréen avec le nouveau missile de CASIC, il est également possible que le développement du missile de Pyongyang ait été aidé par la Chine.

La Corée du Nord a présenté ce nouveau SRBM pour la première fois le 8 février dernier lors du défilé du Jour de l’Armée. Il a alors été considéré comme semblable à l’Iskander. De nouvelles images nord-coréennes de l’essai du 4 mai montrent que ce missile présente une similitude encore plus grande avec l’Iskander, notamment dans ses proportions et dans la forme biconique de son fuselage.

Une image du SRBM nord-coréen a été publiée le 4 mai par l’Agence centrale de presse coréenne (KCNA).

Agence centrale de presse nord-coréenne (KCNA)

Ci-dessous les images du SRBM nord-coréen (en haut) et du 9K720 Iskander (en bas).

Agence centrale de presse nord-coréenne (KCNA)

De plus, le SRBM nord-coréen semble utiliser un écuyer de lancement avec des sangles métalliques amovibles pour maintenir le missile en place – ceci d’une manière très similaire à celle de l’Iskander.

Cependant, le missile nord-coréen est aussi bien semblable au missile balistique antinavire à courte portée (ASBM) CM-401 de China Aerospace Science and Industry Corporation (CASIC), présenté au meeting aérien de Zhuhai en novembre 2018. Le CM-401 a également une forme de fuselage biconique et des proportions semblables à ceux du SRBM nord-coréen, tandis que sa version destinée à l’exportation a une portée de 290 km.

Ci-dessous l’image du SRBM nord-coréen (en haut) et l’affiche du CASIC avec son missile balistique antinavire CM-401, présenté au meeting aérien de Zhuhai en 2018, dont la structure des ailettes et des palettes de direction est très semblable à celle du SRBM nord-coréen.

Agence centrale de presse nord-coréenne (KCNA)

Depuis 2011, CASIC est la principale source d’approvisionnement de la Corée du Nord en gros tracteur-érecteur-lanceur (TEL) à 16 et 18 roues qui transportent ses missiles balistiques intercontinentaux à propergol liquide (ICBM) Hwasong-14 et Hwasong-15 destinés à atteindre les États-Unis. CASIC a également une grande expérience dans la vente des combustibles solides pour les SRBM au Pakistan et dans d’autres pays.

Lors du défilé militaire d’avril 2017, la Corée du Nord a présenté un TEL sur la base d’un camion et un CASIC TEL à 16 roues, équipés respectivement de tubes de lancement pour des missiles balistiques à propergol solide de moyenne portée et de portée intercontinentale. Cela indique au moins la possibilité que CASIC ait transféré la technologie de missiles à combustible solide à la Corée du Nord.

Le TEL nord-coréen sur les images du 4 mai dernier montre une similitude beaucoup plus proche avec le camion à huit roues MZKT-79306 Astrolog de l’Iskander russe. Lors du défilé de février 2018, le SRBM nord-coréen a été porté par un TEL à huit roues légèrement plus petit.

Toutefois, en vendant des missiles balistiques à courte et moyenne portée au Pakistan, CASIC a pris soin de concevoir des TEL uniques qui ne ressemblaient pas aux TEL en service en Chine – ceci jusqu’au moment de renoncer à cette précaution il y a quelques années. La Russie a vendu la technologie à la Corée du Sud pour son système antiaérien de 4e génération KM-SAM et lui aurait également vendu la technologie pour l’aider à développer son SRBM Hyunmoo-2 (qui ressemble aussi à l’Iskander). Si c’est vrai, cela irait à l’encontre de la suggestion que Moscou a fourni la technologie Iskander à Pyongyang.

L’Iskander est conçu pour transporter une petite ogive nucléaire tactique, et la Chine est également connue pour avoir un certain nombre de SRBM armés de petites ogives nucléaires. Si le nouveau SRBM nord-coréen a un important composant technologique étranger, il est possible qu’il soit lui aussi éventuellement armé d’une petite ogive nucléaire.

La confirmation de l’aide étrangère rendue pour le développement du nouveau SRBM nord-coréen doit probablement attendre la divulgation des dossiers du gouvernement sud-coréen ou américain. Cependant, les relations de longue date entre CASIC et la Corée du Nord en matière de technologie des missiles, ainsi que la similitude du nouveau SRBM avec le CM-401 de CASIC indiquent la possibilité d’un rôle important joué par la Chine dans le développement de ce missile.

Aider la Corée du Nord à obtenir des SRBM dotés d’armes nucléaires pour compléter ses missiles à portée intermédiaire et intercontinentale à propergol liquide serait conforme aux objectifs de la Chine. Le régime chinois est intéressé à créer un conflit entre la Corée du Sud et les États-Unis, à saper la confiance du Japon et de la Corée du Sud dans la garantie de sécurité nucléaire assurée par les États-Unis et d’accélérer la rupture des alliances entre ces pays.

Richard D. Fisher

Richard D. Fisher Jr. est l’analyste principal de International Assessment and Strategy Center et l’auteur du livre China’s Military Modernization: Building for Regional and Global Reach. Cet article est basé sur son rapport écrit pour Geostrategy Direct newsletter.

Le point de vue exprimé dans cet article est celui de son auteur et ne reflète pas nécessairement celui d’Epoch Times.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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