Combattre la tentation : « Le Christ dans le désert »

Atteindre l'intérieur : ce que l'art traditionnel offre comme réflexions sur nous-mêmes
Par Eric Bess
31 mars 2021
Mis à jour: 7 avril 2021

Chaque année, des millions de personnes célèbrent Pâques, le jour qui commémore la résurrection de Jésus trois jours après sa crucifixion et son enterrement.

Cependant, au lieu de regarder l’horreur de Jésus sur la croix, j’aimerais me souvenir d’un moment de la vie de Jésus, un moment qui révèle à la fois son humanité et illustre les attributs christiques dignes d’être représentés. Ce n’est que mon interprétation limitée d’un sujet très complexe.

La tentation du Christ

L‘histoire raconte que Jésus a été baptisé par Jean le Baptiste avant de se rendre dans le désert de Judée pour jeûner pendant 40 jours et 40 nuits. Pendant son jeûne, Jésus a eu faim et voilà Satan s’est présenté pour le tenter à trois reprises.

La première tentation proposait à Jésus de transformer la pierre en du pain qu’il aurait pu manger et satisfaire sa faim ; une autre tentation fut de sauter du point le plus haut du temple, alors que les anges allaient être censés le protéger du danger ; la troisième tentation lui proposait de se prosterner devant Satan pour gagner tous les royaumes du monde.

Bien entendu, Jésus a rejeté les trois tentations par de simples déclarations qui, à mon avis, suggèrent que les humains ont davantage besoin de nourriture spirituelle que de nourriture matérielle, qu’il est blasphématoire de mettre à l’épreuve le pouvoir de Dieu et que seul Dieu – et non Satan – doit être adoré et servi. Après avoir renié Satan, Jésus fut assisté par des anges.

Bien qu’il y ait trois tentations, elles semblent toutes viser à vouloir influencer une chose chez Jésus, la chose que Satan – dans sa rébellion contre Dieu – incarne lui-même : l’orgueil.

Satan commence deux de ses tentations en mettant en doute la relation de Jésus avec Dieu. En d’autres termes, dans la première et la deuxième tentations, Satan demande à Jésus de prouver qu’il est bien le Fils de Dieu. La troisième tentation, dans laquelle Satan demande à Jésus de s’agenouiller pour obtenir tous les royaumes du monde, vise directement l’orgueil – à la fois l’orgueil de Jésus, s’il en a un, et l’orgueil de Satan lui-même.

Cette histoire suggère que le maillon faible de notre combat contre toute tentation qui empêche notre union avec Dieu est notre ego, notre orgueil.

Le Christ dans le désert, 1872, par Ivan Kramskoi. Huile sur toile, 180 × 210 cm conservée à la galerie Tretyakov, Moscou, Russie. (Domaine public)

Le Christ dans le désert 

L’huile sur toile du peintre russe Ivan Kramskoï représente Jésus alors qu’il refuse les tentations de Satan.

Placé au centre de la composition, Jésus est notre point focal. Il est tout seul, assis sur un rocher près de la rive d’un plan d’eau. Il est vêtu d’une robe rouge et d’un manteau bleu foncé, et ses pieds sont nus. Sa tête, encadrée par le ciel, est inclinée dans une profonde concentration, et il serre ses doigts l’un contre l’autre en signe de prière.

Le ciel est de couleurs pastel qui contrastent magnifiquement avec les gris de la roche. Il est difficile de dire si c’est l’aube ou le crépuscule, mais le ciel suggère que c’est l’un ou l’autre.

Lutter pour résister

Pour moi, il s’agit d’une représentation frappante et inhabituelle de Jésus, et je pense qu’elle peut être très révélatrice pour ceux qui, aujourd’hui, souhaitent acquérir un éclairage moral et spirituel au sujet de la résistance aux tentations.

Tout d’abord, il est intéressant que Jésus soit représenté uniquement comme un homme. Il n’est pas représenté avec une auréole ou ascendant au ciel, même si, bien sûr, ce sont des images qui ont leur place. Au lieu de cela, il est représenté comme un homme ordinaire, ce qui prépare le terrain pour suggérer ou nous encourager, en tant qu’êtres humains, à résister à la tentation, même si c’est difficile. En d’autres termes, cette représentation suggère que nous, comme Jésus, pouvons posséder la force de résister à la tentation.

Ensuite, Jésus est représenté seul. Il n’y a personne d’autre aux alentours : il n’y a pas Satan, ni d’anges. Le gris des rochers et l’aridité de l’environnement complètent ce sentiment de solitude. Pour moi, cela suggère que les tentations que Jésus subit à ce moment-là sont internes. Il résiste intérieurement aux tentations de Satan.

Nous pensons souvent que la source de nos tentations, nos ennemis, sont « à l’extérieur », quelque part, attendant de nous détruire. Ne serait-ce pas plutôt que nos plus grandes tentations, nos plus grands ennemis, se trouvent au plus profond de nous-mêmes ?

Est-ce la raison pour laquelle Jésus est représenté avec un tel regard de concentration sur son visage ? Essaie-t-il intensément de résister à ces tentations en lui-même alors que Satan les évoque ?

Ce voyage intérieur n’est pas facile, mais c’est un combat nécessaire pour ceux qui ont un penchant moral, qui regarde vers l’intérieur. La difficulté de la résistance de Jésus est suggérée par ses mains crispées en prière et par ses pieds nus. Il est assis sur une surface dure et est entouré de rochers déchiquetés. Rien dans cette scène ne suggère le confort ou la facilité.

Mais ces difficultés ne découragent pas Jésus. Il est peut-être assailli par les tentations terrestres de Satan, mais son cœur et son esprit sont représentés au-dessus de la ligne d’horizon de la composition, encadrés par les cieux. Cela suggère que c’est sa nature divine qui lui permet de résister aux tentations de Satan.

Il peut s’agir d’un crépuscule, suggérant que les tentations de Jésus ne font que commencer et que la nuit arrive ; ou bien d’une aube, qui suggère qu’il est à la fin de l’assaut de Satan et que le soleil se lève pour éclairer les ténèbres. Dans un cas comme dans l’autre, l’aube et le crépuscule – qui se situent entre le jour et la nuit – peuvent suggérer qu’il est encore en train de résister à la tentation.

Le fait qu’il se trouve entre le jour et la nuit pourrait également signifier, de la même manière que le bas de son corps est positionné sur la terre et que le haut de son corps est encadré par le ciel, qu’il occupe deux royaumes : Il est Dieu fait chair. Cela pourrait aussi représenter l’étape nécessaire entre son baptême et l’accueil des disciples, c’est-à-dire l’enseignement de la parole de Dieu.

Nombreux sont ceux qui, à Pâques, célébreront le fait que Jésus est mort pour expier leurs péchés. Mais je nous encourage aussi à nous demander ce que signifie résister aux tentations de Satan et accéder ainsi à la nature divine dans notre cœur et notre esprit.

Les arts traditionnels contiennent souvent des représentations et des symboles spirituels dont la signification peut être perdue pour nos esprits modernes. Dans notre série « Atteindre l’intérieur : ce que l’art traditionnel offre comme réflexions sur nous-mêmes », nous interprétons les arts visuels d’une manière qui peut être moralement perspicace pour nous aujourd’hui. Nous ne prétendons pas fournir des réponses absolues aux questions auxquelles les générations ont été confrontées, mais nous espérons que nos questions inspireront un voyage de réflexion dans le but de devenir des êtres humains plus authentiques, plus compatissants et plus courageux.

Eric Bess est artiste figuratif en exercice et candidat au doctorat à l’Institut d’études doctorales en arts visuels (IDSVA).

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