Coronavirus: le régime chinois menace de prison les internautes diffusant des informations sur les médias sociaux concernant l’épidémie de Wuhan

Par Olivia Li
29 janvier 2020 Mis à jour: 29 janvier 2020

L’épidémie de coronavirus de Wuhan a fait prendre conscience à de nombreux Chinois du continent que le Parti communiste chinois (PCC) et ses porte-paroles dans les médias ne disaient pas la vérité ou ne disaient pas tout sur l’épidémie. Mais les utilisateurs des médias sociaux de Wuhan, en particulier les médecins et les infirmières, partagent leurs expériences et publient des vidéos sur les médias sociaux pour alerter le monde de la situation réelle – ce que les autorités trouvent très embarrassant.

Selon Xinhua News, le principal journal du régime chinois, WeChat a publié une notification le 25 janvier annonçant de nouvelles réglementations et des sanctions pour « ceux qui répandent des rumeurs sur la nouvelle forme de pneumonie ».

« De nombreux commentaires sans fondement publiés sur Internet suscitent constamment la panique du public », selon WeChat (le média social le plus populaire de Chine). « Tous ceux qui diffusent de fausses nouvelles et perturbent ainsi l’ordre social risquent jusqu’à trois ans de prison, de détention ou de mesures disciplinaires. Ceux qui ont causé des conséquences graves seront condamnés à des peines de prison allant de 3 à 7 ans ».

Le message indiquait également que WeChat travaillait désormais avec une « agence de lutte contre les rumeurs » pour réfuter et supprimer toute rumeur apparaissant sur le réseau social. Les comptes des utilisateurs surpris à répandre des rumeurs pourraient être suspendus.

Sur un document de la Cyberspace Administration of China, qui a fait l’objet d’une fuite, on peut apprendre qu’à partir du 26 janvier, tous les groupes de médias sociaux ont eu l’interdiction de publier des nouvelles sur le coronavirus de Wuhan qui ne proviennent pas de sources officielles. La police arrêtera tous ceux qui diffusent des nouvelles non confirmées.

Le 26 janvier, l’écrivain indépendant Jiang Lijun a révélé sur Twitter que son compte WeChat était définitivement fermé parce qu’il avait appelé les hauts fonctionnaires de la ville de Wuhan et de la province de Hubei de s’excuser de leurs actes et de se quitter leur poste. Il avait publié plusieurs articles sur la pneumonie de Wuhan.

Depuis que les chercheurs ont identifié le nouveau coronavirus, les autorités locales se sont efforcées de dissiper les rumeurs et de procéder à des arrestations. En conséquence, les habitants de Wuhan ont davantage été mal informés sur la maladie et n’ont pas pris de mesures préventives jusqu’à ce que la ville entière soit mise en quarantaine.

Lorsque le nouveau règlement WeChat a été annoncé, les internautes chinois se sont indignés. Une personne a écrit : « Le blocage de l’information par les fonctionnaires est précisément la raison qui a provoqué la propagation rapide de la pneumonie de Wuhan. Honte à vous qui continuez à faire taire les dénonciateurs ».

Trois cadavres sur le sol de l’hôpital

Une vidéo montrant trois cadavres, enveloppés dans un tissu blanc, gisant sur le sol d’un hôpital a été largement diffusée en ligne récemment. Pendant ce temps, la salle d’attente voisine était bondée de personnes en attente de traitement.

La personne qui a filmé la scène a déclaré : « Ces trois cadavres sont là depuis le début de la matinée. Une personne est décédée au petit matin et personne n’est encore venu pour enlever les corps. Maintenant, les médecins, les infirmières et les patients doivent tous endurer un tel environnement ».

Les cadavres des patients atteints de maladies contagieuses représentent un danger pour les autres personnes et nécessitent un traitement spécial lorsqu’ils sont manipulés par le personnel des morgues. Ils ne doivent pas être laissés dans un lieu public.

Le post a été rapidement supprimé, mais il avait déjà été partagé par d’autres sur Instagram et Twitter.

La Ligue de la jeunesse chinoise a alors réfuté la vidéo en disant : « Après enquête, nous avons découvert que cette vidéo ne reflète pas la vérité ».

Un internaute indigné a furieusement contesté les propos de la Ligue de la jeunesse : « Qui répand des rumeurs ? C’est vous. Une amie de confiance travaille dans cet hôpital. Elle a travaillé aux urgences la veille du Nouvel An chinois jusqu’à 3 heures du matin. Travaillant au niveau zéro, elle sait certainement si les 3 personnes à l’étage étaient mortes ou vivantes. Le personnel médical en première ligne est maintenant désespéré et appelle à l’aide ».

Une autre vidéo postée montre un médecin dans un état d’effondrement mental. Portant une combinaison de protection, il a demandé à parler au président de l’hôpital au téléphone, en criant : « Je suis ici pour faire des heures supplémentaires, quatre fois par jour. Je ne peux même pas m’arrêter pour prendre un moment de repos. Qu’avez-vous fait [pour partager notre charge de travail] ? Retirez les [cadavres] qui se trouvent sur le sol. Enlevez-les tous ! »

Arrestations

Selon les médias d’État chinois, plusieurs utilisateurs de médias sociaux ont été arrêtés pour « propagation de rumeurs ».

Une femme surnommée Xi, 29 ans, a été placée en détention le 25 janvier pour avoir « rapporté de faux chiffres de patients infectés par la pneumonie de Wuhan le 24 janvier ».

Le département de police du comté de Changsha, dans la province de Hunan, a placé en détention un homme surnommé Zhou parce qu’il a déclaré que « 4 résidents » de sa communauté avaient été diagnostiqués avec une pneumonie de Wuhan. La police a insisté sur le fait que le diagnostic n’avait été confirmé que pour 1 seul patient. Cependant, l’équipe de gestion de la communauté a ensuite publié un avis annonçant qu’il y avait effectivement 4 cas confirmés.

Dans le même temps, de plus en plus d’internautes chinois dirigent leur colère contre le Parti communiste chinois.

Un jeune homme de Wuhan a publié sur YouTube une vidéo demandant l’aide internationale.

« Aujourd’hui, c’est le nouvel an chinois, mais Wuhan est un enfer », a-t-il déclaré. « J’appelle toutes les personnes de bonne conscience à nous aider. »

Il a également exhorté la communauté internationale à différencier le peuple chinois du « gouvernement chinois pourri ».

« Croyez-moi, beaucoup de Chinois de mon âge, qui sont nés dans les années 80 et 90, ne sont pas de stupides partisans du régime chinois. Nous ne subissons pas de lavage de cerveau », a-t-il déclaré.

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