Chine : la désinformation sur l’écologie et le climat

Par Ronald J. Rychlak
14 novembre 2019 Mis à jour: 14 novembre 2019

On parle beaucoup aujourd’hui de fausses nouvelles et de désinformation. Les cibles de la désinformation sont très souvent des personnes ou des choses qui reçoivent des critiques injustifiées. Cependant, la diffamation n’est pas le seul but de la désinformation. Elle peut également servir à présenter des personnes et des choses de manière positive.

Au fur et à mesure que les services de renseignement russo-soviétiques perfectionnaient « l’art » de la désinformation en créant ce qu’ils appelaient eux-mêmes une vraie « science », il leur était tout aussi important de pouvoir présenter d’une manière positive une situation, une entité ou un individu (généralement le dirigeant au pouvoir) que de pouvoir les discréditer.

Il semble que la Chine soit engagée dans un exercice de désinformation similaire, en particulier en ce qui concerne les émissions de dioxyde de carbone (CO2) et le changement climatique. Et cet exercice se poursuit depuis un bon moment.

Déjà, en 2007, réagissant à une déclaration de la Chine qui reprochait aux États-Unis d’être responsables du réchauffement climatique, l’ancien vice-président américain Al Gore a martelé : « Ils ont raison de le dire. » Associated Press a rapporté que M. Gore avait proclamé que « les économies émergentes comme la Chine ont le droit de ne pas lutter contre les émissions de gaz à effet de serre jusqu’à ce que des pollueurs plus riches, comme les États-Unis, en fassent plus pour résoudre ce problème ».

En 2011, lorsque M. Gore s’est prononcé au Forum mondial du développement urbain tenu en Chine, il a félicité le régime communiste chinois de son « succès inhabituel » dans la réduction les émissions de CO2.

En décembre 2017, il a fait l’éloge de la Chine en déclarant que lorsque ce pays, en tant que « premier pollueur mondial, adopte des politiques visant à soutenir l’accord de Paris sur le climat et la transition vers une économie à faibles émissions de dioxyde de carbone, il est clair que nous sommes à un tournant de la crise climatique ».

Selon l’agence officielle chinoise Xinhua, l’année dernière, en Pologne, Al Gore a fait l’éloge des dirigeants chinois dans la lutte contre le changement climatique, affirmant que la Chine est « l’un des rares pays en voie de respecter ses engagements dans le cadre de l’accord de Paris ». Il a poursuivi en expliquant que la Chine avait déjà dépassé certains de ses propres objectifs en matière d’énergies renouvelables. (On trouve plus d’informations sur ces objectifs ci-dessous.)

En 2011, James Hansen, le scientifique à la retraite de la NASA qui a été appelé le « père de la sensibilisation au changement climatique », a qualifié le régime chinois de « meilleur espoir » pour sauver le monde du réchauffement climatique. En 2015, il a de nouveau déclaré qu’il s’attendait à ce que la Chine devienne le leader en matière de réduction des émissions de CO2.

MM. Gore et Hansen sont loin d’être les seuls militants écologistes à avoir lancé des fleurs à Pékin et ils se sont exprimés maintes fois sur ce sujet – leurs quelques citations ci-dessus ne sont qu’un exemple illustrant la façon dont les militants du réchauffement climatique parlent de la dictature communiste qui règne sur la Chine.

Ce qui est stupéfiant dans ce contexte, c’est le fait que, depuis 2006, la Chine a la plus grande empreinte carbone au monde. Selon l’Atlas mondial du carbone, en 2017, la Chine était responsable de 27,2 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone. Elle est également l’un des plus grands émetteurs mondiaux de méthane, un autre gaz à effet de serre. En fait, le méthane est 34 fois plus puissant que le dioxyde de carbone en tant que gaz à effet de serre.

Le problème de la Chine, c’est le charbon. Ce pays est peut-être le plus grand producteur mondial de panneaux solaires, mais beaucoup de ces panneaux sont destinés à l’exportation. La Chine fonctionne au charbon. C’est à la fois le premier producteur mondial et le premier consommateur mondial de charbon, et sa capacité dans ce domaine s’accroît. De 1985 à 2016, le charbon a fourni environ 70 % de l’énergie de la Chine. Bien sûr, cela a coûté cher à l’environnement.

