La Chine et les talibans se dirigent vers un mariage de convenance, selon des experts

Par Venus Upadhayaya
26 août 2021
Mis à jour: 27 août 2021

Après la prise de pouvoir des talibans à Kaboul le 15 août, le régime chinois et les talibans ont tous deux dit qu’ils se réjouissent de l’amitié qui les lie. Les Chinois n’ont toutefois pas reconnu les talibans comme les dirigeants légitimes du pays, tandis que les talibans ont dit que la Chine pouvait contribuer au développement de l’Afghanistan.

Alors que des récits continuent d’arriver sur les talibans faisant du porte-à-porte et tuant des gens, y compris des journalistes et des femmes, le porte-parole des talibans a donné des interviews dans lesquelles il a proposé l’amnistie, les droits des femmes et la liberté des médias. Lors d’une conférence de presse tenue le 19 août, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, a semblé soutenir le discours des talibans, en disant que « les talibans afghans ne répéteront pas l’histoire du passé et qu’ils sont désormais plus lucides et rationnels ».

Une source a confirmé pour Epoch Times que les talibans, depuis leur prise de pouvoir, mènent des recherches de porte-à-porte pour trouver des intellectuels et des journalistes.

Quelques jours avant la prise de la capitale par les talibans, une source d’Epoch Times basée à Kaboul a dit, sous couvert d’anonymat, que pour le seul mois de juin, 51 assassinats ciblés par des « hommes inconnus » ont été signalés dans le pays.

Depuis la signature de l’accord de paix entre les États-Unis et les talibans en février 2020, les talibans ne revendiquent pas la plupart des assassinats ciblés, lesquels concernent en majorité des civils. L’accord limite le type d’attaques que les terroristes peuvent mener, et la stratégie des talibans consistant à ne pas s’attribuer le mérite des assassinats est liée à la diplomatie de la paix, selon un article publié en janvier par Gandhara.

Quoi qu’il en soit, les rapports sur la violence des talibans n’ont pas découragé les perspectives de collaboration de la Chine avec ceux-ci. Les experts disent que les Chinois ont intensifié leurs contacts avec les talibans après le 15 août et que les préparatifs d’un mariage de convenance battent leur plein.

« La Chine fournit un soutien international aux talibans et éventuellement des renseignements et un soutien logistique contre les États-Unis. Ce faisant, elle veut humilier davantage les États-Unis et contribuer à leur déclin dans la région », a expliqué Srikanth Kondapalli, professeur d’études chinoises à l’université Jawaharlal Nehru de New Delhi.

« A court terme, la Chine est susceptible d’apporter tout son soutien aux talibans pour qu’ils envahissent l’Afghanistan et forment un gouvernement stable », a-t-il dit. Le régime chinois est en contact avec les talibans par le biais de ses propres liens militaires, mais aussi par le biais de l’Inter-Service Intelligence (ISI) du Pakistan, a-t-il poursuivi.

Le 18 août, le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré qu’il n’avait pas encore reconnu officiellement les talibans comme étant au pouvoir en Afghanistan, et que cette reconnaissance interviendrait après la formation d’un gouvernement.

La milice talibane d’Afghanistan (STR/AFP/Getty Images)

Histoire de l’amitié entre le PCC et les talibans

Les relations entre le Parti communiste chinois (PCC) et les talibans remontent aux années 1970, lorsque les services de renseignement militaires chinois ont formé les moudjahidin dans leur lutte contre l’Union soviétique en Afghanistan, a dit M. Kondapalli.

« Selon le général Xiong Guangkai (ancien chef adjoint de l’état-major général de l’APL), des centaines de formateurs chinois ont fourni une formation et des armes – des AK 47 et des missiles Red Arrow – aux moudjahidin du Xinjiang et d’autres zones contiguës en Afghanistan et au Pakistan. Dans les années post-soviétiques, la Chine a consolidé ses relations avec les talibans et Al-Qaïda, en particulier avec le groupe Hekmatyar avant les événements du 11 septembre », a déclaré le professeur.

