Chine : les questions sur les investissements en Hongrie restent sans réponse

25 septembre 2018 Mis à jour: 25 septembre 2018

Les motivations et les conséquences des efforts déployés ces dernières années par la Hongrie pour renforcer ses liens avec Pékin sont sous le feu des projecteurs et des élus, ce qui retentit dans les médias locaux.

Lors d’un voyage dans ce pays d’Europe centrale en 2011, l’ancien Premier ministre chinois Wen Jiabao a déclaré que la Hongrie deviendrait une porte d’entrée sur le marché européen. Le voyage de Wen Jiabao a marqué la première rencontre du « Format 16+1 » (seize pays d’Europe et la Chine) et le début des efforts de Chine pour influencer la Hongrie.

Introduite officiellement en avril 2012, l’Initiative 16+1 est un programme de Pékin visant à intensifier la coopération avec 11 États membres de l’Union européenne et 5 pays des Balkans : Albanie, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Macédoine, Monténégro, Pologne, République tchèque, Roumanie, Serbie, Slovaquie et Slovénie. L’initiative appelle à une coopération économique avec la Chine dans de nombreux domaines, incluant l’infrastructure, les finances et la technologie.

L’initiative est finalement devenue un modèle pour l’Europe centrale et orientale dans le cadre du prochain projet de développement ambitieux de Pékin, annoncé en 2013 : l’initiative de la Nouvelle route de la soie, également appelée la Ceinture et la Route (ou OBOR, en anglais Belt and Road). L’OBOR cherche à construire des réseaux commerciaux centrés sur Pékin en finançant des projets d’infrastructure en Europe, en Asie du Sud-Est, en Afrique et en Amérique latine.

En avril, la Chine avait investi au total plus de 2,75 milliards € (3,27 milliards $ US) en Hongrie, selon les données du ministère chinois des Affaires étrangères.

Mais lors d’une réunion du Forum démocratique de l’Asie du Sud qui s’est récemment tenue à Genève dans le cadre de la 39e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, un groupe de panélistes européens a ouvertement remis en question la motivation de Pékin pour ses initiatives à l’étranger.

« Les pays européens ont commencé à comprendre ce piège de la dette – qui a déjà conduit le Sri Lanka à remettre un port car il ne pouvait pas repayer ses emprunts aux autorités chinoises », a déclaré Paulo Casaca, un ancien membre du Parlement européen, selon un article du 18 septembre du quotidien économique indien Business Standard.

Le port auquel Casaca fait référence est Hambantota, lequel Sri Lanka a dû remettre à la Chine en décembre 2017, après que le premier n’a pas été en mesure de rembourser les 5 milliards € (6 milliards $ USD) de prêts et a dû convertir la dette en capitaux propres.

Pendant ce temps, István Szent-Iványi, un ancien député hongrois, a déclaré que l’OBOR est un sujet de préoccupation car c’est le « plan de projection de pouvoir » de Pékin de créer des positions stratégiques d’influence en Asie orientale, en Afrique et en Europe.

« J’aimerais sensibiliser les gens à ce problème car il représente une menace réelle et sérieuse. La Chine remet en question l’ordre mondial », s’inquiéta M. Szent-Iványi. L’homme politique hongrois a identifié le Djibouti comme un pays où Pékin remet en cause les règles internationales établies.

En mars, des responsables américains ont exprimé leurs inquiétudes lors d’une audition du Congrès sur le rôle croissant de la Chine à Djibouti, où Pékin a récemment construit sa première base militaire à l’étranger. En septembre, des photos satellites ont révélé que Pékin était en train d’agrandir sa base de Djibouti – une décision que les experts considèrent comme concurrente des intérêts américains. Les États-Unis y ont également une base militaire.

Image satellite d’un quai de plate-forme d’atterrissage près de la base militaire de la Chine à Djibouti. (Capture d’écran via Twitter/rajfortyseven)

« Ce que la Chine veut, c’est prendre le pouvoir. Ils veulent être le chef de file mondial. Pour nous, en Europe, c’est un problème car ils veulent nous évincer du marché », soupçonne Siegfried O. Wolf, directeur de recherche au Forum démocratique de l’Asie du Sud.

