La Chine investit des millions d’euros dans l’industrie agricole du Zimbabwe ; les experts s’en inquiètent

Par Andrew Mambondiyani
24 août 2019 Mis à jour: 24 août 2019

MUTARE, Zimbabwe – Des investisseurs chinois versent des millions d’euros dans le secteur agricole au Zimbabwe, en particulier dans la culture du tabac. Les experts mettent en garde contre un nouvel « agro-impérialisme » de Pékin.

Le président zimbabwéen de l’époque, Robert Mugabe, a saisi des millions d’hectares de terres agricoles de premier ordre à des agriculteurs commerciaux blancs dans le cadre d’un programme controversé de réforme agraire, qui a débuté en 2000, et les a distribués aux populations noires indigènes.

Ce programme de réforme agraire chaotique a mis à genoux l’industrie agricole du pays. En fin de compte, toute l’économie, qui était ancrée dans l’agriculture, s’est effondrée. Les investisseurs chinois convoitent à présent le secteur agricole lucratif du pays, en particulier la production du tabac.

En plus d’investir dans l’agriculture contractuelle avec les petits producteurs locaux, il y a maintenant des exploitations agricoles gérées par des Chinois au Zimbabwe, et les investissements se chiffrent en millions d’euros, en particulier dans la région du Mashonaland central.

Le tabac est l’une des productions agricoles lucratives que la Chine convoite au Zimbabwe. (Andrew Mambondiyani pour The Epoch Times)

Les politiciens locaux craignent toutefois qu’en raison de l’intérêt croissant de la Chine pour le secteur agricole du pays, de grandes entreprises chinoises intéressées par l’exportation s’accaparent massivement leurs terres.

Harry Peter Wilson, chef du Parti de l’opposition démocratique (DOP) du Zimbabwe, a déclaré à Epoch Times qu’il ne faudrait pas que les Chinois prennent le contrôle des exploitations agricoles du pays.

« Nous n’avons pas besoin qu’un nouveau peuple envahisse ces terres. Ça ne peut pas marcher. La terre appartient aux Zimbabwéens. Nous ne devrions pas perdre ce que nous avons obtenu par la lutte politique et de la guerre de libération », a déclaré M. Wilson.

D’après lui, le gouvernement risquerait d’ouvrir ses portes à « la pire nation de la planète », qui bafouerait les lois du Zimbabwe en toute impunité.

L’interdiction de l’importation de produits chinois bon marché pour stimuler l’industrie locale était l’une des priorités mises de l’avant par M. Wilson pendant sa campagne pour les élections présidentielles de 2018 au Zimbabwe.

« Ils [les Chinois] utiliseront toutes les méthodes contraires à la loi, mais s’en tireront. Ils communiqueront dans leur propre langue et utiliseront les Zimbabwéens comme des esclaves », a dit M. Wilson, ajoutant que la barrière linguistique était problématique.

La Chine investit principalement dans la culture du tabac au Zimbabwe, mais le pays a besoin de denrées alimentaires.

« Nous n’avons pas besoin de tabac. Nous avons besoin de nourriture sur la table. »

« Les agriculteurs zimbabwéens ont réussi dans d’autres pays comme la Zambie, le Malawi et l’Afrique du Sud, où ils comptent parmi les plus grands producteurs agricoles, et il n’était pas nécessaire d’autoriser les Chinois à prendre possession des exploitations agricoles au Zimbabwe », a-t-il lancé.

« Regardez qui dirige ces exploitations [dans les pays voisins], non seulement les Blancs, mais aussi des partenaires zimbabwéens noirs. Le gouvernement s’est trompé sur bien des points ».

Dans une interview accordée à Epoch Times, Clayton Masekesa, journaliste zimbabwéen, a déclaré que la plupart des exploitations agricoles du Zimbabwe sont aux mains de politiciens qui ne possèdent aucune connaissance agricole.

« Au bout du compte, le terrain sera partagé entre certains ‘investisseurs’, en l’occurrence, les Chinois. Il est inutile d’avoir ce genre d’exploitations [gérées par des Chinois] au Zimbabwe dans la situation actuelle », ajoute-t-il.

Outre le Zimbabwe, la Chine a également investi dans l’agriculture d’autres pays d’Afrique.

Autres motifs

L’intérêt de la Chine pour l’agriculture africaine n’est peut-être pas uniquement motivé par l’argent, selon certains experts.

En 2016, Peter Wadhams, climatologue à l’Université de Cambridge (Royaume-Uni), a déclaré au Climate News Network que la Chine anticipe les menaces potentielles causées par les changements climatiques sur l’approvisionnement alimentaire mondial. Elle acquerrait de vastes étendues de terres dans le monde pour y faire pousser des cultures pour son propre peuple.

Toutefois, M. Wadhams a averti que les Chinois introduisent des pratiques agricoles industrielles qui endommagent le sol, épuisent l’eau et polluent les rivières.

« La Chine se prépare pour la lutte à venir – la lutte pour trouver assez à manger. … En contrôlant les terres dans d’autres pays, elle contrôlera l’approvisionnement alimentaire de ces pays », aurait-il déclaré.

Dans un article récent paru dans le magazine The National Interest, Akol Nyok Akol Dok, consultant en politique internationale pour le Soudan du Sud, et l’auteur Bradley A. Thayer ont averti que  » maintenant la Chine est en Afrique, non pour promouvoir le maoïsme, mais pour contrôler ses ressources, ses gens et tout son potentiel ».

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