La Chine introduit les scanners faciaux obligatoires pour les utilisateurs de téléphone

Par Nicole Hao
4 décembre 2019 Mis à jour: 4 décembre 2019

Le régime chinois a introduit des scanners faciaux obligatoires pour les personnes cherchant à ouvrir un nouveau compte téléphonique – une nouvelle mesure dans le cadre du renforcement du contrôle du cyberespace par Pékin.

Depuis le 1er décembre, les opérateurs de télécommunications sont tenus de recueillir les empreintes visuelles des personnes qui souhaitent acquérir un nouveau numéro de téléphone portable ou fixe. Ce règlement a été annoncé au mois de septembre par le ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information (MITI).

La nouvelle exigence est une mise à jour d’un règlement antérieur de MITI qui, à compter de janvier 2015, obligeait tous ceux qui voulaient obtenir un téléphone portable ou un numéro de téléphone fixe de présenter une pièce d’identité valide et de fournir des informations personnelles.

Le nouveau règlement a été critiqué pour ses intentions orwelliennes, tandis que la sécurité des données biométriques collectées a également suscité des préoccupations.

Le scanner facial

Un représentant du service clientèle de China Unicom, une entreprise publique de télécommunications, a expliqué à l’AFP le 1er décembre que le nouveau règlement pourrait obliger un client « à s’enregistrer en tournant la tête et en clignant des yeux ».

Un résident de Pékin, surnommé Chen, qui a visité un magasin China Mobile dimanche passé, a précisé à Epoch Times que cette procédure n’était pas aussi simple qu’une prise de photo portrait.

« La carte d’identité chinoise contient une puce… Ils [le personnel de China Mobile] ont mis ma carte dans le lecteur de carte d’identité et m’ont indiqué de quelle façon je devais me poser », a déclaré Chen. « Ce n’est pas facile. J’ai essayé trois ou quatre fois avant de pouvoir finalement passer le test. »

« Au début, j’ai dû cligner des yeux de façon exagérée [devant la caméra]. Puis, j’ai ouvert la bouche. Finalement, j’ai dû tourner la tête vers la gauche, puis, lentement, vers la droite », a-t-il précisé.

« Ils [le personnel] ont dit que c’est obligatoire. Les poses ne devront peut-être pas suivre la même séquence chaque fois, mais nous [les clients] devrons suivre les instructions. »

Après que Chen a complété le scanner facial et rempli un formulaire avec ses données personnelles, le personnel de China Mobile lui a donné un nouveau numéro de téléphone portable et une carte SIM.

Selon le nouveau règlement, les utilisateurs ne sont pas autorisés à transférer ou à revendre leurs cartes SIM à une autre personne. Les entreprises de télécommunications doivent également vérifier que leurs clients ne possèdent pas de numéros de téléphone enregistrés sous d’autres noms.

La surveillance

De nombreux résidents et experts chinois ont exprimé leurs préoccupations au sujet de la nouvelle exigence, affirmant qu’elle faisait partie des plans du régime qui vise à contrôler ses citoyens en les surveillant à grande échelle.

« Le système de reconnaissance faciale fait très peur. Après l’installation du réseau 5G [nouvelle génération de la technologie de communication sans fil] dans la plupart des régions du pays, ils [le gouvernement] peuvent vous trouver n’importe quand », a déclaré à Radio Free Asia un homme surnommé Wang, de la ville de Nanjing dans l’est de la Chine.

M. Wang a ajouté que deux de ses nouveaux collègues avaient fait une demande pour de nouveaux téléphones portables et ont été soumis à un scanner facial.

Le 1er décembre, Jeffrey Ding, chercheur sur l’intelligence artificielle chinoise à l’Université d’Oxford, a indiqué à la BBC que si l’objectif déclaré de cette nouvelle mesure était le renforcement de la cybersécurité et la réduction de la fraude, elle permettait également au régime de mieux surveiller sa population.

« Elle est liée aux efforts centralisés visant à surveiller tout le monde », a-t-il martelé.

Le 30 novembre, le magazine financier chinois Caixin a rapporté que des caméras de reconnaissance faciale ont été installées dans de nombreux endroits et entreprises à travers tout le pays et qu’elles sont utilisées « pour effectuer des paiements, pour enregistrer la présence sur le lieu de travail et pour prendre le métro ».

Ce reportage donne l’exemple d’un bâtiment résidentiel dans le district de Changning, à Shanghai. Les résidents ont vu un ouvrier poser une annonce publicitaire dans les ascenseurs. L’ouvrier leur a confié : « C’est une pub, mais une caméra de reconnaissance faciale y est installée. »

Selon les médias d’État chinois, l’Université pharmaceutique chinoise de la ville de Nanjing a installé en août des caméras de reconnaissance faciale dans chaque classe afin de surveiller les étudiants en temps réel. Ces caméras, expliquent les reportages, peuvent même détecter quand un élève s’endort, est distrait ou n’écoute pas l’enseignant.

D’après le rapport de 2019 sur le marché chinois de l’identification faciale – le rapport de l’Institut de recherche industrielle de Zhongshang, l’une des plus grandes sociétés de conseil industriel de Chine – en 2018, le régime chinois a acheté pour plus de 10 milliards de yuans (1,3 milliard d’euros) d’équipement de reconnaissance faciale. Le rapport prévoit que le marché de cet équipement sera évalué à environ 12 milliards de yuans (1,6 milliard d’euros) en 2019.

Depuis plusieurs années, l’État-Parti chinois utilise des systèmes de reconnaissance faciale pour surveiller la population. Bien que ces systèmes aient aidé les autorités à traquer les criminels et les dissidents, elles facilitent également la mise en œuvre du système de crédit social imposée par Pékin.

Le système de crédit social vise à surveiller constamment le comportement de chaque individu et entreprise en Chine par voie électronique, par des caméras de surveillance et des techniques de reconnaissance faciale. Les courriels, les transactions en ligne, les tweets et les posts de chacun, les allées et venues, si les rues sont traversées au bon ou mauvais endroit, les choix de lecture et les amis, tout cela entre dans une base de données centralisée où un algorithme informatique lui attribue une « note de crédit social » qui est continuellement mise à jour.

Ceux qui obtiennent de bonnes notes bénéficient d’un traitement préférentiel de la part de l’État dans les domaines de l’éducation, de l’emploi, des voyages et du crédit. Ceux qui ont des notes pas trop bonnes se heurtent à des restrictions même dans leur vie quotidienne – interdiction de voyage en transports publics, de réservation d’hôtels, etc. Ceux dont les notes sont mauvaises sont considérés comme une menace pour l’État de Parti unique. Ils risquent d’être arrêtés à titre préventif et envoyés pour « rééducation » dans des établissements pénitenciers.

La sécurité des données

La sécurité des données biométriques recueillies par les caméras de reconnaissance faciale a également suscité des inquiétudes.

Le 11 septembre, le quotidien de l’État chinois Beijing Youth Daily a rapporté que son journaliste, se faisant passer pour un client en ligne, a réussi à acheter dans une boutique en ligne des données personnelles d’environ 2 000 personnes.

Selon ce reportage, les données comprenaient des renseignements personnels ainsi que 50 à 100 photos de chaque personne.

Le journaliste a ensuite contacté l’une des personnes dont les données personnelles avaient été divulguées – un médecin de la province du Guangxi, surnommé Li.

« M. Li était outré d’apprendre que ses photos et ses données faciales avaient été vendues en ligne. Il a déclaré qu’il n’avait jamais autorisé qui que ce soit à collecter ses données personnelles ni à les vendre », a précisé le reportage.

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