La Chine exploite Facebook et Twitter pour diffuser sa campagne de désinformation concernant le Xinjiang

Par Frank Fang
13 avril 2021
Mis à jour: 15 avril 2021

Selon un récent rapport, le régime communiste chinois est devenu plus actif sur Twitter et Facebook pour diffuser sa propagande et sa désinformation visant à passer sous silence la condamnation internationale de ses persécutions contre les Ouïghours et les autres minorités du Xinjiang.

Selon un rapport publié le 30 mars par le groupe de réflexion Australian Strategic Policy Institute (ASPI), cette campagne de désinformation a été menée conjointement par des responsables du Parti communiste chinois (PCC), les médias publics chinois et des acteurs en ligne favorables au PCC.

Le PCC commet un génocide contre les Ouïghours dans la région du Xinjiang, à l’extrême-ouest de la Chine, en les soumettant à la stérilisation forcée, l’avortement forcé, la torture, le travail forcé et le retrait des enfants de leurs familles. De plus, le régime communiste a détenu plus d’un million de Ouïghours dans des camps d’internement.

Pékin a défendu ces camps, les qualifiant de « centres de formation professionnelle ». Lors du point de presse quotidien du 31 mars, Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré que l’accusation de génocide était une « allégation dénigrant la politique ethnique de la Chine ainsi que le développement et les progrès du Xinjiang ».

Si les responsables du PCC et les médias publics chinois peuvent diffuser ouvertement leurs messages sur Facebook et Twitter, les citoyens chinois ordinaires n’ont pas accès à ces plateformes, qui sont toutes deux interdites par le régime.

Facebook et Twitter

Le rapport explique que les diplomates chinois et les comptes des médias publics citaient le Xinjiang environs 250 fois par mois, voire un peu moins, sur Facebook et Twitter avant 2019. Depuis, et ce sur les deux plateformes, le nombre de fois où il a été fait allusion au Xinjiang a augmenté de manière drastique, atteignant en 2020 les 750 mentions par mois.

Le rapport passe au crible non moins de 272 875 posts publiés sur Facebook et 958 416 tweets entre le 1er janvier 2014 et le 1er février 2021 ; ainsi que les contenus comportant des hashtags liés au Xinjiang sur TikTok, la plateforme de partage de vidéos en vogue appartenant à la société ByteDance, basée à Pékin.

Pékin a eu plus de succès sur Facebook que sur Twitter. Selon le rapport, les comptes Facebook des médias publics chinois – notamment la chaîne internationale de CCTV nommée CGTN, le China Daily, le Global Times et le Quotidien du peuple – ont systématiquement atterri dans le top 10 des comptes ayant le plus de likes sur leurs publications mentionnant le Xinjiang de 2018 à 2020.

Le rapport indique que pour l’année 2020, les posts Facebook de CGTN mentionnant le Xinjiang ont totalisé plus de 5,78 millions de likes. Ceci représente une augmentation d’environ 2,9 millions en comparaison à 2019. En 2018, il n’y avait que 414 067 likes.

Même tendance pour Le Quotidien du peuple, selon le rapport, qui comptabilisait 183 040 likes en tout pour ses publications Facebook mentionnant le Xinjiang en 2018 ; un nombre qui est passé à plus de 1,68 million en 2020.

Dans le but de remodeler la couverture internationale des évènements, Pékin fait passer différents types de propagande sur Facebook et Twitter. Il s’agit généralement d’affirmer que les médias et organismes occidentaux ne sont pas indépendants, qu’ils sont liés aux forces anti-chinoises qui mènent une campagne de dénigrement. Il s’agit également de publier des articles sur la façon dont les Ouïghours « soutiennent » les politiques du PCC au Xinjiang.

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Par exemple, à la mi-mars, Zhao Lijian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a partagé sur Twitter une vidéo Douyin (Douyin est le nom de la version chinoise de TikTok) montrant des habitants du Xinjiang menant une vie « paisible ».

