La Chine exerce une influence plus large sur les ressources naturelles du Zimbabwe

Par Andrew Mambondiyani
3 août 2019 Mis à jour: 20 septembre 2019

MUTARE, Zimbabwe – Le président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, courtise des investisseurs chinois alors que la province chinoise du Zhejiang s’engage dans un accord de partenariat avec deux provinces du Zimbabwe.

Les experts craignent toutefois que le gouvernement zimbabwéen n’accorde à la Chine un trop grand contrôle sur les ressources naturelles du pays.

Emmerson Mnangagwa a déclaré à une délégation d’hommes d’affaires chinois, en visite pour trois jours en juillet au Zimbabwe, qu’il était ravi que l’intérêt des responsables chinois pour le pays se soit étendu au-delà des investissements dans les zones urbaines traditionnelles.

La délégation chinoise était organisée par Ge Huijun, le président du comité provincial du Zhejiang de la Conférence consultative politique du peuple chinois.

Le président Mnangagwa a déclaré : « Le jumelage [de la province du Zhejiang] avec plusieurs provinces de notre pays contribuera grandement à accélérer le développement de toutes les régions de notre pays. » Ce jumelage [avec la province du Zhejiang] comprend les provinces zimbabwéennes de Mashonaland occidental et Matabeleland Nord, au nord et à l’ouest du pays, respectivement.

Soupçonnant une possible relation prédatrice, les experts sonnent l’alarme sur l’exploitation et la colonisation potentielles de l’Afrique par la Chine par le biais de ce qu’on a appelé la « diplomatie de la dette piégée ».

Prêts suspects

Un rapport de Green World Warriors – un réseau de militants écologistes – révèle que la Chine est devenue « non seulement le plus grand partenaire commercial en Afrique, mais aussi l’un des plus grands prêteurs », accordant des prêts pour les infrastructures ferroviaires et routières et pour les stades – quoique bon nombre de ces prêts ne devraient pas être rentables pour la Chine.

« Lorsque ces projets ne respecteront pas les conditions du prêt, la Chine sera alors en mesure de contrôler et d’utiliser ces projets dans son propre intérêt. Cette tactique, connue comme la diplomatie du piège de la dette, est utilisée partout dans le monde [par la Chine] », affirme le rapport.

Et selon le journal en ligne New Zimbabwe, le gouvernement zimbabwéen a également offert 1 200 hectares de terres à Victoria Falls – l’une des merveilles naturelles du monde – pour attirer les investisseurs chinois dans le secteur touristique du pays.

Tongoona Chitando, responsable des affaires commerciales auprès de l’Autorité des zones économiques spéciales du Zimbabwe, a déclaré à la délégation chinoise que le pays avait des terrains réservés aux hôtels, aux terrains de golf, aux services financiers et aux centres touristiques.

Linda Masarira, la présidente du Labour, Economists, and African Democrats (LEAD) (Photo : avec l’aimable autorisation de Linda Masarira)

Toutefois, Linda Masarira, présidente du Labor, Economists, and African Democrats (LEAD), un parti politique nouvellement formé au Zimbabwe, a déclaré que l’accord de jumelage entre les provinces n’était pas une bonne idée, car il ne profitera pas aux Zimbabwéens ordinaires.

« Il est nécessaire de connaître le motif de l’arrangement. Compte tenu du fait que le gouvernement zimbabwéen est désespéré, le motif pourrait être néfaste pour les Zimbabwéens », a déclaré Linda Masarira à Epoch Times.

« Les conditions de l’arrangement devraient être de préoccupation primordiale. En gros, c’est vendre le Zimbabwe et notre héritage. »

Avantages mutuels ?

Le gouvernement zimbabwéen offre des incitations aux investisseurs chinois, notamment des exonérations fiscales de cinq ans, l’exonération des droits d’importation sur les biens d’équipement et des procédures d’enregistrement faciles dans les zones économiques spéciales du pays.

Mais la présidente Masarira s’est demandé si le Zimbabwe avait la capacité financière et physique d’explorer les opportunités en Chine – et si les autorités chinoises permettraient même aux Zimbabwéens d’explorer le pays asiatique de la même manière que les Chinois exploiteront les ressources du Zimbabwe.

Elle a souligné que la Chine bénéficierait de l’ivoire, des diamants et de l’or de la province du Matabeleland Nord, et de l’or et des diamants de la province du Mashonaland occidental, alors que les Zimbabwéens n’obtiendraient rien de valeur égale de la Chine.

« Comment le Zimbabwe contrôlera-t-il les Chinois ? Compte tenu de la situation actuelle où les autorités zimbabwéennes n’ont pas réussi à contrôler les Chinois, avec l’implication actuelle de plus de liens diplomatiques,[le] gouvernement zimbabwéen ne contrôlera pas les Chinois »,  a-t-elle martelé.

Ge Huijun, le chef de la délégation chinoise, a été cité dans le journal public zimbabwéen The Herald comme ayant déclaré que le Zimbabwe était un partenaire important de la Chine en Afrique, car les deux pays entretiennent une amitié historique.

« Actuellement, la relation est à sa meilleure période. Guidé par l’ambition et le leadership politique du président Xi Jinping et de Son Excellence le président Mnangagwa, l’échange entre la province du Zhejiang et le Zimbabwe est de plus en plus approfondi », a déclaré M. Ge.

Mais Mme Masarira a fait remarquer que certaines entreprises chinoises opérant au Zimbabwe échappaient déjà frauduleusement à l’impôt et au système bancaire.

« Comment le Zimbabwe va-t-il les contrôler dans ces provinces ? », s’interrogeait-elle. « Les partenariats doivent être sincères, dans une position de force et non de mendicité, et il ne doit y avoir aucune menace à notre souveraineté en tant que nation et aucun individu ou groupe local ne doivent être lésés. »

Au Zimbabwe, certaines entreprises chinoises ont acquis une certaine notoriété pour avoir violé les lois locales, principalement les lois du travail et les lois environnementales.

Face à une mise en coupe délibérée, un expert des relations sino-zimbabwéennes, Francis Danha, a déclaré plus tôt cette année à Epoch Times que les journalistes devraient recueillir des preuves de l’influence chinoise et des activités malhonnêtes dans le pays et les mettre au grand jour.

« Nous avons besoin d’un journalisme actif qui décrit clairement les activités [des entreprises chinoises] et qui dénonce la pourriture. Comme la Chine moderne révèle maintenant une conscience nouvelle et une plus grande sensibilité à la publicité, elle est prompte à reculer devant les sales coups qui sont clairement dénoncés », selon Francis Danha, dirigeant du Mouvement pour la liberté de 1980, parti politique d’opposition.

« L’hypocrisie chinoise mérite un volume de journalisme d’investigation exhaustif. »

 

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