Chine : Xi Jinping en reprend au moins pour 5 ans

16 octobre 2017
Mis à jour: 16 octobre 2017

Drapeaux rouges, slogans patriotiques, sécurité renforcée, … le PCC reste le « plus grand parti » ce n’est pas étonnant puisqu’il est le seul parti autorisé avec ses 89 millions de membres actifs.

Mais en réalité, le Parti s’effrite de l’intérieur. En effet, tous les Chinois sont « membres » du Parti unique puisqu’ils ont dû, depuis leur plus jeune âge, jurer au moins à trois reprises fidélité au Parti avec le poing en l’air et « jusqu’à la mort ». La vague de démissions qui a commencé dans les années 2000 a atteint déjà près de 300 millions de Chinois (286 millions 730 mille et 227 exactement au 16 octobre 2017 selon le site minghui.org), toutes ses personnes ont « déclaré solennellement se retirer du Parti et de ses organes affiliés » sous un pseudonyme ou avec leur vrai nom.

Dans une des villes les plus polluées du monde, le PCC  ferme les usines lors de ses grandes manifestations. Pékin reçoit près de 2.300 délégués pour sa grand-messe politique, qui se tient tous les cinq ans dans le cadre monumental du Palais du peuple, place Tiananmen.

Xi Jinping, 64 ans, est arrivé au pouvoir à l’automne 2012 lors du précédent congrès du parti, dont il était alors devenu secrétaire général, avant de devenir président de la République populaire début 2013. Il devrait sans coup férir obtenir un nouveau mandat de cinq ans à la tête du parti lors de ce XIXe congrès, mais les observateurs guetteront avant tout les nominations au sein du bureau politique, pour voir jusqu’à quel point Xi Jinping parvient à placer ses hommes au sein de l’instance de 25 membres qui dirige la Chine.

« Le congrès du parti nous révèlera l’extension exacte de la puissance de Xi », prévoit la sinologue basée à Shanghai Carly Ramsey, du cabinet britannique Control Risks.

Chef du parti, chef de l’État, commandant en chef des armées, culte de la personnalité, omniprésence médiatique… Xi Jinping a accumulé plus de pouvoir que ses deux prédécesseurs, Jiang Zemin et Hu Jintao, suscitant des comparaisons avec Mao Tsé-toung, le fondateur du régime en 1949, et Deng Xiaoping, dont les réformes à la fin des années 1970 ont fait de la Chine une grande puissance économique.

« Pour résumer, on peut dire qu’il y a eu trois époques : quand Mao était au pouvoir, puis l’ère Deng Xiaoping. Le XIXe congrès est en quelque sorte l’avènement de l’ère Xi Jinping », observe le politologue chinois Chen Daoyin.

L’homme fort de Pékin a mis à profit ses cinq premières années pour déclencher une guerre à la corruption qui a châtié plus de 1,3 million de cadres, selon une évaluation officielle. Les détracteurs du président le soupçonnent d’en avoir profité pour frapper des opposants internes liés à ses deux prédécesseurs.

Le régime n’a fait aucune concession à la société civile, arrêtant avocats et dissidents et refusant la clémence à l’opposant Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix, mort en juillet après huit ans de détention, malgré les appels des Occidentaux à le laisser quitter la Chine.

À l’extérieur, le président chinois a suivi une politique de fermeté, augmentant régulièrement le budget militaire et revendiquant la souveraineté de son pays sur la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale quand bien même un arbitrage international rejetait les prétentions de Pékin. Mais face aux velléités protectionnistes d’un Donald Trump, il a été acclamé en début d’année au forum économique de Davos (Suisse) en défendant le libre-échange et la mondialisation.

L’ère Xi Jinping durera-t-elle 15 ans ? Les membres du bureau politique sont en principe astreints à une limite d’âge de 68 ans, un âge que M. Xi aura dépassé en 2022, lors du XXe congrès. Mais si jamais son bras droit Wang Qishan, 69 ans, devait obtenir un nouveau mandat en ce mois d’octobre, cela signifierait que la limite d’âge n’existe plus. La voie serait libre pour un troisième mandat de Xi Jinping dans cinq ans.

Ce faisant, « Xi risque d’affaiblir les fondations de la réussite et de la stabilité de la Chine en sapant des normes cruciales » du parti, avertit Mme Ramsey.

Les pékinologues guetteront aussi une possible inclusion du nom de Xi Jinping dans la charte du PCC, un honneur réservé à ce jour à Mao et Deng. « Cela serait le signe qu’il est vraiment entré au panthéon », prévoit Bill Bishop, auteur de la lettre d’information Sinocism China Newsletter.

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