Sur TikTok, le rapport a révélé qu’une vidéo portant la description « Ouïghour libre » et 2 831 likes était classée 129e sur la page hashtag Xinjiang en mars. Dans le même temps, trois vidéos montrant les magnifiques paysages du Xinjiang ont été classées dans le top 10 alors qu’elles comptaient moins de 600 likes chacune.

Les médias marginaux

Le rapport de l’ASPI révèle également que les médias publics et les diplomates chinois « mobilisent des médias marginaux », tandis que les acteurs pro-PCC « amplifient » les comptes de médias sociaux affiliés à l’État chinois. L’un de ces médias était le site d’information américain The Grayzone.

Selon le rapport, les médias marginaux sont « des sources médiatiques qui peuvent manquer de politiques éditoriales et de pratiques journalistiques clairement définies, comme le fait de distinguer les informations des opinions ».

The Grayzone, créé par un journaliste américain, se décrit comme « un site d’information indépendant produisant un journalisme d’investigation original sur la politique et l’empire américain ».

Le rapport a découvert que The Grayzone a été cité en anglais au moins 253 fois par CGTN, Global Times et l’agence de presse Xinhua, et 61 autres fois dans des articles du Quotidien du peuple en ligne entre décembre 2019 et février 2021.

En mars 2020, Hua Chunying, la directrice adjointe du département de l’information du ministère des Affaires étrangères, a pris la parole sur Twitter pour accuser des responsables américains non nommés de « salir la Chine » avec leurs propos sur le Xinjiang, tout en partageant sur Twitter un article du The Grayzone. Elle a ajouté que leurs remarques constituaient « le mensonge du siècle ».

Le rapport nous prévient que certaines organisations médiatiques marginales « sont vulnérables à la manipulation ».

« Cela inclut la manipulation par les médias d’État des pays autoritaires, qui trouvent leur contenu utile pour créer la perception qu’il existe des évaluations ‘indépendantes’ favorables à leurs intérêts. »

YouTube 

Le rapport de l’ASPI a également constaté que les autorités du Xinjiang ont confié leur campagne de désinformation à une société appelée Changyu Culture, qui a commencé à télécharger des vidéos sur sa chaîne YouTube en septembre 2020. Il s’est avéré que cette société était affiliée au Département du travail du Front uni (UFWD) du PCC.

L’UFWD est une agence exécutive du PCC à l’origine des efforts du « front uni » de Pékin visant à persuader des organisations ou des individus de diffuser la propagande du Parti à l’intérieur et à l’extérieur de la Chine. En octobre 2020, le ministère des Affaires étrangères américain a désigné la National Association for China’s Peaceful Unification, basée à Washington et contrôlée par l’UFWD, de succursale en mission à l’étranger repérable par son « influence néfaste » aux États-Unis.

Selon le rapport, de nombreuses vidéos YouTube de Changyu Culture présentent des biographies positives de Ouïghours censés fréquenter les « centres de formation professionnelle » du Xinjiang.

Le rapport indique que les médias publics chinois China.org.cn et le China Daily ont partagé les vidéos de Changyu Culture sur leurs sites internet et leurs pages Facebook.

Les messages diplomatiques et médiatiques du PCC sont liés à l’objectif du Parti d’améliorer l’ainsi nommé « pouvoir du discours », conclut le rapport, afin de « gagner la faveur du public occidental et de détourner et déformer les enquêtes sur les violations des droits de l’homme au Xinjiang menées par la société civile internationale ».

La quête d’un « pouvoir du discours » est un concept (récent et souvent appliqué à la Chine par les observateurs) selon lequel un pays peut renforcer son influence géopolitique en faisant passer ses concepts et ses idées pour, finalement, s’accaparer du pouvoir de dicter les règles et les systèmes sur lesquels reposent l’ordre mondial. 

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