Chine : des millions d’hommes resteront célibataires

Des décennies de politique de l'enfant unique résultent en nette prédominance d'hommes sur le marché chinois de célibataires
25 novembre 2017
Mis à jour: 25 novembre 2017

Pendant des décennies, le régime communiste chinois a strictement appliqué sa politique de l’enfant unique. Les familles qui ne se conformaient pas à cette politique ont été soumises aux lourdes amendes, et les femmes aux avortements forcés et à la stérilisation. En 2016, le régime a permis aux familles d’avoir un deuxième enfant, tout en préservant le contrôle coercitif de l’application de cette limite. Cependant, la nouvelle politique ne peut pas renverser un grave problème social créé par le système de l’enfant unique : un grand nombre de Chinois ne pourront pas trouver d’épouse.

Selon les dernières estimations de la Banque mondiale, la répartition par sexe en Chine est de 115,4 garçons pour 100 filles. Ce déséquilibre est le résultat de la  préférence culturelle des Chinois pour les enfants de sexe masculin.

L’émission de la chaîne de télévision hongkongaise Phoenix Television a annoncé le 13 novembre que l’actuel déséquilibre entre les sexes signifie que plus d’un million de Chinois resteront célibataires pour le reste de leur vie.

Une petite fille à Pékin, le 19 septembre 2012. À la suite de trois décennies de la politique de l’enfant unique, les Chinois âgés font face à une incertitude croissante. En absence d’un système de sécurité sociale adéquat, cette politique fait qu’un enfant devient responsable des vieux jours de quatre grands-parents et de deux parents. (Wang Zhao / AFP / GettyImages)

Les chiffres du régime chinois, publiés en 2012 par le journal officiel Quotidien du Peuple, montraient que la situation était beaucoup plus grave. Il y avait environ 11 959 millions de Chinois célibataires âgés de 30 à 39 ans par rapport à 5,82 millions de Chinoises célibataires du même groupe d’âge. En d’autres termes, seulement dans cette catégorie d’âge, plus de 6 millions de Chinois devront rester célibataires.

Selon l’Académie chinoise des sciences sociales, en 2020, il y aura 24 millions de Chinois seuls à la recherche d’une épouse.

La préférence pour les garçons est une tradition de longue date en Chine. Un garçon peut transmettre le nom de famille (lors du mariage, une fille prend généralement le nom de famille du mari). En outre, dans les zones rurales, les garçons peuvent effectuer les travaux agricoles.

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Lors de l’application de la politique de l’enfant unique, de nombreux parents chinois ont décidé soit d’abandonner leurs filles, soit d’avorter après avoir découvert que leur enfant serait une fille. Selon le site d’information officiel chinois The Paper, au cours des 30 dernières années, plus de 20 millions de filles chinoises ont été portées disparues, suite à un abandon ou à un avortement.

Les femmes fixent un prix élevé

La politique de l’enfant unique a également affecté la façon dont les femmes choisissent leur conjoint. Tenant compte de la forte demande de femmes célibataires, celles-ci sont en mesure de choisir soigneusement leur partenaire. Elles cherchent donc souvent des hommes riches qui possèdent déjà des biens. Ayant grandi comme enfant unique, elles sont aussi habituées à être choyées et gâtées, et elles cherchent la même chose dans une relation.

Selon une étude réalisée en 2016 par le site de rencontres chinois Zhenai, plus de 80 % des femmes seules pensaient qu’un partenaire digne de ce nom devrait gagner un salaire mensuel d’au moins 5000 yuans (environ 650 euros), alors que 67 % trouvaient qu’un homme digne de devenir leur mari devrait gagner mensuellement entre 5000 et 10 000 yuans (environ 650 et 1300 euros). 25 % réclamaient un revenu mensuel d’au moins 10 000 yuans.

D’après le rapport de Goldman Sachs, cité en 2015 dans un article du site d’information Sohu, sur une population de 1,3 milliard d’individus, 150 millions de Chinois gagnaient un revenu mensuel de 6200 yuans (environ 800 euros), soit seulement 11,5 % de la population totale. La moitié de ce groupe d’élite est considérée comme la classe moyenne chinoise, travaillant en tant que fonctionnaires d’État ou employés d’entreprises publiques.

En d’autres termes, les critères des femmes interrogées par Zhenai les mettent hors de portée de la plupart des hommes.

Les effets de ces exigences financières ont été vues en avril dernier avec la rupture de fiançailles dans la province d’Anhui. D’après le reportage de Phoenix Television, une femme enceinte a décidé de se faire avorter après que son projet de mariage est tombé l’eau, son fiancé n’ayant pas pu payer 120 000 yuans (environ 15 650 euros) de dot.

Le mariage en pleine crise

Aujourd’hui, l’institution du mariage est mise à l’épreuve en Chine. Selon les données du ministère chinois des Affaires civiles, seulement 11,43 millions de couples se sont mariés en 2016, soit une baisse de 6,7 % par rapport à l’année précédente. En même temps, le taux de divorce est passé de 1,85 % en 2009 à 3 % en 2016 – une augmentation de 38 % en sept ans.

Alors que la Chine doit faire face à une éventuelle instabilité sociale provenant de l’accroissement du nombre d’hommes seuls, ce qui pourrait amener à l’augmentation de crimes de trafic sexuel ou d’enlèvement de femmes, le régime chinois n’a même pas fait grand-chose pour encourager les gens à rester mariés. De plus, les annonces fréquentes de scandales sexuels parmi les fonctionnaires du Parti communiste chinois (PCC) ont indirectement encouragé les affaires extraconjugales.

En 2015, l’agence de lutte anti-corruption du PCC a découvert un très important commerce de services sexuels en échange de faveurs politiques pour China Unicom, une société de télécommunications d’État.

De nombreux responsables du Parti étaient impliqués dans des pratiques de ce genre, y compris l’ancien patron de la sécurité nationale Zhou Yongkang, qui, selon l’agence officielle Xinhua, avait de nombreuses relations adultères et échangeait ses faveurs contre des services sexuels. En juin 2015, il a été condamné à perpétuité pour corruption.

La crise de l’institution du mariage dans la société chinoise se manifeste, par exemple, dans les mesures que les Chinoises prennent afin de sauver ou, au contraire, de rompre leur mariage.

Shu Xin, le PDG de Weiqing, une entreprise qui propose toute une équipe de « chasseuses de maîtresses », s’adresse à ses collègues lors d’une réunion à Shanghai, le 8 juillet 2016. (Johannes Eisele / AFP / Getty Images)

Afin de sauver leur mariage face à un mari qui les trompe, certaines Chinoises mariées s’inscrivent aux cours spécialisés pour se perfectionner en tant qu’épouse, ou engagent une « chasseuse de maîtresses » pour mettre fin à une relation extraconjugale.

D’autre part, certaines jeunes femmes ayant des possibilités limitées d’améliorer leur vie, s’inscrivent à des cours très spéciaux – consistant à les enseigner comment améliorer leurs compétences de séduction et attraper un homme riche marié.

Frank Fang

Version anglaise : China Has a Bachelor Problem: Millions of Men Will Stay Single for Rest of Their Lives

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