Le charbon produit jusqu’à deux fois plus de dioxyde de carbone que les autres combustibles fossiles. Bien que le régime chinois déclare que la consommation de charbon a diminué depuis 2014, la Chine consomme toujours plus de charbon que tout le reste du monde. En 2017, selon ChinaPower, le charbon assurait plus de 60 % de la consommation totale énergétique du pays.

Cependant, l’année dernière, le régime chinois a approuvé le développement de sept nouvelles mines de charbon. Cela signifie que le pays a rajouté, entre 2017 et 2018, près de 200 millions de tonnes de nouvelles capacités d’extraction de charbon. Puis, cette année, la Chine a alloué des fonds à 17 nouvelles mines de charbon supplémentaires à travers tout le pays. Seulement au cours du premier semestre 2019, les émissions de CO2 de ce pays ont augmenté d’environ 4 %. Pendant la même période, la demande nationale de charbon a augmenté de 3 %, la demande de pétrole a augmenté de 6 % et la demande de gaz, de 12 %.

Bien sûr, le charbon extrait dans une région doit être expédié s’il doit être utilisé dans une autre région. La Chine vient d’inaugurer le chemin de fer Menghua, la plus longue ligne ferroviaire de fret de charbon du pays. Ce chemin de fer, long de plus de 1 600 km, devrait transporter environ 200 millions de tonnes de charbon par an des zones minières du nord du pays vers son centre industriel plus au sud.

Naturellement, une telle expansion de la production et des moyens de transport de charbon n’annoncent rien de bon pour la qualité de l’air en Chine, ce qui représente déjà un problème majeur. Dans un récent sondage parrainé par le journal d’État China Daily, le plus grand nombre de répondants ont déclaré que la pollution était leur principale préoccupation. L’expansion de la production et de la transportation charbonnière suggère également que la Chine n’est peut-être pas le meilleur modèle à suivre lorsqu’il s’agit de la lutte contre les changements climatiques provoqués par l’homme.

Pour que la campagne de désinformation réussisse, les critiques à son égard doivent, évidemment, être supprimées. Récemment, l’Administration météorologique de Chine a émis des règlements interdisant à quiconque, autre que les organismes météorologiques officiels de l’État, de faire des prévisions météorologiques. Les contrevenants sont passibles d’amendes de près de 7 300 euros.

Plus illustratif encore est le destin du film Under the Dome (Sous le dôme) – un long métrage documentaire sur les changements climatiques en Chine, tourné et sorti en 2015 par un ancien journaliste de télévision de Pékin. Des millions de Chinois ont regardé ce film en ligne et ont été témoins de ses critiques à l’égard du régime chinois pour avoir toléré la mauvaise qualité de l’air. Au cours de la semaine qui a suivi la parution de ce film, les principaux sites web chinois l’ont supprimé sous les ordres du département central de Propagande du Parti communiste.

Un débat ouvert – en particulier, les critiques des politiques de l’État-Parti chinois – ne peut être toléré dans le pays. Même les « défenseurs de l’environnement » chinois saluent les « progrès » dans le bilan environnemental de la Chine, ces « progrès » sont bien trompeurs.

En ce qui concerne les « objectifs » de la Chine, il faut noter que Pékin s’est engagé à réduire « l’intensité des émissions de CO2 » sans promettre d’imposer un plafond à ces émissions. En fait, « l’intensité des émissions de CO2 » mesure la quantité de dioxyde de carbone émise par dollar d’activité économique. Ainsi, avec l’accroissement de l’activité économique, plus d’émissions peuvent être justifiées. Les niveaux d’émissions totales pourraient continuer d’augmenter et la Chine atteindrait toujours ses objectifs tant que la croissance économique dépasse ces émissions. Ce n’est pas le genre de promesse que font les pays occidentaux ou qu’on leur demande de faire.

En fin de compte, tout cela n’est qu’un bel exemple de désinformation. La Chine poursuit agressivement son programme économique en utilisant l’énergie la moins chère disponible. Le régime chinois peut toujours prétendre atteindre ses objectifs environnementaux, tandis que les « experts » occidentaux le citent toujours comme un exemple de responsabilité environnementale. Moscou en serait bien fière.

Ronald J. Rychlak est titulaire de la chaire Jamie L. Whitten en droit et administration à l’Université du Mississippi. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont Hitler, the War, and the Pope ; Disinformation (coécrit avec Ion Mihai Pacepa) et The Persecution and Genocide of Christians in the Middle East (coédité avec Jane Adolphe).

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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