La Chine ordonne aux églises de promouvoir le Parti communiste chinois

Par Steven W. Mosher
10 janvier 2020 Mis à jour: 10 janvier 2020

Le 1er février 2020, de nouvelles et lourdes restrictions sur les églises, les temples, les sanctuaires et toutes les formes d’activités religieuses organisées entreront en vigueur en Chine.

Les nouvelles règles ont été publiées par le Bureau des Affaires religieuses du régime chinois le 20 novembre dernier, mais elles n’ont été rendues publiques que le 31 décembre par l’agence de presse d’État Xinhua, également appelée l’agence Chine nouvelle. Elles décrivent en termes pratiques la façon dont le précédent Règlement sur les Affaires religieuses – mis en place le 1er février 2018 – sera appliqué et contrôlé.

Ces nouvelles règles, appelées Mesures de contrôle pour les groupes religieux, consistent en 41 articles qui traitent de toutes les facettes de la vie religieuse. Chacune de ces activités – des services hebdomadaires et des projets quotidiens aux réunions annuelles et à la collecte de fonds – doit être signalée à l’avance au bureau des « Affaires religieuses » du régime pour approbation.

Mais il y a aussi une restriction encore plus sévère : chaque groupe religieux, pour être autorisé à exister, doit d’abord s’enregistrer auprès du bureau des « Affaires civiles » du régime communiste.

Cela ressort clairement de l’article 3, qui dispose que « sans l’approbation du Bureau des Affaires religieuses du gouvernement central, ou l’enregistrement auprès du Bureau des Affaires civiles du gouvernement central, un groupe religieux ne peut mener aucune activité ».

Des groupes tels que l’Early Rain Covenant Church et le Falun Gong, que le régime a déclaré à tort être des xiejiao (traduit tour à tour par « culte hérétique » ou « culte maléfique »), ne seront évidemment pas autorisés à s’enregistrer et deviendront donc illégaux.

Dans la Chine impériale, le confucianisme était la « religion » reconnue par l’État, tandis que le terme xiejiao était réservé à ses homologues non confucianistes. Depuis la création de la République populaire de Chine, la « religion » d’État est le communisme, ou plus récemment le « socialisme aux caractéristiques chinoises ». Durant cette période, le sens de xiejiao a fortement évolué vers le sens péjoratif, utilisé pour désigner les organisations religieuses, ou les mouvements spirituels, qui refusent de se soumettre à l’autorité du Parti communiste chinois (PCC).

Bien entendu, ni le confucianisme, ni le communisme, ni le « socialisme aux caractéristiques chinoises » ne sont une religion au sens strict du terme, et les dirigeants communistes chinois ne se considèrent pas comme des chefs religieux. Mais toute idéologie absolue, telle que le communisme ou le « socialisme aux caractéristiques chinoises », constitue en fait une sorte de quasi-religion. Les dirigeants politiques de la Chine les utilisent aujourd’hui comme un moyen pour imposer et maintenir un contrôle social et idéologique.

Cependant, avec la publication des Mesures de contrôle, les dirigeants du Parti communiste ont maintenant décidé de toute évidence d’aller au-delà de la simple exigence de soumission. Ils ont décidé que les groupes chrétiens, bouddhistes et les autres formes religieuses ne pourront exister que s’ils deviennent des collaborateurs actifs, aidant le Parti à maintenir son emprise sur le pouvoir.

C’est la raison pour laquelle le Parti communiste a annoncé l’an dernier qu’il transférait la responsabilité des groupes religieux, qui était auparavant du ressort du Bureau des Affaires religieuses du régime, au Département des Travaux du Front Uni du Parti. Les tactiques que le Front Uni avait employées pour compromettre, contrôler et contraindre le Parti socialiste chinois et d’autres partis mineurs à s’allier au Parti communiste au moment de la guerre civile chinoise seront à nouveau utilisées – mais cette fois-ci pour contraindre les groupes religieux à devenir les marionnettes du Parti.

Il ne suffit plus que les groupes religieux reconnus par l’État-Parti se soumettent passivement à l’autorité du Parti. Ces groupes doivent encourager le maintien de son autorité, en soutenant la direction du PCC, en propageant ses principes et ses politiques et en éduquant son personnel et ses partisans à faire de même.

L’article 5 des nouvelles mesures, par exemple, dispose que « les organisations religieuses doivent soutenir la direction du Parti communiste chinois, obéir à la Constitution, aux lois, aux règlements, aux ordonnances et aux politiques, respecter le principe de l’indépendance et de l’autonomie [des groupes étrangers], respecter la politique générale de sinisation de la religion, pratiquer les valeurs fondamentales du socialisme et sauvegarder l’unité nationale, l’unité ethnique, l’harmonie religieuse et la stabilité sociale ».

La sinisation, il faut le noter, signifie remplacer le culte de Dieu par celui de l’État-Parti. C’est précisément ce que les nazis ont tenté d’imposer aux églises catholiques et protestantes allemandes dans les années 1930 – les transformer en partisans du national-socialisme et en promoteurs de son idéologie. Et c’est précisément ce que le PCC essaie de faire aujourd’hui en Chine.

Considérer l’article 17 à cet égard : « Les groupes religieux doivent faire la propagande des principes et des politiques du Parti communiste chinois, ainsi que des lois, règlements et ordonnances nationales, auprès de l’ensemble de leur personnel et de leurs adeptes religieux. Ils doivent éduquer et guider le personnel et les adeptes religieux pour qu’ils embrassent la direction du Parti communiste chinois et le système socialiste, qu’ils soutiennent la voie du socialisme aux caractéristiques chinoises, qu’ils obéissent aux lois, règlements, ordonnances et politiques nationales. Ils doivent équilibrer correctement la relation entre les lois nationales et les commandements religieux, et renforcer la conscience de la nation, la primauté du droit et le peuple ».

À la lecture des nouvelles Mesures de contrôle, les intentions du Parti communiste sont claires. Il veut s’infiltrer dans toutes les véritables religions en Chine, et les transformer en instruments de contrôle de l’État-Parti sur les éléments religieux de la société. Ces religions seront autorisées à conserver certains attributs rituels, mais leur théologie sera vidée de ses éléments transcendants et recentrée sur des choses telles que « l’acceptation de la direction du Parti » et le maintien de la voie du socialisme.

L’article 2 explique le nouveau rôle des groupes religieux en des termes sans équivoque. Ils doivent être « le pont et les liens qui unissent le Parti communiste chinois et le gouvernement central avec les chefs religieux et leurs partisans ».

En lisant le nouveau règlement, un prêtre catholique chinois a commenté en ces termes : « En pratique, votre religion n’a plus d’importance, que vous soyez bouddhiste, taoïste, musulman ou chrétien, la seule forme de religion autorisée est la foi dans le Parti Communiste Chinois ».

Ou encore, comme un autre croyant me l’a dit de façon encore plus succincte : « Les murs se referment. »

Steven W. Mosher est président de Population Research Institute et expert sur la Chine reconnu internationalement. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la Chine, dont le livre Bully of Asia : Why China’s Dream is the New Threat to World Order (Voyou de l’Asie : pourquoi le rêve de la Chine est la nouvelle menace pour l’ordre mondial).

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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