De nombreux Chinois vivent dans la culture de la peur, déclare une reine de beauté

Par Melanie Sun
27 août 2019 Mis à jour: 31 août 2019

Elle a été acclamée par les médias d’État chinois telle une vedette internationale après avoir gagné le titre de Miss Monde Canada. Cette Canadienne, née en Chine, a pourtant vu son père perdre son gagne-pain en Chine, car elle ne pouvait pas rester silencieuse face aux violations des droits de l’homme dans son pays natal.

Anastasia Lin travaille actuellement au Centre for Independent Studies, un groupe de réflexion australien, en tant que chercheuse invitée, pour un mois.

La jeune femme de 29 ans, décrite dans un éditorial du Globe and Mail comme « la reine de beauté qui fait fuir la Chine », a révélé dans un entretien exclusif que de nombreux Chinois du monde entier lui ont dit qu’ils craignaient d’être persécutés par leurs compatriotes de Chine continentale, notamment par leurs propres proches, en raison de la peur que le Parti communiste chinois instaure dans l’esprit des Chinois.

Elle explique que les communistes en Chine ont travaillé d’arrache-pied pour créer une « peur très artificielle » parmi la population, ce qui a conduit de nombreux Chinois du continent à se sentir « obligés de persécuter » les personnes qui tiennent tête aux dirigeants.

« Vous avez l’obligation de suivre la ligne du Parti et de réprimer vos compatriotes chinois », a déclaré Mme Lin dans une interview accordée au groupe de réflexion du Menzies Research Centre.

Elle a donné l’exemple de ce qui est arrivé à une lycéenne d’Adélaïde, en Australie.

« Elle m’a dit que lorsque son père est retourné en Chine, la police est allée ‘prendre le thé avec lui’ – car sa famille s’exprime plutôt ouvertement en Australie.

« Être invité à ‘prendre le thé’ est une façon chinoise de dire que vous êtes menacé par la police lors d’un entretien privé », a-t-elle expliqué. « Ils lui ont dit que s’il continue à parler publiquement de choses que le régime chinois n’aime pas, sa fille (…) pourrait voir sa demande d’inscription à l’université d’Adélaïde refusée. C’est arrivé ici, en Australie.

« Malheureusement, certaines universités australiennes plient devant Pékin, étouffant la liberté d’expression, muselant les orateurs que le régime chinois considère comme ‘sensibles’ et n’assurent pas à ses étudiants un environnement leur permettant d’étudier les disciplines pour lesquelles ils viennent ici », affirme-t-elle.

Anastasia Lin a dit qu’elle connaissait très bien la tendance à l’intimidation du Parti communiste chinois.

Son père, qui était un homme d’affaires très prospère en Chine, a exigé qu’elle cesse de parler publiquement des violations des droits de l’homme en Chine après qu’elle eut remporté le titre de Miss Monde Canada à Vancouver en 2015.

« Cesse de faire ça, tu vas ruiner la famille », a-t-il dit à sa fille, lui faisant comprendre qu’il était menacé par la police.

« Quand j’ai remporté le titre et que les médias chinois en ont parlé positivement, des gens de toute la Chine envoyaient [à mon père] des messages de félicitations », se souvient-elle. « Les médias chinois l’ont même interviewé et ont parlé de lui comme d’un père merveilleux qui a élevé une fille extraordinaire. »

Anastasia Lin, élue Miss Monde Canada, s’adresse aux journalistes lors d’un événement en son honneur au Spoke Club, au centre-ville de Toronto, le 15 décembre 2015. (Matthew Little/Epoch Times)

Mais quand son père a menacé de la renier, Anastasia Lin a dit qu’une chose est devenue très claire pour elle : le régime chinois utilisait « la même tactique qu’ils utilisaient durant la Révolution culturelle sur les familles qui se ont brisées, sur la société qui s’est écroulée, sur l’ennemi public qui a été exécuté (…) c’est une chose horrible ».