« Par exemple, en Asie centrale, si la Chine finance de nouveaux projets d’infrastructure, elle a beaucoup d’influence. Donc, quand la Chine installera des voies ferrées, il n’y aura pas de projets allemands ou français. Seuls les trains chinois circuleront sur ces voies. »

Voie ferroviaire Budapest-Belgrade

Le chemin de fer en question est l’investissement principal de Chine en Europe centrale : la modernisation du chemin de fer de 350 km reliant la capitale serbe de Belgrade à Budapest, capitale de la Hongrie. Pékin avait l’intention d’utiliser ce chemin de fer – un projet OBOR – pour transporter des marchandises arrivant au port grec du Pirée, qui appartient à la compagnie maritime publique chinoise COSCO. La cargaison passerait par la Hongrie pour être transportée vers le reste de l’Europe.

La section hongroise d’environ 152 kilomètres de la ligne ferroviaire de 350 kilomètres est actuellement en cours de planification et devrait être achevée en 2023, selon un article paru le 14 septembre dans le Daily News Hungary. Pékin financera 85 pour cent de la modernisation des chemins de fer – estimée à plus de 2,5 milliards € (3 milliards $ US) au total.

La raison d’être de la modernisation ferroviaire a fait l’objet d’un débat en Hongrie, certains se demandant si le projet aidera réellement l’économie. Le site d’information hongrois Index a remis en question le prix élevé dans un article d’opinion du 31 mai, concluant que la mise à niveau de la section hongroise serait « aussi insignifiante que les développements au Sri Lanka ».

Un autre article d’opinion publié par Index en avril qualifiait le projet de bon pour « promouvoir les objectifs économiques extérieurs de la Chine », avec peu de gains économiques pour la Hongrie.

Investissements des sociétés chinoises

Outre le projet ferroviaire, les entreprises chinoises ont également investi dans les secteurs du génie chimique, de la finance, des télécommunications, des nouvelles énergies et de la logistique, selon les informations du ministère chinois des Affaires étrangères.

Dans le domaine des télécommunications, le géant chinois des télécommunications Huawei fournit plus de 70 pour cent de la population hongroise avec ses équipements et services de télécommunications mobiles, selon le site Internet de l’entreprise.

ZTE, une autre grande entreprise chinoise de télécommunications, a travaillé avec des fournisseurs hongrois de services mobiles pour fournir des services Internet 2G, 3G et 4G. Selon un article paru le 13 septembre dans Xinhua, média de l’État, la société cherche à se positionner comme le fournisseur de réseau 5G pour la Hongrie. 5G est la prochaine génération de technologie de communication mobile sans fil.

De nombreux pays, dont les États-Unis, ont soulevé des préoccupations en matière de sécurité quant à la possibilité que la Chine fasse de l’espionnage au moyen d’équipements Huawei et ZTE, car les deux sociétés ont des liens étroits avec Pékin.

L’influence chinoise sur la politique hongroise : trois faits importants à noter

L’influence monétaire de Chine a poussé la Hongrie à respecter l’agenda politique de Pékin. Lors d’une audition à la Commission d’examen de la politique économique et de sécurité des États-Unis et de la Chine en avril, Erik Brattberg, chercheur au Carnegie Endowment for International Peace, a souligné que les investissements chinois ont eu une « influence tangible sur les décisions politiques [hongroises] » au niveau européen.

D’abord, en juillet 2016, une déclaration de l’UE sur une décision d’un tribunal international de La Haye sur les revendications de souveraineté de Chine dans la mer de Chine méridionale ne faisait pas directement référence à Pékin, en raison de l’opposition de la Hongrie et de la Grèce. Ces dernières années, Pékin a intensifié la militarisation des territoires contestés dans la mer de Chine méridionale, un mouvement qui a provoqué un tollé parmi les pays voisins qui ont également des revendications territoriales dans la région.

Deuxièmement, en mars 2017, la Hongrie aurait fait pression sur le bloc de l’UE pour qu’il n’ajoute pas son nom [Hongrie] à une lettre commune des ambassades internationales pour dénoncer la torture des avocats détenus en Chine.

Troisièmement, en avril, seuls 27 des 28 ambassadeurs de l’UE ont conjointement publié un rapport critiquant l’OBOR de Chine pour avoir fait fi des normes internationales de transparence tout en défendant les intérêts chinois, selon le journal économique allemand Handelsblatt. Le seul pays de l’UE qui n’a pas participé était la Hongrie.

Références:

Photos satellites : https://www.theepochtimes.com/china-expands-military-base-in-djibouti-seen-as-competing-with-us-interests-in-region_2657938.html

La Haye: https://www.reuters.com/article/southchinasea-ruling-eu/eus-statement-on-south-china-sea-reflects-divisions-idUSL8N1A130Y

Handelsblatt: https://global.handelsblatt.com/politics/eu-ambassadors-beijing-china-silk-road-912258

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