La Chine dissimule-t-elle la gravité de l’épidémie du coronavirus?

Par James Gorrie
26 janvier 2020
Mis à jour: 26 janvier 2020

Selon les statistiques officielles chinoises, mises à jour plusieurs fois par jour, 56 personnes sont mortes et plus de 2 000 sont sous observation ou sont tombées malades à cause du coronavirus de Wuhan. C’est plus de deux fois le nombre de personnes infectées signalées la veille.

Dans l’état actuel des choses, ces chiffres porteraient le taux de mortalité à 2 ou 3 %. Comparé au taux de mortalité global de près de 10 % de l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2002-2003, le niveau de létalité de ce nouveau virus semble relativement faible. C’est le narratif des médias officiels de Pékin.

Mais est-ce vraiment le cas ? Les chiffres de Pékin sont-ils exacts ? Probablement pas.

Les chiffres ne tiennent pas la route

Il n’est pas raisonnable de penser que dans une ville de 11 millions d’habitants, où au moins des dizaines de milliers de personnes – et peut-être même des centaines de milliers – ont été exposées au virus chaque jour pendant des semaines, seuls 2 000 cas d’individus infectés se soient manifestés depuis le début de l’épidémie à la mi-décembre.

Pendant plus d’un mois depuis les premiers cas déclarés, des personnes ont voyagé à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de Wuhan sans aucune précaution mise en place par les autorités chinoises. Ce n’est que le 20 janvier que la Chine a reconnu que le virus se transmet facilement par contact entre humains.

Mais en même temps, les autorités médicales chinoises, comme Wang Guangfa, un spécialiste des maladies respiratoires de Pékin, insistent sur le fait que même si le virus peut infecter une personne par des contacts avec les fluides oculaires, l’effort contre la contagion à Wuhan a été effectué « rapidement et efficacement ».

Ce n’est tout simplement pas crédible. Une déclaration politiquement correcte aussi flagrante contredit la réalité de la mondialisation de l’épidémie.

D’autres pays étaient informés

Pendant ce temps, d’autres nations se sont occupées à préparer l’arrivée de l’épidémie, qu’elles savaient imminente.

Ces nations disposaient-elles d’informations différentes de celles transmises par les autorités chinoises ? Des informations ont-elles été cachées à Pékin ? La réponse, bien sûr, est « non ».

Le scénario le plus réaliste est probablement celui évoqué dans un article du site d’informations Daily Beast, qui affirme que le nombre de personnes infectées se chiffrait en milliers il y a déjà plusieurs jours. Cela a beaucoup plus de sens d’un point de vue statistique. Ce que nous savons déjà sur la durée d’incubation – environ deux semaines – semblerait montrer que les chiffres du Parti communiste chinois (PCC) sont des mensonges.

Le 21 janvier, le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) des États-Unis, basé à Atlanta, a annoncé que « la facilité avec laquelle ce virus se propage entre les gens n’est pas claire ». C’est une déclaration très modérée. Mais le CDC a également déclaré que « la situation évolue rapidement ».

Totalement sous contrôle ?

L’affirmation du président Trump selon laquelle les États-Unis ont le virus « totalement sous contrôle » est au mieux malavisée. Dans le monde réel, combien d’autres situations « en évolution rapide » sont réellement « sous contrôle » ? Peu.

Les incendies de forêt non maîtrisés, par exemple, sont des « situations en évolution rapide », tout comme les révolutions politiques comme celle qui se produit à Hong Kong. Pour aller plus loin, ni ces événements, ni les actions imprévisibles qui se produisent dans le feu de l’action, ni la propagation précoce et incontrôlée d’une nouvelle souche d’un virus hautement contagieux ne peuvent être décrits comme étant « sous contrôle ».

En fait, contrairement à ce que disent les organes de presse officiels du PCC, la contagion est loin d’être maîtrisée. Le fait qu’elle s’étende rapidement à d’autres régions du monde en est la preuve évidente.

La dictature, facteur aggravant

Pourquoi, alors, le PCC a-t-il attendu cinq semaines avant de prendre des mesures de précaution ?

Tout le monde connaît la réponse. Le régime chinois a minimisé la menace et a menti sur le nombre de personnes touchées par la maladie ou la mort pour préserver l’illusion qu’il contrôle la situation. Au vu des échecs de l’année 2019, il ne peut se permettre de paraître pire qu’il ne l’est déjà.

La leçon à tirer de cette épidémie potentiellement mondiale est de nature politique et idéologique. La règle du parti unique, avec le besoin inhérent de toujours être considéré comme la force sage et directrice du pays, est déjà assez mauvaise. Des erreurs horribles sont commises, et pourtant les membres du Parti communiste sont rarement tenus pour responsables. Mais si quelqu’un est blâmé, il est utilisé comme bouc émissaire pour apporter au public la satisfaction que justice a été faite, tout en exonérant le Parti de toute culpabilité.

Mais lorsqu’un seul homme dirige une nation, il prend chaque décision de manière personnelle et, par conséquent, voit chaque conséquence lui être attribuée. Il est donc risqué de dire la vérité. Quel conseiller voudrait subir les conséquences d’annoncer au tout-puissant dirigeant la très mauvaise nouvelle d’une épidémie de virus en plus de l’effondrement de l’économie nationale ?

Une telle incompétence et la crainte d’être perçu comme incompétent ne sont pas nouvelles ; c’est en fait la procédure de fonctionnement standard du PCC depuis sa création.

La peste porcine africaine comme premier indicateur

Prenez l’épidémie de peste porcine africaine (PPA) de 2019, par exemple. Les autorités chinoises savaient que, le porc étant un aliment de base en Chine, une maladie aussi hautement contagieuse se propagerait et menacerait l’approvisionnement alimentaire du pays si elle n’était pas contenue rapidement et complètement. Pourtant, Pékin n’a pas agi pour arrêter la propagation de la maladie.

C’est tout le contraire qui s’est produit. Des messages officiels rassurants ont été émis,  pendant trop longtemps, alors le régime chinois ne préparait que peu de protections concrètes contre l’épidémie. Au fur et à mesure que la situation s’est aggravée, il s’est contenté de censurer ce qui se passait. Le résultat est la pénurie alimentaire et l’inflation des prix que la population chinoise subit aujourd’hui. Pourtant, pendant tout ce temps, la ligne officielle du parti a été que l’épidémie de peste porcine africaine était sous contrôle.

De meilleures nouvelles ?

Mais la bonne nouvelle, c’est que le régime chinois agit enfin. À partir du 23 janvier, la ville de Wuhan a été mise en quarantaine. Tous les transports publics entrant et sortant de la ville ont été arrêtés. Plus drastique encore, les autorités chinoises ont étendu leur quarantaine à au moins douze villes supplémentaires.

De plus, les célébrations du Nouvel An lunaire chinois, la plus grande fête et la plus grande période de shopping de l’année, ont été annulées. Cela n’empêchera pas tous les voyages à l’intérieur et à l’extérieur de la Chine, mais au moins des mesures sont prises.

Bien sûr, tout aurait dû commencer bien plus tôt. Malheureusement, la maladie s’est déjà répandue bien au-delà de la Chine, à Singapour, en Thaïlande, au Japon, en Corée du Sud, au Vietnam, en Arabie Saoudite, en Inde et, dernièrement, en Écosse et en France.

L’infection par le coronavirus est risquée, mais il est clair que les risques liés au virus politique de la domination d’une nation par un seul homme sont bien pires.

James Gorrie est un écrivain et un conférencier basé en Californie du Sud. Il est l’auteur de The China Crisis.

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