« Je pense que ce que les communistes [essayaient] de faire, c’est de couper [les liens familiaux], cet instinct très fondamental chez l’être humain. Et c’est exactement ce qu’ils essayaient de me faire. »

Miss Monde Canada a dit qu’après un examen de conscience, elle avait compris que les actions de son père étaient motivées par la peur. C’est alors qu’elle a décidé qu’elle ne voulait pas répéter ce que la génération précédente avait fait, et qu’elle allait écouter sa propre voix.

« J’avais l’impression qu’après avoir pris cette décision, je me rapprochais de plus en plus de la façon dont je veux vivre en tant qu’être conscient », confie-t-elle.

Anastasia Lin sur une image fixe tirée du film Badass Beauty Queen. (Avec l’autorisation de Lofty Sky Entertainment)

Selon Mme Lin, cette situation tragique est la même que celle à laquelle sont confrontées de nombreuses familles chinoises dans le monde.

« Ils s’en servent comme d’une arme », a-t-elle dit au sujet du régime, « pour créer de la peur entre Chinois. Ils contrôlent la Chine par le mensonge et la manipulation ».

Manipuler la population

Mme Lin déclare que les événements récents de l’histoire chinoise, comme la Révolution culturelle, ont « induit en erreur et manipulé » les Chinois du continent. Elle s’en est rendu compte une fois arrivée au Canada à 13 ans, alors qu’elle avait grandi dans la province de Hunan, en Chine.

« Je ne suis pas raciste », explique-t-elle. « Imaginez qu’un animal vraiment magnifique soit tout à coup forcé de passer en ‘mode combat’ et qu’il soit dépouillé de toute l’élégance naturelle avec laquelle il est né », dit-elle, après avoir réfléchi à sa vie en Chine continentale. Anastasia Lin elle-même avait été une jeune leader communiste en Chine, chargée de superviser ses camarades de classe pour qu’ils regardent des vidéos de propagande obligatoires et répètent les slogans du Parti communiste.

Mais elle a dit qu’après son arrivée au Canada, elle a remarqué une grande différence entre les Chinois de Chine continentale et ceux du reste du monde.

Anastasia Lin et sa mère pendant la remise des diplômes de Mme Lin au Canada. (Avec l’aimable autorisation d’Anastasia Lin)

« Quand j’ai visité Taïwan, j’ai vu les fonctionnaires taïwanais, la façon dont ils se comportaient (…) tout à coup, j’ai ressenti cette joie », a-t-elle avoué. « C’était presque comme si j’avais été témoin de ce que pourrait être la Chine si les communistes n’étaient plus au pouvoir. Il y a cette douceur, cette grâce que nos ancêtres nous ont transmise.

« Dans le passé, parce que les Chinois croyaient dans le divin, nous étions proches des divinités, tandis que le communisme est, bien sûr, athée. Ainsi, pour eux, la croyance traditionnelle elle-même est le plus grand ennemi du Parti communiste parce que c’est un obstacle pour obtenir le contrôle total sur l’esprit et le cœur des citoyens chinois.

« C’est pourquoi la révolution culturelle n’était pas un accident ; ce n’était pas une erreur stratégique de Mao. C’était une élimination délibérée du plus grand ennemi du Parti communiste chinois. »

Anastasia Lin a ajouté qu’à son avis, la différence entre la Chine et l’Occident ne provient pas du fait que les Chinois ne veulent pas – ou qu’ils ne chérissent pas – la liberté.

« En Chine, nous aussi, nous voulons la liberté. Mais elle n’est pas là ; elle nous a été enlevée par le Parti communiste chinois. C’est la différence. »

Elle a encouragé l’Occident à ne pas tenir la liberté pour acquise. Sinon, nous devrons peut-être nous battre pour elle, comme les manifestants à Hong Kong.

« C’est le privilège que nos ancêtres (…) nos grands-pères et nos pères ont acquis, et nous vivons dans une société où nous pouvons être libres. Ne le prenez pas pour acquis. »

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