CHINE – « Le génocide qui ne se voit pas » : intervention d’un directeur de recherche au Sénat

23 novembre 2018 Mis à jour: 31 décembre 2018

Voici l’intervention du Dr. Génin, conseiller scientifique de l’ONG DAFOH (Docteurs contre les prélèvements d’organes forcés), au Sénat le 16 novembre 2018.

Le système hospitalier chinois est selon lui l’accélérateur d’un nouveau type de génocide ayant lieu actuellement en Chine. En effet, 2 à 3 millions de Chinois seraient toujours enfermés dans des prisons secrètes et serviraient de banque d’organes vivante à un commerce international de transplantation organisé par le régime communiste chinois.

Son intervention a eu lieu au Sénat le 16 novembre 2018 lors du colloque organisé pour l’anniversaire des 70 ans de la déclaration universelle des Droits de l’homme des Nations unies.

L’intégralité de son intervention est retranscrite ci-dessous :

« Vous pourriez vous demander ce qu’un scientifique vient faire dans cette assemblée.  Je dirige la recherche et le développement applicatif d’un institut français de neurosciences basé à la Pitié-Salpêtrière (à Paris). Dans le même temps, je suis conseiller scientifique d’une association internationale appelée DAFOH (doctors against forced organ harversting, les médecins contre les prélèvements forcés d’organes.)

Pourquoi des médecins, pourquoi des scientifiques s’intéresseraient-ils au sujet que vous traitez aujourd’hui ?  C’est expliqué par l’objet même de ce colloque : Parce qu’il y a 70 ans, en 1948, était signée la déclaration universelle des droits de l’homme. Parce que presqu’au même moment étaient condamnés les médecins de Nuremberg. Ces médecins de Nuremberg avaient été avec d’autres scientifiques les instruments, les accélérateurs de la Shoah. Ce sont eux qui, à l’époque, avaient offert les moyens techniques de l’extermination. Il y avait eu les experts des chambres à gaz, un petit peu avant les experts de l’eugénisme, ceux qui faisaient des expériences etc.

Derrière cette mobilisation des scientifiques et des médecins derrière les Troisième Reich, il y avait l’idée d’exterminer avec efficacité et rentabilité.

Exterminer, avec efficacité et rentabilité. Le procès de Nuremberg a déclenché – comme la Seconde guerre mondiale l’a fait à l’échelle de l’humanité – une prise de conscience fondamentale dans le milieu scientifique et médical, sur la responsabilité que nous avons dans les développements technologiques que nous menons, dans ces nouvelles techniques qui permettent d’accélérer la médecine – ce qui est formidable – mais parfois aussi les massacres.

Et ce d’autant plus qu’après la Seconde Guerre mondiale, les génocides ont évolué, ont changé de forme. On a commencé à faire des génocides plus discrets – les chambres à gaz étaient tout de même trop voyantes. Donc, avec le génocide ukrainien Staline a quelque part été un précurseur, parce qu’il a provoqué la mort de près de 5 millions d’Ukrainiens, de façon beaucoup plus discrète. On parle aujourd’hui beaucoup moins des 5 millions d’Ukrainiens tués dans les années 30 que des 5 à 6 millions de Juifs pendant la Shoah.

« Une extermination par la faim » précise le sénateur André Gattolin

C’était une extermination par la faim, l’Holodomor. Les formes du génocide ont donc considérablement évolué pour devenir moins visibles. Staline, encore une fois, en a été le précurseur, lui qui disait : « Une personne qui meurt c’est un drame, un million c’est une statistique. »

Le régime chinois, élève de Staline et de Marx, a suivi cet enseignement à la lettre. En arrivant au million de victimes, finalement les choses se voient moins. Le régime chinois est directement responsable de la mort de 80 millions de personnes entre le Grand Bond en avant, la Révolution culturelle et ce qui se passe actuellement.

De gauche à droite : le Dr. Génin, conseiller scientifique de DAFOH, Marie-Françoise Lamperti, présidente d’Agir pour les droits de l’homme et André Gattolin, sénateur des Hauts-de-Seine, le 16 novembre 2018 au Sénat (Epoch Times)

Pour revenir à la question des prélèvements forcés d’organes, ceux-ci ainsi que les trafics d’organes sont un phénomène mondial, et ceci depuis longtemps. Ils existent au Brésil, en Inde, dans les différents pays des Balkans, où des mafias volent des organes et les revendent. Ce sont dans ces cas des organisations tout simplement mafieuses qui organisent les trafics.

Mais ce que l’on a découvert il y a à peu près une dizaine d’années dans le cas de la Chine, c’est que les trafics ne sont pas le fait d’une mafia, mais d’une organisation étatique, centralisée et véritable outil d’extermination.

