Comment les chevaux aident les anciens combattants à s’adapter à la vie civile

Par Andrew Thomas
29 novembre 2019 Mis à jour: 29 novembre 2019

Lorsque les militaires américains rentrent chez eux après le combat, il peut leur être difficile de s’adapter à la vie civile.

War Horses for Veterans à Stillwell, au Kansas, aide les anciens combattants à réintégrer la vie civile en les mettant en contact avec des membres de leurs anciennes unités et en leur enseignant comment faire la toilette du cheval, l’entraîner et le monter.

Patrick Benson est le cofondateur de l’organisation, Gary Llewellyn est un formateur qui a participé au programme de la fondation. Tous les deux sont d’anciens combattants de l’armée américaine.

M. Llewellyn s’est porté volontaire pour aller combattre pendant la guerre du Vietnam et voulait piloter des hélicoptères. À 21 ans, il a été déployé. M. Benson admet qu’il était un adolescent un peu casse-cou et que son frère était dans l’armée. Alors quand il a eu 19 ans, il s’est enrôlé dans l’infanterie.

Au combat

En 1969, M. Llewellyn effectue des missions de soutien aux troupes en contact avec l’ennemi, de sauvetage des blessés et de ceux qui ont été abattus. Il partait également en mission de reconnaissance à la recherche de l’ennemi et tirait même des coups de feu pour le localiser.

« C’était juste notre travail d’être là et de nous assurer que nous n’abandonnions personne derrière nous », a-t-il dit.

M. Benson a été déployé en Irak en 2003 et a combattu à Fallujah et à Ramadi. D’après lui, le début de la guerre était comme « le Far West » qui assurait la sécurité des approvisionnements et le déblayage des maisons. L’un des plus grands défis pour lui avait été de ne pas savoir qui était l’ennemi et de s’adapter à la guérilla. Un autre obstacle était d’avoir à faire face à des engins explosifs improvisés.

Patrick Benson travaillant avec un ancien combattant. (Avec l’aimable autorisation de War Horses for Veterans)

M. Llewellyn a pris sa retraite de l’armée pour raisons médicales en décembre 1970 et M. Benson a été démobilisé honorablement de l’armée en 2004. Les deux hommes ont dû faire face à des défis similaires et différents après leur retour du combat.

M. Llewellyn avait été abattu au combat, la balle lui avait traversé la jambe, le coude et était sortie par le dos. Il a passé 15 mois à l’hôpital. Pendant huit mois, il a travaillé à son rétablissement avant de retourner à l’université. Il a dû apprendre à utiliser sa main gauche et à écrire à nouveau.

M. Llewellyn avait l’impression de s’être perdu. Il voulait que le moins de gens possible soient au courant de son handicap.

Plus tard dans sa vie, il a commencé à remarquer les symptômes du trouble de stress post-traumatique (TSPT). Il avait commencé à souffrir d’amnésie et à boire beaucoup. Il vivait aussi en ermite.

« L’adaptation a eu lieu avant que je quitte le service parce que je n’allais plus jamais pouvoir voler, alors mon identité avait complètement changé », a dit M. Llewellyn.

Rentrer chez soi

Pour M. Benson, rentrer chez lui était entré dans la solitude. Deux mois plus tard, il a rencontré la femme qui allait devenir son épouse et il a fondé sa propre entreprise de dressage de chevaux. M. Benson avait toujours eu une passion pour les chevaux depuis son plus jeune âge et avait passé du temps dans le ranch de sa famille au nord de Colorado Springs. Alors qu’il était déployé en Irak, il avait décidé de poursuivre son entraînement professionnel après son service. Il savait aussi qu’il voulait exercer une profession qui n’impliquait pas d’être enfermé dans une boîte.

« Beaucoup de choses se sont passées très rapidement et il n’y a pas eu de programme de transition », a dit M. Benson. « Rien ne m’avait préparé pour la prochaine étape de ma vie. »

Un ancien combattant interagit avec un cheval à la ferme War Horses for Veterans. (Avec l’aimable autorisation de War Horses for Veterans)

M. Benson a eu du mal à s’adapter à la vie civile après sa période de combat. Il ressentait beaucoup de colère, de solitude et avait du mal à s’identifier aux autres et à parler avec eux. En conséquence, il a essayé de se plonger dans son travail.

Environ sept ans après son service, il a commencé à ressentir l’impact des émotions et des sentiments qu’il n’avait pas gérés correctement. Il s’est entretenu avec un ami et les deux hommes ont parlé du nombre d’anciens combattants qu’ils connaissaient qui luttaient pour s’adapter à la vie civile et de l’augmentation du taux de suicide chez les anciens combattants.

« J’ai compris que ce que je faisais dans la vie me sauvait vraiment », a dit M. Benson.

Chevaux de guerre

Grâce à son entreprise, M. Benson a rencontré Andy et Patricia Brown et les a aidés à travailler avec certains de leurs étalons. M. Benson et Andy Brown se sont rapidement rapprochés et ce dernier a dit à M. Benson qu’il aimerait faire quelque chose pour aider les anciens combattants qui revenaient du combat.

Des années après avoir créer son entreprise, M. Benson s’est rendu compte que les chevaux pouvaient être un excellent moyen d’aider les anciens combattants à s’adapter à la vie civile et a dit aux Brown qu’il avait passé les deux dernières années à y réfléchir.