Les articles faisant état de contacts se sont multipliés lorsque la Chine a payé les talibans pour les armes américaines qu’ils ont saisies, non explosées et même explosées. Un article du Guardian d’octobre 2001 affirmait que la Chine avait versé plusieurs millions de dollars américains à Ben Laden pour avoir accès à un missile de croisière américain non explosé.

Environ un an auparavant, à la fin de l’année 2000, le Conseil de sécurité des Nations unies avait proposé des sanctions à l’encontre des talibans pour les obliger à fermer les camps d’entraînement terroristes de Ben Laden situés sur leur territoire, mais la République populaire de Chine (RPC) s’est abstenue de voter. Au lieu de cela, elle a envoyé du personnel militaire pour soutenir les talibans immédiatement après le début des frappes aériennes des États-Unis en Afghanistan.

« L’ambassadeur de Chine au Pakistan a proposé au mollah Omar[chef des talibans] de ne pas aider les Ouïghours en échange de la protection des talibans au Conseil de sécurité des Nations unies. Après les attentats du 11 septembre, la Chine a maintenu ses liens avec les talibans et leur soutien, l’ISI du Pakistan, et a exprimé son point de vue sur la nécessité de donner une large assise au gouvernement de Kaboul », ce qui signifie que les talibans devraient occuper des postes au sein du gouvernement, a déclaré M. Kondapalli.

En outre, en 2004, les services de renseignement chinois avaient utilisé des sociétés écrans sur les marchés financiers du monde entier pour aider Ben Laden à lever des fonds et à blanchir de l’argent, selon un rapport publié par l’Association for Asia Research.

Répondant à des questions sur les articles des médias concernant les contacts étroits du régime chinois avec les talibans, le porte-parole chinois les a démentis lors d’une conférence de presse en août 2001.

Toutefois, l’intérêt du PCC pour l’Afghanistan est connu depuis longtemps. Un document de Kenneth Katzman et Clayton Thomas publié par le Congressional Research Service en 2017, énumère trois intérêts chinois en Afghanistan. (pdf)

« L’implication de la Chine en Afghanistan a principalement consisté à s’assurer un accès aux minéraux et autres ressources afghanes, à aider son allié le Pakistan à éviter l’encerclement par l’Inde et à réduire la menace militante islamiste pour la Chine elle-même », ont indiqué Kenneth Katzman et Clayton Thomas.

Le cinéaste Brent E. Huffman a déclaré que le régime vise un accès sans entrave aux ressources de l’Afghanistan, maintenant que les talibans sont au pouvoir. Huffman a réalisé le documentaire largement acclamé Saving Mes Aynak, sur un site bouddhiste vieux de 5 000 ans, situé sur une mine de cuivre près de Kaboul.

La société minière d’État chinoise MCC a acheté en 2007 les droits miniers de Mes Aynak, en Afghanistan, pour 100 milliards de dollars, a-t-il précisé. La mine est située dans la province de Logar, dans une zone proche des bastions talibans.

« Par le passé, les talibans ont attaqué Mes Aynak avec des roquettes et des mines terrestres. En 2018, un archéologue afghan a été tué lorsque son véhicule a heurté une mine terrestre en arrivant sur le site », a déclaré M. Huffman à Epoch Times.

Les archéologues afghans travaillant sur le site étaient constamment menacés par les talibans, a-t-il confié, et maintenant, depuis le 15 août, ils craignent pour leur vie.

« La Chine espère s’associer aux talibans pour exploiter le site de Mes Aynak sans restrictions liées à la protection de l’environnement, des droits de l’homme et du patrimoine culturel », a-t-il ajouté.

M. Huffman a dit que lorsque la Chine commencera à creuser, sous la protection des talibans, la mine de cuivre à ciel ouvert de Mes Aynak, elle détruira à jamais un patrimoine mondial inestimable.