Les premières données sur ce sujet –  là les scientifiques ont été utiles – sont venues de la surprise de découvrir les publications des scientifiques chinois sur les transplantations d’organes : Alors que les collègues américains et européens publiaient des articles sur quelques patients, parfois quelques dizaines, expliquant qu’on avait amélioré une technique, obtenur un taux de survie un peu plus élevé, les Chinois publiaient, eux, des articles avec des centainesde patients. Et il n’y avait absolument aucun moyen de savoir d’où ces organes venaient, ce d’autant moins que jusqu’à 2014 la Chine n’avait aucun système de don d’organes organisé. De plus les Chinois, par tradition confucéenne, ne donnent pas ou très peu leurs organes, considérant qu’il faut être enterré avec un corps intact.

D’où, alors, provenaient ces organes ?

On savait vaguement, dans la communauté internationale, que les condamnés à mort étaient une ressource fréquemment mobilisée, même si ceci était nié par les autorités chinoises. Le changement fondamental dans la façon de considérer le phénomène a découlé de notre analyse de ces données scientifiques publiées et de témoignages qui sont sortis de Chine.

Le premier témoignage a été celui de la femme d’un chirurgien du nord-est de la Chine, qui a prévenu la presse internationale que son mari avait prélevé de force des milliers de cornées. Un seul chirurgien, des milliers de cornées… Et sur une population particulière, les prisonniers de conscience dans les camps de travaux forcés. On est surpris d’en entendre parler aujourd’hui alors qu’ils existent depuis des dizaines d’années ! Vous venez d’en entendre parler, un million de Ouïghours y sont enfermés, ainsi que 2 à 3 millions de Chinois « han ». Ces camps sont un réservoir considérable pour cette médecine qui rappelle la médecine d’extermination du Troisième Reich. On fait à peu près ce qu’on veut avec ces gens. En 2006, cette femme fâchée a révélé à la presse internationale : « Mon mari a prélevé des milliers de cornées sur des membres du Falun Gong. »

Le président de l’Association Falun Gong en France était présent lors de la conférence au Sénat le 16 novembre 2018 (Epoch Times)

Le Falun Gong peut être décrit comme une sorte de yoga chinois ; c’est une méthode d’exercices énergétiques qui a connu un succès phénoménal en Chine dans les années 90 . Il a d’abord été largement soutenu par le régime parce qu’il avait de bons effets pour la santé. Et puis, sa popularité a été tellement explosive que du jour au lendemain en 1999, il est devenu l’ennemi intérieur à abattre absolument. La date de 1999 est important. Pourquoi ? Nous allons en parler dans un instant. Mais il faut noter que lorsque vous regardez l’évolution des transplantations d’organes en Chine, vous avez des statistiques officielles jusqu’en 2006. Puis en 2007, les statistiques cessent. Voyons pourquoi.

Dans les années 1990 jusqu’en 1999, il y avait peut d’organes transplantés en Chine. C’est à cette époque que les médecins en transplantation français – il faut savoir que nous avons probablement en France les meilleurs chirurgiens en transplantation au monde – vont apprendre aux chirurgiens chinois comment opérer efficacement, comment conserver les organes, comment bien utiliser les immunosuppresseurs.

En l’an 2000, un an après le début de la répression du Falun Gong, le chiffre des transplantations a considérablement augmenté, et il a continué à le faire jusqu’en 2006, où le chiffre est arrivé à presque 30 000 transplantations par an. À ce moment, cette femme chinoise a commencé à parler à la presse internationale, et d’un coup, les statistiques se sont inversées, puis ont cessé. Le régime a dit bien sûr : « Non attendez, ce n’est pas sérieux, vous ne nous croyez quand même pas capable de faire ce genre de chose ? »

Quelques personnes les ont cru capables de faire ce genre de chose. Les premiers avocats des droits de l’homme extrêmement actifs sur le sujet ont été des canadiens, David Kilgour et David Matas. David Matas est très connu dans le monde pour sa défense des droits de l’homme et David Kilgour est un ancien secrétaire d’État.

Ils ont donc mené une série d’enquêtes… glaçantes. Glaçantes.

Dr. A.Génin, conseiller scientifique de l’ONG DAFOH (Docteurs contre les prélèvements d’organes forcés) au Sénat le 16 novembre 2018.

Première enquête : ils se sont fait passer pour des millionnaires américains qui avaient besoin d’un organe, et ont appelé les différents hôpitaux chinois, en disant : « Écoutez j’ai besoin d’un foie, chez moi au Canada je dois attendre 3 à 5 ans », c’est la même chose en France, « l’argent n’est pas un problème, combien de temps pour avoir un organe si je viens en Chine ? »

« Ah Monsieur ici c’est facile, en 2 à 3 semaines vous aurez un organe. Si l’opération ne fonctionne pas, en 2 semaines on vous en trouvera un autre, et si ça ne fonctionne pas encore, en 2 semaines on vous en trouvera un autre. »

Impossible ! C’est médicalement impossible ! Aucun système au monde dans lequel le don d’organes est volontaire ne peut garantir ce type de délai et encore moins dans un pays où il n’y a pas de système organisé pour le don d’organes.