Quelques minutes plus tard, lui et les Brown ont décidé d’offrir des chevaux de guerre aux anciens combattants en 2014.

Les chevaux

Selon M. Benson, les chevaux ont une capacité unique d’aider les anciens combattants à guérir lorsqu’ils sont bien traités. Les chevaux ne jugent pas les gens. Ils peuvent enseigner l’humilité, la bienveillance et peuvent refléter les émotions de chacun. Les chevaux ont également différents types de personnalité et les participants apprennent à s’adapter et à communiquer avec le cheval. De plus, travailler avec un animal de cette taille exige que les participants vivent le moment présent.

« Tout d’abord, concentrez-vous. Vous devez vous détendre et vous concentrer. Si vous ne vous détendez pas, l’animal ne réagira pas favorablement. Il peut sentir votre anxiété et il s’en rendra compte, mais lorsque vous vous concentrez sur le cheval et que vous en prenez soin, vous vous calmez », a dit M. Llewellyn.

M. Llewellyn avait travaillé avec un cheval nommé Rifle à War Horses for Veterans, le cheval l’a énormément aidé dans son développement personnel. Il a remarqué que lorsqu’il faisait la toilette de Rifle, il a appris à se concentrer et à se détendre. Il a pu développer la confiance, la concentration et l’habileté qui lui faisait sentir qu’il était en contrôle.

Un ancien combattant qui apprend à monter à cheval. (Avec l’aimable autorisation de War Horses for Veterans)

Comme le dit M. Benson sur le site web de l’organisation : « Les chevaux sont le pont, les vétérans eux-mêmes sont leur meilleure thérapie. »

War Horses for Veterans offre un programme gratuit de trois jours, l’organisme transporte des anciens combattants de partout au pays, jusqu’au Kansas. Les groupes se composent de quatre à six anciens combattants, ils peuvent revenir quand bon leur semble, pourvu qu’ils amènent un autre ancien combattant et deviennent des formateurs.

Après avoir cherché un traitement pour le TSPT, M. Llewellyn a décidé de participer au programme. Il avait toujours aimé travailler avec les chevaux, M. Benson lui a assuré que le programme l’aiderait à devenir un meilleur cavalier. De plus, il a pu renouer contact avec son mitrailleur du Vietnam, qu’il n’avait pas revu depuis plus de 40 ans. Apprendre à travailler avec les chevaux et renouer ses liens avec son ami vietnamien a eu un impact énorme sur lui.

« C’est fantastique parce que tu peux rire des choses drôles qui se sont passées. Vous avez quelqu’un qui est passé par là et qui a fait ça. Il n’y a pas de manque de communication », explique M. Llewellyn. « Ça fait du bien de rencontrer les hommes avec qui tu as servi parce qu’ils sont tes frères et ils le seront toujours. »

S’adapter à la vie civile

Pour M. Llewellyn, monter à cheval est l’activité qui se rapproche le plus du pilotage d’un hélicoptère qu’il ait jamais connue. La conduite et le vol nécessitent des mouvements de contrôle subtils, une posture et une communication. Il a pu constater que le programme l’aidait et qu’il a pu connaître une immense croissance personnelle. Il est maintenant un formateur.

« J’ai trouvé ma passion. Cela m’a permis de me concentrer parce que j’ai vu que cela aidait. Les gens qui ont suivi le programme trouvent une certaine stabilité et des choses positives dans leur vie et veulent continuer et devenir meilleurs à leur propre façon », a dit M. Llewellyn.

Au printemps 2018, M. Benson s’est arrangé pour que M. Llewellyn et son mitrailleur pilotent à nouveau un hélicoptère. C’était la première fois qu’il pilotait un hélicoptère depuis la guerre du Vietnam.

« C’était comme faire du vélo. Je peux fermer les yeux et refaire tout le vol », a dit M. Llewellyn.

Travailler avec des chevaux peut aider les anciens combattants sur le plan thérapeutique et peut les aider à acquérir les compétences nécessaires pour s’adapter à la vie civile. (Avec l’aimable autorisation de War Horses for Veterans)

M. Benson a expliqué comment le fait de renouer avec des amis après le combat et de travailler avec des chevaux aide les anciens combattants à s’épanouir sur le plan personnel. Bien que tout le monde soit différent, les participants sont capables d’être vulnérables, d’avoir le soutien de leurs amis, de retrouver leur confiance en eux-mêmes et d’apprendre à lâcher prise et à réfléchir, a dit M. Benson. Les participants acquièrent également les compétences essentielles que sont la communication et la confiance, ce qui les aide à s’adapter à la vie civile.

« Le plus grand changement qui se produit est que vous n’avez plus peur de l’avenir. Vous commencez à contrôler votre avenir », a dit M. Llewellyn.

À la fin du programme, les participants sont en mesure de réseauter entre eux et de découvrir des possibilités d’emploi. War Horses for Veterans entretient également des relations avec de grandes entreprises et aide les participants à entrer en contact avec des employeurs et à organiser des entrevues. De plus, les compétences qu’ils acquièrent à War Horses for Veterans les placent dans une position favorable pour réussir.

« Lorsqu’ils se lancent dans le domaine civil, ils sont prêts à relever les défis et ont la confiance en eux et les compétences nécessaires pour le faire », a souligné M. Llewellyn.

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