Les médias sociaux ne doivent pas se contenter de faire semblant de défendre la liberté d’expression

Par Peter Dahlin
15 octobre 2021
Mis à jour: 15 octobre 2021

La récente suppression par Twitter de comptes critiques à l’égard du Parti communiste chinois (PCC) est déplorable. Il est temps de réfléchir à la manière dont les médias sociaux occidentaux et les grandes entreprises technologiques pourraient défendre la liberté d’expression et non être à la merci d’États autoritaires tel que le régime chinois.

La question des dérives que peuvent engendrer dans la société occidentale des plateformes digitales non réglementées n’est pas récente. Ces dernières années, cependant, elle est devenue d’autant plus actuelle que les États autoritaires exploitent toujours davantage Facebook, Twitter, YouTube, LinkedIn, etc. pour mener des campagnes de désinformation, influencer les élections, cliver les sociétés, et provoquer tous types de dérèglements.

Les entreprises technologiques ont été conviées à prendre des mesures contre les États autoritaires qui tentent de saboter les sociétés occidentales. Elles ont alors avancé qu’il ne pouvait y avoir de liberté d’expression authentique si elles entreprenaient quoi que ce soit. Bien que cela semble cohérent et louable, il s’agit en réalité d’une dialectique spécieuse qui élude la conjoncture actuelle. Motivées par le profit, les Big Tech se dérobent à leur responsabilité. Ainsi, en 2015, verra-t-on Mark Zuckerberg, qui ne cesse de courtiser le régime chinois, solliciter le secrétaire général du Parti, Xi Jinping, de donner un nom à son enfant. Et c’est à Pékin, malgré la pollution, qu’il choisira de faire son jogging parfaitement conscient d’être pris en photo. Aucune campagne de relations publiques ne pourra jamais plus effacer ces images. L’allégeance de Mark Zuckerberg au PCC n’est plus à prouver et signale qu’il n’est en aucun cas engagé à défendre la liberté d’expression.

Mark Zuckerberg (2e à droite) et les représentants étrangers du Forum de développement de la Chine applaudissent l’arrivée du Premier ministre chinois Li Keqiang lors d’une réunion dans le Grand Hall du Peuple à Beijing, en Chine, le 21 mars 2016. (Kenzaburo Fukuhara/ Pool/Getty Images)

En avançant qu’il ne faut rien faire pour mieux faire, on rejoint la rhétorique des groupes de pression qui s’opposent aux actions visant à contrer les violations économiques et commerciales de Pékin au prétexte que le libre-échange conduira inéluctablement à la démocratie, la liberté d’expression et l’État de droit en Chine. Force est de constater qu’une telle conclusion est aussi absurde qu’infondée. Elle se propage pourtant et nombreux sont ceux qui la prennent pour argent comptant.

Lutter contre les « fake news » et la désinformation au sein des sociétés occidentales sera long et fastidieux. Mais se prémunir de la Chine, la Russie et autres États autoritaires ou néo-totalitaires qui détournent les outils de liberté d’expression, est enfantin.

Si un État bloque l’accès de son peuple à une plateforme, alors il faut interdire à cet État d’accéder lui-même à cette plateforme. Dans le cas de Twitter, le régime chinois a officiellement bloqué le média social en Chine continentale. Toutefois, certains citoyens ont l’autorisation de contourner le grand pare-feu Internet et certaines grandes entreprises chinoises ont accès à Twitter via un VPN approuvé par le gouvernement.

Une telle politique rendrait caducs les débats épineux sur ce qui peut ou ne peut pas être dit sur ces plateformes. Elle ciblerait une réalité concrète. L’État qui utilise la plateforme permet-il à ses propres citoyens d’y avoir accès ? Si ce n’est pas le cas, alors… terminé. Accès pour accès.

Cette mesure exercerait une réelle pression sur les régimes totalitaires afin qu’ils autorisent leurs populations à se rendre sur ces plateformes. D’autre part, elle limiterait concrètement leurs capacités à détourner des outils de communication devenus indispensables. Il ne serait désormais plus question qu’ils sèment la désinformation aux États-Unis, influencent les résultats des élections au Royaume-Uni ou tentent de diviser l’Union européenne.

L’ONG Safeguard Defenders, qui a mené une campagne contre les chaines chinoises, CGTN et CCTV, a réussi à les faire censurer dans plusieurs pays. Mais la Chine n’y a perdu qu’un peu de prestige. Car, en réalité, le travail de désinformation de Pékin s’effectue presque entièrement sur les médias sociaux, et les téléspectateurs sont peu nombreux à regarder ses émissions d’information désuètes à la télévision. De fait, suite au retrait de la licence de CGTN au Royaume-Uni, un informateur a déclaré à Safeguard Defenders que le média avait converti sa politique de « médias sociaux en premier » en une politique de « médias sociaux uniquement », une initiative qui ne manque pas de lucidité.

Une politique « accès pour accès » est envisageable, car elle serait cohérente, équitable, transparente et présente l’avantage d’être relativement simple à mettre en place.

Ceux qui font obstacle à la liberté de leur peuple ne devraient avoir droit qu’à ce seul choix extrêmement simple.

Le fait qu’une telle option, une telle voie à suivre ne soient pas même à l’ordre du jour est des plus étranges. Cela semble, d’une certaine manière, hors de portée, inconcevable. Pourtant, la mise en place d’une telle politique serait simple en comparaison des moyens nécessaires pour lutter contre les bots, les pédophiles ou les cybercriminels.

Longue sera la lutte contre la désinformation et pour l’heure, il n’y a pas de remède. Mais on constate sur la toile des éléments qui sont soit noirs soit blancs, ce qui offre une direction.

Il est temps pour les géants des médias sociaux de prendre des mesures concrètes, de défendre et promouvoir la liberté d’expression, de s’émanciper des initiatives creuses.


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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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