L’interview se poursuit : « Ah c’est formidable, écoutez je vais venir, mais l’argent n’est vraiment pas un problème, je ne veux pas un foie venant de quelqu’un qui boive ou qui fume, ou de quelqu’un en mauvaise santé : j’ai entendu parler de ces gens qui font la gymnastique chinoise, le Falun Gong, ils ont l’air en bonne santé, c’est un organe comme ça que je veux, est-ce possible ? »

« Oui Monsieur, nous en avons, nous sommes très connectés avec les camps par nos contacts régionaux, ces organes sont disponibles. »

Ces organes sont disponibles…

Cette expérience a été reproduite depuis, par des journalistes de la télévision coréenne, par des journalistes de la BBC, et de la même manière en 5 minutes il leur a été possible d’acheter, pour 100 000 euros, un organe.

Le marché des transplantations d’organes en Chine, c’est l’équivalent de 10 milliards d’euros par an… 10 milliards d’euros par an.

Alors maintenant en termes de chiffres, d’où viennent ces organes ? On peut se le demander. Le témoignage dit que les membres du Falun Gong sont les victimes, mais il y a bien d’autres personnes dans les camps. On vient de mentionner 1 million de Ouïghours, les chrétiens non reconnus officiellement, les Tibétains, tout cela constitue une gigantesque banque vivante qui sert au régime chinois pour exterminer avec efficacité et rentabilité. Le marché des transplantations d’organes en Chine, c’est 10 milliards d’euros par an… 10 milliards d’euros par an.

Le régime chinois a bien sûr commencé à se défendre, parce que le parlement européen les a condamnés en 2013 puis en 2016, qu’Israël a légiféré, que l’Espagne a légiféré. Il y a maintenant la convention de Compostelle qui a été adoptée par le Conseil de l »Europe et qui demande à chaque pays membre de l’Union européenne d’agir contre ce trafic. Alors le régime chinois a dit : « Non, attendez ce n’est quand même pas sérieux, vous ne nous croyez quand même pas capable… bon, nous reconnaissons que nous n’avons pas été tout à fait sérieux, il est vrai que nous avons pris des organes sur certains condamnés à mort ; mais vous comprenez c’est dans notre culture, ils payent leur dette à la société. »

Tout le monde savait déjà que le régime chinois volait leurs organes aux condamnés à mort, mais quand on regarde leur nombre chaque année en Chine — on vient de l’entendre à l’instant, on est sur une estimation comprise entre 15 et 20 000 exécutions. Or, combien les hôpitaux chinois affichent-ils d’organes disponibles et de transplantations réalisées chaque année ? Entre 90 et 100 000. Entre 90 et 100 000, donc même dans une hypothèse haute où chaque condamné à mort serait éligible pour un don d’organes et en imaginant qu’il soit exécuté juste au moment où on en a besoin, vous avez chaque année 70 à 80 000 transplantations non expliquées en Chine aujourd’hui. Excepté si vous prenez en compte ces camps secrets qui dans toute la Chine, depuis des années, prélèvent de force les organes sur les prisonniers de conscience, et très probablement en particulier sur les pratiquants du Falun Gong.

D’une manière générale en science, on ne parle pas tellement de valeurs, c’est plutôt la question des faits qui intéressent. Dans le cas présent, vous voyez que les scientifiques, grâce aux faits, grâce à de l’analyse, on a pu détecter ce phénomène, et permettre une enquête.

Nous apportons aujourd’hui ces données aux parlementaires français, aussi bien à l’Assemblée nationale qu’au Sénat, dans le cadre de la révision de la Loi de Bioéthique, et nous disons qu’il y a bien sûr les questions de PMA à traiter, mais aussi cette question des prélèvements forcés d’organes. Car ce qui se passe maintenant en Chine, c’est un génocide froid –  un génocide qui ne se voit pas.

Merci à tous et toutes. »

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Le sénateur André Gattolin commente l’intervention : « On en a parlé plusieurs fois, c’est vrai que c’est glaçant. Et la manière dont vous l’exprimez est vraiment essentielle. Le témoignage de cette mécanique que l’on retrouve dans un certain nombre d’ouvrages sur les médecins nazis, c’était effectivement la définition d’un génocide, c’est de cette dimension, une organisation systématique, rationnelle, organisée. Je suis preneur dans le cadre de la loi de bioéthique de ces éléments pour que l’on puisse construire une loi positive au moins pour se faire protéger de ça. On a aussi des réunions avec un certain nombre d’organisations dans d’autres sénats, notamment en Italie, je pense que ce sont des thèmes qui sont particulièrement sensibles et qu’il faut aborder. »

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