Chine : Le cas d’une jeune femme décédée de malnutrition suscite la colère contre le régime

Par Nicole Hao
18 janvier 2020 Mis à jour: 19 janvier 2020

La mort d’une femme chinoise de 24 ans, le 13 janvier, en raison d’une malnutrition sévère, suscite l’indignation généralisée contre les autorités pour n’avoir pas réussi à lutter contre l’extrême pauvreté persistante dans le pays.

Pesant 21 kg et mesurant 1 m 35 de hauteur, Wu Huayan souffrait d’un retard de croissance et d’un nombre de problèmes de santé ; elle n’avait souvent pas les moyens de payer ses repas.

En octobre 2019, après le diagnostic de maladie cardiaque de Wu, elle a fait appel au public pour l’aider à payer une opération urgente via une plateforme de cueillette de dons. Alors qu’une fondation caritative dirigée par un ministère de l’État a collecté des fonds en son nom, sa famille a déclaré qu’elle n’avait reçu qu’une fraction de l’argent, ont rapporté les médias locaux. De nombreux internautes soupçonnent des malversations du régime.

Elle est morte peu après.

Ironiquement, juste un jour avant sa mort, l’État a publié un documentaire sur un fonctionnaire de la province où vivait Wu, Wang Xiaoguang, qui a été reconnu coupable de corruption. Wang, ancien vice-gouverneur de la province de Guizhou, a été condamné à 20 ans de prison et à une amende de 173,5 millions de yuans (22,8 millions €) en avril 2019 pour détournement de fonds et corruption.

Contexte

« Ma grand-mère et mon père sont morts parce que nous n’avions pas d’argent pour guérir leurs maladies. Je ne veux pas ressentir à nouveau le sentiment d’attendre la mort à cause de la pauvreté », a écrit Wu le 17 octobre 2019 sur Shuidichou, une plateforme de type GoFundMe en Chine.

Son histoire s’est rapidement répandue en Chine ; des dizaines de médias chinois l’ont interviewée et ont publié son histoire.

Wu, qui était originaire d’un petit village du comté de Songtao, dans la ville de Tongren, était une étudiante débutante dans un institut professionnel local lors de sa mort.

Lorsque Wu avait 4 ans, sa mère est décédée subitement d’une maladie inconnue, ont rapporté les médias chinois. La petite fille vivait dans la pauvreté avec sa grand-mère, son père et son frère cadet.

Pendant que Wu était au lycée, son père a été diagnostiqué avec une cirrhose. Sans argent pour payer les soins, il est décédé au bout de six mois. Peu de temps après, la grand-mère de Wu est également décédée d’une maladie chronique.

Adolescents orphelins, Wu et son frère ont emménagé chez leur oncle. Le comté local leur a versé 300 yuans (39,50 €) par mois dans le cadre d’un programme national de « lutte contre la pauvreté ».

« Pendant les moments les plus difficiles, je n’avais qu’un seul petit pain cuit à la vapeur chaque jour. […] Parce que les piments marinés étaient bon marché, je les mélangeais avec du riz comme repas. J’ai mangé ça pendant cinq ans », a dit Wu dans une interview.

Devenir malade

Lorsque Wu était en dernière année du lycée, la malnutrition lui a fait perdre ses cheveux ; bientôt, elle a perdu ses sourcils. Au même moment, on a diagnostiqué une psychose chez son frère.

« Mon jeune frère s’est soudain mis à dire des bêtises… il ne reconnaissait pas qui j’étais », a dit Wu dans une interview aux médias. « Mais je ne pouvais pas l’abandonner, parce qu’il est ma seule famille dans ce monde. »

Wu et son oncle ont emprunté 5 000 yuans (657 €) pour pouvoir envoyer son frère à l’hôpital. Après plus d’un an de traitement, son état s’est stabilisé et il a été autorisé à rentrer chez lui.

Entre-temps, Wu n’avait pas les moyens d’aller chez le médecin elle-même.

Heureusement, l’enseignante de Wu a payé ses frais de scolarité au lycée, et Wu a occupé deux emplois à temps partiel pendant ses études universitaires, gagnant 600 yuans (79 €) par mois.

Lorsqu’une camarade de classe du secondaire lui a rendu visite, elle a constaté que Wu avait développé un grave œdème aux pieds. Inquiète pour la santé de Wu, la camarade de classe l’a emmenée à l’hôpital, où l’on a découvert que trois des quatre valves cardiaques de Wu étaient endommagées.

Les médecins lui ont dit qu’elle avait besoin d’une opération qui coûterait plus de 200 000 yuans (26 289 €).

Dons

La China Charities Aid Foundation for Children, une filiale du ministère des Affaires civiles du gouvernement national, a commencé à demander des dons au nom de Wu le 25 octobre 2019.

Au cours des cinq premiers jours, une campagne de collecte de fonds a reçu plus de 600 000 yuans (78 869 €). Une autre a recueilli plus de 400 000 yuans (52 576 €). Pendant ce temps, la famille de Wu n’était pas au courant que la fondation avait même collecté de l’argent, comme l’ont rapporté le journal public Beijing News. Seuls 20 000 yuans (environ 2 630 euros) se sont retrouvés sur son compte bancaire.

Finalement, les médecins ont dit qu’ils ne pouvaient pas opérer parce que Wu était trop faible pour résister à la procédure. Elle est décédée à l’hôpital.

Certaines plateformes de dons non gouvernementales avaient également aidé Wu à collecter des fonds. Sa famille a confirmé des dons d’environ 470 000 yuans (61 777 €).

La fondation a fait une annonce publique sur le cas de Wu le 14 janvier, expliquant que la plateforme de collecte de fonds qu’elle exploite facturait 6 % des frais de traitement, ajoutant que le versement du montant restant des dons serait discuté avec la famille de Wu.

Ce n’est pas la première fois que la fondation fait l’objet d’un examen minutieux.

En décembre 2012, le citoyen chinois Zhou Xiaoyun a obtenu une copie du rapport annuel de la fondation après avoir soumis une demande légale, selon un rapport de l’agence gouvernementale Beijing News. Zhou a découvert que la fondation avait, à une occasion, dépensé 4,84 milliards de yuans (92,3 millions d’euros), soit bien plus que les 80 millions de yuans (10,5 millions d’euros) de dons qu’elle avait collectés cette année-là.

Beijing News a retrouvé la comptable de la fondation, qui a prétendu qu’elle avait par erreur entré un zéro supplémentaire. La fondation n’a fourni aucune autre explication.

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