La valeur des ressources minérales de l’Afghanistan est estimée à 1 000 milliards de dollars, y compris les minéraux de terres rares dont les chaînes d’approvisionnement sont dominées par la Chine.

Lors d’une conférence de presse régulière le 17 août, Hua Chunying a dit que le PCC « a maintenu le contact et la communication avec les talibans afghans sur la base du respect total de la souveraineté de l’Afghanistan et de la volonté de toutes les factions du pays, et a joué un rôle constructif dans la promotion du règlement politique de la question afghane ».

L’avenir des relations entre le PCC et les talibans

Frank Lehberger, sinologue et chercheur principal à la Fondation Usanas, basée en Inde, a écrit à Epoch Times dans un courriel que la relation entre les talibans afghans et le PCC ressemblera à un mariage de convenance, mais que le PCC essaiera de la présenter comme un partenariat stratégique étroit.

« Le PCC a besoin d’un Afghanistan relativement stable pour ses projets de la nouvelle route de soie (la Ceinture et la Route). Les talibans pourraient y parvenir s’ils ne s’engagent pas dans une guerre civile prolongée en Afghanistan, avec des actes génocidaires contre les minorités chiites ou turkmènes, ce qui entraînerait une intervention armée des Turcs ou des Iraniens », selon M. Lehberger, basé en Allemagne. « Et si les talibans ne suivent pas leurs réflexes expansifs en essayant de s’emparer de terres ou de déstabiliser complètement les régimes voisins pro-Moscou en Asie centrale (Tadjikistan, Ouzbékistan, etc.) […] ce qui provoquerait Poutine », a-t-il dit, ajoutant qu’il existe des scénarios dans lesquels les talibans se plieraient en quatre pour répondre aux souhaits du PCC.

« Tant que les dirigeants du PCC versent rapidement les montants en devises étrangères ou fournissent tous les investissements en infrastructures que les Afghans-Talibans souhaitent, et tant que le PCC n’entrave pas le commerce d’exportation de stupéfiants illicites, en pleine expansion, de l’Afghanistan contrôlé par les Talibans vers l’Europe (qui profite aux Afghans-Talibans et contribue à affaiblir les soi-disant infidèles en Europe), alors les Talibans seront ‘bien disposés’ envers la Chine », a-t-il poursuivi.

Il a ajouté que les talibans sont susceptibles de se plier en quatre pour répondre aux souhaits du PCC dans certains scénarios.

« Mais si le PCC ne veut pas ou ne peut pas fournir les finances attendues à temps, ou si la Chine fait quelque chose qui ne plaît pas aux talibans, alors les talibans mordront très vite les mains chinoises qui les nourrissent », a-t-il dit.

Ahmad Rashid Salim, auteur à succès, leader communautaire et universitaire en Californie, qui fait des recherches et enseigne sur des sujets dans les domaines des études islamiques, de la littérature farsi et de l’Afghanistan, a dit à Epoch Times par téléphone que l’annonce par la Chine de sa volonté de travailler avec les talibans devrait alarmer le monde.

« La Chine est connue pour son système répressif et ses violations des droits de l’homme – récemment liées à ses camps de concentration, à la torture et à la disparition des musulmans ouïghours et à l’effacement de leur culture et de leur patrimoine », a dit M. Salim, ajoutant que la Chine veut tirer profit des ressources naturelles de l’Afghanistan.

« Tant que le régime au pouvoir permet aux entreprises chinoises d’exploiter les ressources, la Chine ne se soucie pas de ce qu’ils font à la population ou de l’oppression de leur régime. »

Venus Upadhayaya réalise des reportages sur un large éventail de sujets. Son domaine d’expertise est la géopolitique de l’Inde et de l’Asie du Sud. Elle a réalisé des reportages à la frontière très instable entre l’Inde et le Pakistan et contribue à la presse écrite traditionnelle en Inde depuis une dizaine d’années. Les médias communautaires, le développement durable et le leadership restent ses principaux centres d’intérêt.

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