La Chine utilise la diplomatie du « piège de la dette » pour acquérir l’hégémonie

Selon des critiques, cette tactique permet à la Chine d'accroître et de propager les violations des droits de l'homme
20 décembre 2018
Mis à jour: 20 décembre 2018

Dans le cadre de son initiative « One Belt, One Road – OBOR » (une ceinture, une route), la Chine investit des milliards de dollars dans les pays émergents pour les aider à effectuer d’importants projets d’infrastructure. Toutefois, un grand nombre de ces projets sont financés par l’intermédiaire de prêteurs chinois contrôlés par l’État, laissant plusieurs pays en détresse à cause du fardeau de la dette et mettant leur souveraineté en péril.

Le Parti communiste chinois a fait de l’OBOR un élément central de ses plans qui visent à accroître son influence géopolitique. Ce gigantesque programme, souvent qualifié de « nouvelles routes de la soie », couvre près de 70 pays et plus des deux tiers de la population mondiale.

Lancé en 2013 par le dirigeant chinois Xi Jinping, l’OROR est effectué en Asie, en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique, et prévoit une immense « ceinture » terrestre par rail et route en Asie, doublée d’une « route » maritime permettant à la Chine de rejoindre l’Afrique et l’Europe par la mer. Il inclut la construction de routes, ports, lignes de chemin de fer, parcs industriels et réseaux d’énergie et de télécommunications pour un montant d’investissements estimé entre 4 000 et 8 000 milliards de dollars.

Les immenses projets d’OBOR sont financés principalement par un large éventail d’administrations locales chinoises et d’institutions contrôlées par l’État chinois. Ces dernières années, cette initiative a été perçue comme un « piège de la dette » qui augmente le risque de difficultés économiques dans les pays emprunteurs, en particulier en Asie centrale et en Asie du Sud.

La question de savoir si Pékin poursuit la « diplomatie de la dette » par le biais de cette initiative a également suscité un nouveau débat international. Contrairement à ses promesses d’apporter la prospérité à la population locale dans les pays participants à l’OBOR, les critiques affirment que la Chine joue un jeu servant tout d’abord ses propres intérêts.

Jeff Smith, expert en Asie du Sud de la Heritage Foundation, trouve que certains contrats OBOR sont une voie à sens unique. S’exprimant lors d’une conférence organisée par la fondation, il a expliqué que les pays participants à l’OBOR accumulaient d’importantes dettes envers des institutions financières chinoises et étaient coincés par des taux d’intérêt élevés.

En outre, les entrepreneurs chinois s’emparent de la part du lion dans la construction de nombreux projets d’infrastructure. Ainsi, les pays participants rémunèrent les entreprises chinoises qui utilisent des matériaux et des travailleurs chinois.

Selon une étude de Center for Strategic and International Studies, 89 % des entrepreneurs participant aux projets financés par la Chine sont des entreprises chinoises. Cela contraste avec les projets financés par les banques multilatérales de développement qui font généralement appel à près de 40 % d’entrepreneurs locaux.

Mahathir Mohamad, le Premier ministre de la Malaisie, a qualifié l’OBOR de « nouveau colonialisme » afin d’exprimer son malaise face à l’influence politique et économique croissante de la Chine dans la région.

Rendement géopolitique

Les pays occidentaux ont fait part de leurs préoccupations au sujet de cet ambitieux plan de Pékin en raison notamment de l’absence de normes, de la transparence et de la responsabilité dans les contrats de construction. Selon M. Smith, de tels contrats ont facilité la corruption et le népotisme et ont sapé les pratiques de prêt et les normes internationales existantes.

Les centaines de milliards investis par la Chine dans les pays participants à l’OBOR n’ont produit aucun rendement économique ; Pékin recherche principalement des rendements géopolitiques, ce qui a beaucoup augmenté le risque de surendettement.

« Il y a certainement des questions concernant la viabilité financière et le risque de surendettement » pour les pays participants à l’OBOR, a précisé Jeff Smith.

Selon la société spécialisée dans la recherche RWR Advisory Group, 270 projets d’infrastructure d’OBOR (soit 32% de la valeur totale des projets) ont été suspendus en raison de problèmes financiers. Cependant, la dette souveraine de 27 pays participants dans l’OBOR est déjà considérée comme « junk » par les agences de notation, tandis que 14 autres pays n’ont aucune notation du tout.

Des pays comme Djibouti, le Kirghizistan, le Laos, les Maldives, la Mongolie, le Monténégro et le Pakistan sont en grave difficulté, a souligné Jeff Smith.

Par exemple, le remboursement de la dette extérieure du Pakistan augmentera de 65 % l’an prochain. Entre-temps, ses réserves de change ont chuté de 40 % au cours des deux dernières années.

« C’est insoutenable », a martelé M. Smith.

Violations des droits de l’homme

La diplomatie du piège de la dette a également permis à la Chine d’accroître et de propager les violations des droits de l’homme. Le harcèlement des dissidents chinois à l’étranger, les arrestations d’étrangers en Chine et la répression de la liberté académique se multiplient. En même temps, la Chine utilise son influence économique et politique dans la région pour faire taire les critiques.

M. Smith a souligné que la plupart des experts sur la Chine constatent un changement au cours de la dernière décennie non seulement dans la politique étrangère de la Chine, mais également dans sa politique intérieure – un changement vers un régime plus ferme et, « d’une certaine façon, plus agressif chez lui ».

« L’OBOR, en tant qu’extension de l’influence chinoise, a amplifié certaines de ces préoccupations et a servi de substitut à certaines d’autres », a-t-il poursuivi.

Au cours des deux dernières années, l’administration Trump a vivement critiqué l’OBOR et la Chine ; elle s’est montrée particulièrement préoccupée par la crise croissante de la dette dans la région Asie-Pacifique.

Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor américain, a mis en garde contre la crise financière imminente dans la région et a désigné la Chine comme un « créancier souverain émergent non transparent ».

La question a également été soulevée au récent sommet du G-20 à Buenos Aires, lorsque les leaders mondiaux ont convenu de prendre des mesures pour remédier à la « vulnérabilité de la dette dans les pays à faible revenu ».

« Nous nous efforcerons d’accroître la transparence et la soutenabilité de la dette, et d’améliorer les pratiques financières durables », indique la déclaration des dirigeants du G-20.

Les pays du G-20 ont également exhorté « le FMI et la Banque mondiale à travailler avec les emprunteurs et les créanciers pour améliorer la consignation, la surveillance et l’élaboration de rapports en toute transparence sur les obligations relatives aux créances publiques et privées ».
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Emel Akan

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